LA GO, LA CUISSE, LE BIFF


Photos de Pierre BDN

Derrière sa tresse et ses lunettes de soleil, une “go” de feu. Rencontre avec la nouvelle ambassadrice du rap game au féminin, mystérieuse et fougueuse.

 
Paulette : Je voudrais d’abord évoquer le triptyque que forme le titre de ton premier EP : “Lago / la Cuisse / le Biff”. Quel est le concept ?
Lago : C’est simple, c’est mon univers quoi. En gros, Lago c’est le personnage qui chante, qui monte sur scène. La Cuisse, c’est celle qui court tous les jours Paris, dans tous les sens, autant dans le sport (Lago est ambassadrice du crew de runners “Boost Adidas” pour le quartier Odéon, ndlr.) que finalement dans ma vie de femme qui bosse. Et le Biff, c’est le mode de paiement : c’est à dire que si tu me veux, si tu veux Lago et la Cuisse, il faut le Biff. Pas que je sois une michtoneuse de haut standing hein ! J’aime faire mes propres sous et en gros je ne vais pas en boîte juste pour m’amuser. Si tu m’y vois, c’est que je suis en train de travailler.
 
D’où t’est venue cette passion du sport ?
Le sport et le rap sont intimement liés pour moi. Pour moi c’est la rigueur, j’écris tous les jours et je pratique le sport tous les jours. Je ne fais pas ça pour être bonne ou perdre ma bedaine, c’est juste pour me donner de l’énergie. Si tu veux élever ton corps, il faut élever ton esprit et si tu veux élever ton esprit, tu dois élever ton corps. Je ne crois pas trop à l’archétype du footeux débile ou de l’intello chétif. Je crois qu’on est notre propre machine donc il faut pousser. Ça fait 3 ans que j’écris et que je cours non-stop, j’ai été piquée d’addiction au sport et au rap. Je ne peux plus m’en passer.
 
“Mes stigmates m’interdisaient a priori de faire du rap.”

 
Comment commence-t-on à rapper à 29 ans quand on est blanche et qu’on a grandi dans le 6e ?
Le jour où tu sors de tes cahiers et que tu te dis : “putain j’ai envie de le partager en fait !” À 20 ans, tu es dans le feu de l’action et tu t’en fous un peu des conséquences ; à 25, tu commences à avoir un tout petit peu plus de recul et attention ! Quand tu arrives à 29-30 ans, c’est le moment de prendre tous les risques. Alors même si mes “stigmates” m’empêchaient a priori de faire du rap, je me suis dit : “allez, fonce !”
 
“C’est chaud, tu commences t’as 0, personne.”
 
Quels étaient les premiers steps avant de te lancer ?
 
J’ai eu la chance que mon petit frère m’ait prise par la main pour m’emmener acheter mon premier home studio, qu’il m’a installé. Donc j’ai construit un petit studio chez moi, où j’enregistrais mes maquettes toute seule, puis j’ai rencontré Jordan (son producteur, ndlr.). Je lui ai fait écouté mes trucs et on s’est bien entendus. Il a eu l’intelligence de me dire “je veux bien t’accompagner mais pas de pression. On est d’abord amis”. Lui avait déjà développé des artistes et donc il savait les étapes à passer. Et j’avais moi aussi une idée de comment je voulais être amenée au “public”. C’est chaud hein ? Tu commences t’as 0, personne, y a rien et tu mets un son sur YouTube, t’es en panique et tout, et tu vois que t’as fait 5000 vues ! C’est fou. Si ça se trouve c’est 50 personnes qui ont regardé plusieurs fois le clip. Mais peu importe, chaque étape te motive à aller à la suivante.
 
“Le rap en France, c’est un truc de grandes soeurs.”

Le rap français est assez pauvre depuis la démission de Diam’s. Qui sont tes modèles ?

