LA MAGIE BRÉSILIENNE DE SÉBASTIEN TELLIER

Sébastien Tellier a quitté son royaume bleu pour rejoindre le Brésil. Là-bas il a réécrit son enfance et semble être devenu adulte. Ne vous inquiétez pas, son univers est toujours plein de folie et de poésie. Interview garantie sans lunettes de soleil.
 
Paulette : Dans chaque album tu nous emmènes dans un univers différent, quel est celui de L’Aventura ?
Sébastien Tellier : L’Aventura c’est le Brésil, ses joies, ses splendeurs… J’ai voulu créer un album là-bas parce que justement la musique brésilienne représente la complexité au service de la joie. C’est une musique très technique et dur à faire mais cela n’en fait pas une musique intellectuelle mais bien festive, joyeuse et d’amour. J’ai trouvé beaucoup de solutions dans la musique brésilienne. Elle est légère et profonde exactement ce que je recherche.
 
“Le Brésil, un pays à l’âme éternellement enfantine.”
 
Qu’est ce que tu es parti chercher au Brésil et qu’est ce que tu y as trouvé ?
Ce que je trouve au Brésil c’est ce que je ne trouve pas en France. Quand on évolue, quand on grandit et qu’on devient un homme au Brésil, on aime toujours s’amuser, jouer au foot, jouer à la guitare : tout simplement jouer “faire joujou” (rires). C’est un pays à l’âme éternellement enfantine. Alors qu’en France, le but c’est de prétendre et paraître sérieux. Là-bas, plus on est festif, plus on rigole et mieux c’est vu. Ils ont une autre philosophie qui m’a d’ailleurs influencée sur ma façon de voir mon avenir. On se voit souvent vieux, avec une barbe blanche comme un papi alors qu’on peut finir sa vie comme un gamin.
 
Tu es resté combien de temps là-bas ?
Pas mal de temps, une première fois pour faire des concerts. J’ai écouté des radios locales et ça a été un premier choc. J’y suis retourné pour enregistrer l’album puis pour tourner les clips. J’y vais pendant des petites périodes et je reviens pour essayer de rester naïf dans mon art, mon but n’est pas non plus d’étudier la société brésilienne.
 
As-tu ressenti un rapport différent à la musique au Brésil et en France ?
Complètement. Au Brésil, tous les gens ont un rapport fort avec la musique. On imagine pas un stade de foot sans musique par exemple. Il y a toujours deux ou trois personnes dans les gradins qui jouent de la musique même s’ils sont que quinze supporters en tout. En France, tu te sens seul quand tu sais faire de la musique et au Brésil tu te sens seul quand tu ne sais pas faire de musique (rires).
 
“Devenir père, c’était comme un raz de marée.”
 
La première chanson que tu as présenté en France s’appelle “L’Adulte”. Est-ce que tu en es vraiment devenu un?
(Rires) Oui ! C’est un tout : le fait d’approcher la quarantaine, la naissance de mon fils, cet album… Quand je suis devenu père, je pensais que le monde avait changé mais je me suis rendu compte que je n’avais plus les mêmes priorités. Je ne m’attendais pas à une telle évolution, c’était comme un raz de marée. C’est fabuleux mais ça peut nous engloutir et en même temps si on peut surfer dessus c’est notre plus belle partie de surf. C’est ça être père.

 
C’est ce qui te motivait avant ?
C’était qu’on dise de moi que j’étais un génie de la musique dans les médias. Ça me faisait extrêmement plaisir. Mais maintenant ce qui compte c’est que je fasse face aux réalités de la vie. Avant d’avoir un enfant, je vivais moi-même comme un enfant mais après la naissance de mon fils, je suis passé du stade d’enfant à celui d’adulte sans transition.
 
Qu’est-ce que ça a changé en toi ?
Depuis que j’ai un enfant, je me sens mieux. Surtout moi qui suis de nature instable, qui suis passé par tout les stades, j’étais vraiment fragile psychologiquement mais le fait d’avoir une famille ça me pose. Ma vie, ce n’est plus des tourbillons de questions. Je dois assurer pour le petit et pour ma femme. Mais du coup, je trouve beaucoup plus de sauvagerie dans ma musique vu qu’il ne se passe rien dans ma vie (rires). Dans cet album, j’ai sorti des sons de surexcité alors que ma vie est douce.
 
Tu veux dorénavant élargir ton public, pourquoi maintenant?
Depuis de mon album Politics qui a été mal compris, je me suis rendu compte que je devais faire les choses plus clairement et plus simplement. C’est à moi de me faire comprendre car les gens n’ont pas le temps de réfléchir sur ma musique.
 
“L’amour est plus puissant que la beauté.”
 
Quel est ton message maintenant ?
L’amour est plus puissant que la beauté. Je n’ai plus envie de vivre une vie de dandy ou une vie d’esthète. Tout ça conduit au malheur. La beauté on l’oublie vite, on ne peut pas s’y fier alors que l’amour c’est quelque chose de concret.
 
Comment parles-tu de l’amour à travers les sonorités de ton album?
Lovela première chanson de L’Aventura, c’est ma définition de l’amour. C’est comme si j’avais essayé de peindre l’amour. Les sonorités de la flûte créent des papillonnement, l’amour ça papillonne.
 

 
Ton retour en France n’a pas été trop difficile ?
Non c’est la magie de ce pays, on est toujours content de partir mais aussi content d’y revenir. Je suis toujours heureux de rentrer parce que j’adore les pâtisseries, les viennoiseries, les petits pains et le fromage (rires). Et puis finalement, j’adore la France même si  grâce à la musique j’ai pu faire le tour du monde.
 
Où est-ce que tu vas passer ton été ?
D’habitude je pars au Lac de Garde au nord de l’Italie, c’est vraiment mon endroit. Mais cet été, je vais en Thaïlande car j’ai un ami là-bas.
 
Tu as annoncé une grande tournée en octobre, tu es impatient?
Oui ! Avant j’avais une tournée assez mégalo, avec moi qui descendais les escaliers comme un messie accompagné de ses disciples. C’était sympa ! Mais là c’est un album brésilien et on revisite beaucoup d’anciennes chansons mais en version brésilienne. C’est une musique puissante mais poétique et aussi dansante, tout ce qu’il faut pour s’amuser. Un chanteur ça sert à divertir avant tout.
 
Une petite dédicace au Paulette ?
Oubliez le diktat de la minceur les Paulette ! Je ne comprends pas, je n’ai aucun ami qui aime les femmes squelettiques. Vous imaginez :“Ah tiens, j’ai bien envie de me taper un squelette ce soir !” (rires)
 
L’AVENTURA :: SEBASTIEN TELLIER
Sortie le 26 mai
Record Makers
 
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