LA SORCIÈRE, MODE D’EMPLOI

La sorcière a un passé historique chargé. En Europe, entre les XVI et XVIIe siècles, environ cinquante à cent mille personnes ont été exécutées sous motif de sorcellerie, la vaste majorité étant des femmes. Aujourd’hui, cette figure connaît un renouveau dans la culture populaire, et est largement considérée comme un symbole de féminisme, de révolte et de créativité. La sorcière est une femme hors norme qui brise les codes et n’a pas peur de se positionner à l’encontre de la société patriarcale dans laquelle elle est opprimée. Comment la sorcière est-elle passée de la méchante haïe à icône d’empowerment ?

Un début difficile pour la sorcière

Longtemps, la sorcière a été coincée dans une structure binaire : dans les contes de fées ou légendes les femmes étaient soit « gentilles » soit « méchantes ». Cette vision réductrice est perceptible dans de nombreuses œuvres pour enfants, tels que les contes adaptés par Disney. Entre Blanche Neige et sa marâtre, pas de doute sur laquelle des deux est vertueuse. Que ce soit dans Le Magicien d’Oz, La Belle au bois dormant, Le Monde de Narnia ou Hansel et Gretel, la sorcière est toujours vicieuse voire meurtrière.

Rien à voir avec nos personnages préférés d’Harry Potter, Charmed ou Sabrina, l’apprentie sorcière. Les mauvaises sorcières sont non seulement mauvaises moralement, mais aussi physiquement. Elles sont effrayantes, âgées et repoussantes : leur apparence reflète leur nature. Tandis que les jeunes femmes ou fées gentilles sont belles et obéissantes, reflétant un idéal masculin de la féminité. C’est ainsi que les paramètres de ce qui est acceptable en termes de genre sont posés : une femme bonne est nécessairement jolie, gentille et serviable, tandis qu’une mauvaise femme est laide, égoïste et veut davantage de pouvoir. Ursula dans La Petite sirène veut régner sur Atlantica à la place de du roi Triton, la méchante sorcière de l’Ouest résiste au magicien d’Oz, par exemple. Les femmes qui remettent en cause l’ordre établi par les hommes doivent être éliminées, c’est pourquoi la grande majorité de ces personnages de sorcières finit par mourir à la fin de l’histoire.

Jusqu’à sa renaissance en tant qu’icône féministe

Un dénouement tragique pour ces personnages féminins dont les défauts principaux sont d’avoir des revendications, et soif de liberté. Pas étonnant donc, que la sorcière ait évolué en accord avec la place de la femme dans notre société moderne…Elle devient par la suite une héroïne indépendante, puissante et nuancée qui inspire les femmes. Sur Instagram, le hashtag #witchesofinstagram a été utilisé plus de 3 millions de fois à ce jour. Nombreuses sont celles aussi qui s’intéressent au tarot, aux cours de sorcellerie, aux cristaux ou aux signes astrologiques. La spiritualité et l’ésotérisme intriguent, et deviennent un moyen de se reconnecter à soi et à la nature.

Des pistes pour approfondir tes connaissances en sorcellerie

S’il y a bien une lecture incontournable, il s’agit de Sorcières, la puissance invaincue des femmes de Mona Chollet, qui retrace l’histoire de cette figure. En termes de podcasts, ceux de La Poudre valent le détour. Lauren Bastide consacre trois épisodes aux sorcières : une discussion avec Mona Chollet, une autour du livre Moi, Tituba sorcière noire de Salem et un dernier épisode rempli de pistes de réflexion en lien avec le genre et la sexualité. Pour une newsletter 100 % actu witchy, abonne-toi à Spell It Out, tu recevras tous les mois des recommandations culturelles et le portrait d’une sorcière moderne.

Enfin, internet regorge de vidéos de sorcières qui nous guident pas à pas dans leurs rituels, et nous donnent des tips sur comment s’initier. Les sorcières Youtubeuses les plus actives sont anglophones, telles que Harmony Nice et Anais de Magickians.

Il ne faut pas oublier que notre vision de la magie est souvent très blanchisée. Il existe de nombreuses pratiques de sorcellerie en dehors de l’occident, et qui ont largement influencé certaines pratiques occidentales. Dans le clip Brujas, Princess Nokia le rappelle lorsqu’elle chante ‘Tituba ! Voodoo slave girl who graced us // with her black magic (…) Everything you got, you got from us.’ Les chasses aux sorcières touchaient aussi les femmes issues des minorités. Tout comme le féminisme est intersectionnel, la sorcière politique l’est aussi.

Article de Inès Huet

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