Y a eu des icônes. Je me souviens de la première rappeuse française que j’ai entendue sur la B.O de “La Haine” : Sté Strausz’. Elle a une voix de bonhomme, elle raconte des trucs genre elle rentre chez elle et elle s’embrouille avec son frère. Des trucs auxquels tu peux totalement t’identifier. Je l’écoutais en boucle. Après il y a eu la réussite incroyable de Diam’s avec qui, forcément, toutes les meufs se sont dit : “moi aussi j’ai le droit d’être une femme et de m’exprimer, de donner mon point de vue”. J’ai l’impression que le rap en France c’est un truc de grandes soeurs qui t’ouvrent des portes. Je me souviens très bien du jour où Diam’s a dit “j’arrête le rap” à la télé. Je me suis dis genre “la place est libre”. Ça m’a vraiment fait ça ! Et l’autre déclic, ça a été Kaaris, parce qu’il a commencé sa carrière à 34 ans, il a explosé à ce moment-là et je me suis dis “nickel en fait”. Je veux y aller, y a une place, je veux la prendre.
 
Comment comptes-tu t’y prendre pour toucher le maximum de monde ?
Même si j’ai grandi dans le 6e, je suis allée me promener partout, je suis hyper curieuse. Mes amis viennent de plein de quartiers différents. J’ai jamais traîné avec les gens du 6e. Le rap c’est ce que j’ai toujours écouté, c’est juste de la poésie en rythme, alors peut-être que ce n’est pas trop mon endroit mais c’est aussi ça qui m’excite. C’est le côté : “ah ouai ça te dérange, mais pourquoi ça te dérange mec ? On s’en fout”. Quand Passi fait un “feat” avec Calogero on dit que c’est une réussite. Non, je suis désolée pour moi, c’est de la merde. Je préférais 10 fois plus le Passi de “Je zappe et je mate” quoi.
 
Ta première scène ?
C’était marrant, je travaille avec des Djs qui s’appellent les Black Out. Ils m’avaient fait un remix et ils m’ont proposé un soir de venir rapper au Wanderlust. J’ai été là-bas et j’ai chanté devant des gamins de 16 ans et ça a été le feu ! J’ai pris un pied de ouf, à la hauteur du stress que j’avais. Aujourd’hui, je continue de performer, mais je choisis mes moments, j’aime pas me montrer tout le temps.

Pourquoi ce côté montré / caché justement dans ta communication ? Tu apparais toujours avec des lunettes de soleil par exemple…

Comme j’étais persuadée que je faisais tâche, je tenais à ce que l’on écoute d’abord ma musique. Je voulais susciter une réaction non pas sur mon aspect physique – parce que c’est facile quand t’es une femme d’être jugée sur le physique – mais sur mon son. Donc l’idée c’était d’abord d’amener la musique avec des images et des bouts de films qui m’inspirent pour qu’on comprennent au travers de mes références. Je vais me dévoile petit à petit, comme les meufs qui font du burlesque quoi. (Rires)
 
“L’espoir cache un salaud, les beaux discours ne remplissent pas le frigo.”
 
La prochaine grosse étape à venir ?
La prochaine grosse étape c’est le prochain EP qui va sortir, qui va être payant.  La première fois j’ai été gentille, c’était comme une carte de visite, ça ne coûte pas d’argent, je te la donne. Donc là ça va s’appeler “Lago / la Cuisse / le Biff 2” parce que j’ai beaucoup d’imagination ! Et j’ai pas mal de live prévus, mais bizarrement pas en France.
 
Une punchline en avant-première ?
“À vouloir me mettre dans un moule, tu finiras comme un 501 : usé”. Une autre : “ce que je préfère chez Nicki c’est Gucci la fourrée” parce que j’aime beaucoup Gucci Mane ! La pochette de l’EP sera réalisée par un ami mosaïste, ça va être un truc assez cool à mon avis. Et sinon une dernière pour la route : “l’espoir cache un salaud, les beaux discours ne remplissent pas le frigo”.
 
Une dédicace aux Paulette ?
Je pensais à votre rédaction, vous êtes que des femmes en fait. C’est ça que j’aime. Vous êtes un Gang 2 Go, de la presse et de la vie quoi. Parce qu’en plus chez vous les lectrices deviennent ambassadrices et ça c’est trop cool. Big up à la mafia Paulette.

EP
Lago / La Cuisse / Le Biff 2
 
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