LA MILITANTE DE LA JUPE

BipBipBip ! Lundi.Bordel ça recommence.

Bon, j’ai exactement une heure pour : me lever, boire mon café, actualiser mes mails + mon blog, zoner 6 minutes sur internet, me doucher, enfiler mon très étudié costume de working girl tout en commençant mentalement la planification de ma semaine de non-ministre. Blondie dort encore, elle a de la chance le lundi c’est son jour de congé, elle ne connaît pas l’heureuse déprime du premier matin de la semaine, les rêves éloignés du week-end, les fantasmes de fin de soirée en pensant déjà au vendredi…
 
Bref. Ni une ni deux, je décolle, haut perchée sur mes talons de 12, avec mon vernis pas encore sec. Je bondis vers la sortie pour partir au boulot quand discrètement je l’entends… 
"Ma puce, tu n’oublies pas ce soir, la soirée poker chez Jeanine et Huguette, elles ont invité leurs amis de boulot…"
 
Chier ! La soirée poker chez nos meilleures amies goudous qui ont décidé de fraterniser avec leurs collègues 100\% hétéros. Comme d’hab’, j’avais zappé. Là, je fais donc défiler en deux secondes et demi la journée de malade qui m’attend. J’ai déjà des vertiges en pensant au planning boulot-café-pause-boulot-sport-douche-chez Monop’ achète le vin-rejoindre l’équipe qui est déjà sur place à se battre à coup de cartes, puis rentrer tard et lever tôt et rebelote. Autant dire que la démotivation bat son plein, mais au diable les projections inutiles et accablantes. Je suis une guerrière et ça va le faire !
 
20h00, me voilà. Ponctuelle comme toujours, j’ai sorti ma plus belle jupe Zara accompagnée de ma nouvelle trouvaille en matière de pompes vertigineuses, c’est-à-dire le nec plus ultra de la bottine à lacets ! Les filles sont toutes là, discussions, potins, politique et films en tout genre. La soirée bat son plein, les fameux "potes du boulot bien sous tout rapport" m’ont l’air fort sympathiques. Parfait, tout s’annonce bien… Quelques hispters, une hippie pas chic, une bimbo souriante, une poignée de geeks, deux couples collés-serrés, un philosophe vegan et deux sportives de haut niveau.
 
"Mariou, c’est quoi encore cette paire de pompes ?"
"Oui, je sais, je sais, ça fait très meuf, mais pardonnez-moi si je n’ai pas envie de ressembler à Josiane Balasko recyclée version 2013, tout ça parce que ce soir c’est soirée poker"dis-je en m’enfilant une bière tel Dédé le déménageur du dimanche.
 
Parce que oui, je suis comme ça moi, j’aime les tailleurs et les foulards en soie, j’ai 34 paires de boucles d’oreilles, des montagnes d’escarpins, quelques jupes à froufrous, toute une collec’ de vernis dont une gamme de "rose" très fournie, mais je pratique l’apéro et les parties de cartes comme une vraie "it-lesbo girl" ! Pour peu que la soirée monte d’un cran, je vous déballe même ma collection de tatouages et mon langage de mafieuse.
         
Bon ce n’est pas tout de boire des bières, je ne vais quand même pas faire l’antisociale de base, ce n’est pas mon genre ! Alors au bout d’une heure, armée d’un peu de courage et de témérité, j’entame la conversation avec une des nouvelles têtes.
 
"Ah, c’est toi qui bosses dans un cabinet d’archi ? C’est chouette comme boulot ça non ? Tu t’éclates ? Et sinon tu fais quoi d’autre dans la vie ? Tu es en couple ? Tu sors ? Tu recycles? Tu manges Bio ? Ils font quoi tes parents? Tu fais du sport ? Tu milites pour une cause ? Hollande ou Sarko ?"
Du calme mon p’tit ! Oui ça va merci, j’ai un boulot qui déchire, je suis en couple et sinon ma vie se porte bien.
– Ah, cool. Et il fait quoi ton mec?
– Alors, actuellement ELLE a repris ses études d’assistante vétérinaire en même temps que son premier job.
– Elle?
Oui, ELLE. La fille qui est là,à côté de moi, Blondie quoi. Du genre féminin singulier, qui, conjuguée à moi, donne féminin pluriel.
– Ah. Je ne pensais pas du tout, tu n’as pas franchement le look de…
-Comme quoi, tu vois, la vie est bien faite ! En même temps, regarde autour de toi, est-ce que tu vois une seule nana ressemblant de près ou de loin à Bob le bricoleur, prête à aller couper du bois dehors ? Eh oui, que veux-tu, on est en 2013, la moustache, le marcel et la salopette c’est fini. (Quoi que, bien associés, ça peut être très mignon une salopette et un marcel, j’ai vu ça sur un blog l’autre jour…). Bon, bref, tu les distribues tes cartes que je te mette au tapis avec ma quinte flush ?"
 
Et voilà. J’y ai encore eu droit ! C’est récurrent et ça me fait toujours autant rire, Blondie aussi d’ailleurs, je la vois se moquer en écoutant ma tirade!
 
Je suis véritablement un OLNI,  Objet Lesbien Non Identifié. Et c’est sympa, même si parfois c’est un peu lourd, tout dépend des situations je crois. D’ailleurs, ce n’est pas spécialement plus évident au milieu de nanas, croyez-moi…
Quand on va dans nos soirées "Girl’Powa", véritable concentré de lesbiennes au mètre carré, j’ai toujours l’occasion d’entendre : "Ah, tiens, encore une qui s’est perdue !"
 
Pourquoi juger ma pochette à paillettes et mes fleurettes ! Youhou, je suis comme vous !
 
Pour en finir avec cette soirée poker et revenir à nos moutons, l’assemblée hétéro s’est finalement acclimatée à moi et à mon côté girly surdimensionné, à Hugette et sa passion pour les concertos lyriques, à Jeanine et son goût pour la musique décalée-hipster-branchouille et à Blondie et ses douze mille tatouages. La rencontre a été un franc succès. Et au final, jupe et bottines ou pas, j’aime ma "non-place" au sein de quoi que se soit, c’est beaucoup plus marrant de se jouer de tout le monde. Si bien qu’en rentrant à la maison avec Blondie, on s’est motivées, semaine prochaine on les invite tous pour une soirée déguisée : Prince et Princesse. Ils vont voir de quel bois on se chauffe !
 

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