LA TRANSPHOBIE N’A PAS SA PLACE À LA MARCHE DES FIERTÉS

Ça aurait dû être un jour de fierté, ça en devient un jour de honte. Ce samedi, à la Pride de Paris, une militante trans a été interpellée par la police pour avoir déchiré des pancartes transphobes. Et c’est inadmissible. On vous explique pourquoi.

Nous sommes le 26 juin 2021. C’est la première fois depuis 1977 que la marche des fiertés commence dans la banlieue parisienne, le symbole est fort. Dans Paris, entre Pantin et République, l’ambiance est festive. Musiques, danses, rires, couleurs partout… On passe un bon moment. Tout ça, entrecoupé de slogans et revendications politiques – qu’on aurait, après coup, presque préféré voir plus nombreuses. Sauf qu’un événement a gâché l’expérience, biaisé nos souvenirs. Parmi les 30 000 personnes présentes à la marche, des TERFS [ndlr, « Trans Exclusionary Radical Feminism », soit des féministes transphobes] manifestaient aussi. Avec des pancartes et en tête de gondole. Sasha, militante trans, tente de déchirer les banderoles. Elle est ensuite interpellée par la police.

Heureusement, l’interaction ne dure que dix secondes. Mais le choc et la violence sont réels. Selon Sasha, qui se confie à Têtu, « c’était une provocation délibérée de leur part, elles savaient que quelqu’un allait protester contre leur présence et du coup, elles se sont mises à côté de la police. » Depuis, elle connaît une vague de harcèlement massive. Et ce n’est pas la seule.

Transphobie et Pride, incompatibilité

Des prémisses de la pride à ce qu’elle est aujourd’hui, la transphobie n’a pas sa place. Déjà, parce que c’est incohérent de se battre pour les droits des personnes aux orientations sexuelles non-hétéro sans lutter pour les droits des personnes trans et des minorités de genre. Morgan Noam, thérapeute, l’exprime parfaitement : « si en théorie ces luttes sont convergentes, en pratique, c’est un conflit entre groupes minorisés. Pourtant l’ennemi principal, le patriarcat cishétéronormatif, est commun. Les personnes trans comme les féministes et les LGBTQIA+ luttent pour le droit de disposer de leur propre corps. »

Mais surtout, c’est profondément honteux lorsqu’on connaît l’histoire de la marche des fiertés. Tout commence le 28 juin 1969, au Stonewall Inn, bar LGBTQIA+ de New York. Comme souvent, une descente y est organisée. Sauf que cette fois-ci, la communauté se révolte contre la police. Les manifestations durent cinq jours, sont intenses, violentes. À leur tête ? Sylvia Riviera, Marsha P. Johnson et Miss Major Griffin-Stacy, trois femmes transgenres racisées. Ici, lors des émeutes de Stonewall, il est question de se battre pour exister dans l’espace public, avoir le droit de vivre. Droit aujourd’hui encore remis en cause par les transphobes – au même titre que tous les LGBTQIA+phobes.

Un an après et tous les ans depuis 1970, la marche des fiertés se tient au mois de juin. Pour célébrer cette bataille et toutes les autres. Mais il est important de rappeler que la Pride n’existerait pas sans la communauté trans. En 1973, Sylvia Riviera pousse d’ailleurs un énième coup de gueule, au sein même de la communauté LGBTQIA+. Et ça fait tristement écho aux événements de ce week-end.

Soutenir et aider

Aujourd’hui, il ne faut plus attendre. Il faut se battre, prendre position, soutenir et épauler la communauté trans. Et surtout, ne pas les laisser se battre tous·tes seul·e·s. Pour cela, il existe plusieurs solutions.

Pour en savoir toujours plus – ou si vous cherchez des associations à soutenir –, on vous conseille Acceptesst, les collectifs comme Femmetransgang , Soutien Transfem ou encore Front Transfem. Mais sutout, prenez la parole. Sur les réseaux sociaux ou autour de vous. Que vous soyez allié·e·s ou dans la communauté LGBTQIA+. Plus on sera nombreux·ses, plus le changement sera efficace !

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