LA LUNE DANS LE RAP, DE NEFKEU À PNL

Symbole d’un ailleurs fantasmé et effrayant, instrument de mesure du temps, figure mythologique, la lune est un astre qui ne cesse de nous fasciner depuis la nuit des temps. Ce satellite nous incite au voyage, au-delà de notre condition humaine sur terre, ou au plus profond de nous-mêmes. Selon l’exposition La Lune au Grand Palais, « la lune est une page blanche sur laquelle les Terriens peuvent écrire toutes les histoires. » Une page blanche qui n’a pas manqué d’inspirer jusqu’aux rappeurs. Nefkeu, Disiz la Peste et PNL, pour n’en citer que quelques-uns, ont tous été influencés par l’astre nocturne. Quelle relation entretiennent-ils avec la lune ?  

Lorsque la lumière du soleil disparait, la pénombre s’empare de la ville et fait ressurgir avec elle nos démons et nos peurs les plus intimes, qui ne peuvent plus être refoulés.  « J’me sens à la dérive ces temps-ci/ On dit l’univers infini / On dit aussi qu’il s’étend / Alors dans quoi s’étend-il ? » Dans ce couplet d’Alunissons, Nekfeu exprime bien ce sentiment de désarroi, et la crainte que notre vie n’ait pas de sens. Obligé.e.s de faire face à nos inquiétudes, la promesse d’une nuit de sommeil réparateur peut vite être remplacée par une insomnie, comme l’expriment PNL dans Capuche (Version Blanche) « le matin, sûr, tu me croiseras pas. J’aurais passé la nuit à combattre le noir. » Passer la nuit éveillé.e signifie aussi la passer en compagnie de la lune, « Tard la nuit je montre mes blessures à la Lune car j’ai mal à la terre », chantent PNL dans Cramés.

La lune est alors cette présence bienveillante qui comprend les souffrances des hommes, et qui tente de les consoler. Elle symbolise aussi cet horizon au-delà de la terre, plein de possibilité, un ailleurs inatteignable qui fait rêver : « Chaque jour j’rêve qu’c’est sur la Lune qu’j’me tire » (Mexico, PNL). Les hommes observent la lune de la terre, où ils sont condamnés à rester. Ce sentiment est source de beaucoup de souffrance, car les terriens ne peuvent échapper à leur planète, comme l’écrit Disiz la Peste dans sa chanson Autre espèce : « J’ai fait des voyages interstellaires / Des odyssées dans le cœur de mes frères / Et ce que j’ai vu m’a fait pleurer / Toujours obnubilés par des tas de billets. » Disiz la Peste déplore le fait que les hommes soient obsédés par l’argent, et ne se reconnait pas dans ce mode de fonctionnement : « Parfois j’me sens étranger à ma propre terre / extra-terrestre/ moi j’ai rien à voir/ avec cette histoire / avec ces types-là / j’suis d’une autre espèce. »

Cette sensation d’être en inadéquation avec le reste de l’espèce humaine renforce l’impression de solitude des rappeurs. L’espace et l’univers permettent de mettre des mots sur ce sentiment, comme le fait Nekfeu dans Les étoiles vagabondes : « Tous les objets composant l’univers, les galaxies, les amas d’poussières, les astres, s’éloignent les uns des autres inexorablement…comme nous. » Le chanteur se retrouve de plus en plus seul, au point où même la lune n’est plus une alliée : « Le rêve nous sépare, je ressens le vide. Pourquoi tu tournes autour des mots ? Je suis seul, la Lune me tourne le dos » (Frontières, PNL).

Mais la lune est loin d’être figée. A l’image du cycle lunaire, les évènements et nos émotions sont en constante évolution : « La lune ne sera pas toujours pleine / Mon cœur ne sera pas toujours vide », comme le dit si bien N.O.S dans Uranus. Les paroles de Óλά Καλά de Nekfeu : « Des malheurs y’en a plein / des coups j’en ai pris mais j’suis pas mort / alors maintenant, je m’accroche à la lumière quand les nuages sortent / et je ne regrette même plus qu’on ait passé tant de nuits ensemble » suggèrent aussi cette évolution de la tristesse vers l’espoir, et une réconciliation avec l’obscurité.

Tout ça et bien plus encore. À travers le rap, la lune devient l’incarnation de la femme – « Combien de galaxies, combien de lunes ? Combien de brins de femmes ? Je n’en vois qu’une » (Elle pleut, Nekfeu), ou symbolise le côté sombre de la gloire et de la célébrité avec la métaphore de la lune décrochée – « La lune, j’aime plus, je vous la laisse » (Au DD, PNL). Et, sa face cachée, inconnue, laisse songeur… Une constellation d’images qui permet d’exprimer des émotions universelles.

Article de Inès Huet

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