LA SÉDUCTION DE L’ÉCHEC

 
"Bon, cette année, j’arrête de faire le con et je m’y mets, cette fois c’est la bonne"… Ah ouais ? Ben pas moi. Mais alors vraiment pas. Sur la feuille de bristol rose où j’ai écrit mes résolutions pour 2012, "réussir ma licence" et "passer mes concours" ne sont certainement pas mentionnées.
 
Les autres de ma promo ont déjà tout bien prévu dans leur tête, c’est réglé comme du papier à musique. Ils veulent avoir leur diplôme, pour avoir une jolie mention en licence, comme ça ensuite ils pourront trouver un joli master et surtout un joli boulot. C’est ce qui les motive à travailler dur et c’est ce qui moi me motive à ne rien faire.
 
Vous ne saisissez pas ? C’est pourtant évident. Je ne veux pas l’avoir cette licence, enfin si, mais pas aussi vite, pas aussi tôt. Il faut absolument que je rate cette année : auto sabotage. Sinon après, il ne me restera plus que deux ans à l’université et voilà, bienvenue dans la vie professionnelle. Quelle horreur. Comment peut-on porter tous nos efforts pour faire avancer trop rapidement la fin de la meilleure partie de sa vie ?
 
Moi j’en ai pas fini avec les études, je ne veux pas, je suis trop bien là. C’est le meilleur alibi jamais trouvé pour ne rien faire de ses journées. Quand on est à la fac, on a plein de temps libre, on sort, fait le con, s’amuse, se découvre de nouvelles passions, et surtout, on profite de ses derniers moments d’insouciance. Le tout sur le dos des parents, de l’Etat, et d’un peu tout le monde. Ouais, c’est égoïste et immature, ouais c’est dégueulasse de dire ça alors que y a des jeunes qui triment parce que leurs parents ne peuvent pas leur payer les études. Mais un jour, promis, je me rattraperai en rentrant vraiment dans le monde du travail, par obligation financière plus qu’autre chose sûrement, laissez moi juste, par pitié, encore du temps pour faire ce dont j’ai envie.
 
La troisième année de licence, c’est terrible. Tu sens la fin proche, c’est comme si tu étais en sursis. Ah, si j’avais su, je me serais débrouillée pour me tromper une ou deux fois de licence au préalable.
Manque d’ambition ? Je ne pense pas. La faute est plutôt aux aînés et aux médias. Quand on voit à quel point ça a l’air difficile le monde du travail, à quel point on peut être malheureux au bureau, il est normal de vouloir retarder le futur au lieu de le préparer comme on nous le rabâche depuis qu’on a 15 ans, non ? En tout cas, ne comptez surtout pas sur moi pour réussir mon année, l’échec est bien plus séduisant.
 
 
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