LA GENÈSE DU VIBROMASSEUR

Illustration, Clio de frégon

D’utilité publique à l’origine, taboo avant de devenir aussi banal que l’utilisation d’une brosse à dent électrique, le vibromasseur a 152 ans. 1860-2012. Plus d’un siècle et demi que cet objet alimente les conversations, les consultations puis la consommation. Retour sur une vibrante épopée.

> Les débuts : De la coquinerie en plastique    
 
Alexis de Tocqueville se retournerait dans sa tombe s’il voyait comme on ose aujourd’hui détourner son fameux De la démocratie en Amérique pour titrer un sujet sur le sexe. Il s’agit pourtant là aussi de traiter d’une révolution. C’est d’ailleurs du temps de cet écrivain, dans l’Angleterre coincée des années 1860, que naît le tout premier vibromasseur, une histoire que raconte le film Oh my god ! sorti au cinéma le 14 décembre dernier. Pour les non bilingues, sachez que god signifie dieu en anglais mais qu’il ne s’agit absolument pas d’un film catholique. Ce titre est un jeu de mot, l’orthographe exacte devrait être Oh my gode ! Et là, forcément, ça parle tout de suite beaucoup plus.
 

« DES SEX TOYS POUR EMPÊCHER L’HYSTÉRIE ! »
À l’origine, le vibromasseur est inventé à des fins médicales ! À l’époque, les hommes pensaient que les femmes étaient nerveuses à cause d’une étrange maladie de l’utérus… Les vibromasseurs sont alors créés et manipulés par des médecins dans des asiles, uniquement pour calmer les soit-disantes « crises d’hystéries » de femmes qui, en réalité, à défaut d’être folles, sont tout simplement en manque de sexe. Sinon d’une cure de jouvence, c’est bien d’une cure de jouissance dont il s’agit.

Les premiers vibromasseurs faisaient approximativement la taille d’un micro-onde et, comme lui, ils fonctionnaient à l’électricité -tellement 19 ème siècle- ! Seuls les médecins possédaient de tels « engins » car à l’époque, voyez-vous, cela aurait fait légèrement désordre au milieu du salon de la maison familiale.

> Les années 1920 : Des vibro à gogo

Un demi-siècle plus tard, dans les années 1920, la vision de cette arme de sensation massive évolue. Au feu la langue de bois, les films pornos décrédibilisent totalement le côté médical de la chose. Grands, ou pas, gros, ou pas, ce qui compte c’est que ces sex-toys vibrants deviennent à ce moment beaucoup plus pratiques. À l’époque déjà, ils prennent peu de place contre la joue des potiches des magazines de vente par correspondance. Passant du cabinet médical au domicile privé, on observe alors une véritable explosion dans la vente des vibromasseurs.  

Au placard les bonnes manières, l’heure est à la démocratisation du plastique intra-petites culottes. Dans les années 1950, le vibromasseur entre dans le top 5 des appareils les plus vendus au monde, avec la machine à coudre, le fer à friser, le téléphone et la bouilloire. Certains ayant trouvé comment pimenter un peu le Noël de madame autrement qu’avec de l’électroménager (l’aspirateur pouvant avoir ses bienfaits, certes). Petit à petit l’offre s’élargit, d’un objet de type grosse perceuse flippante, on passe à un objet plus ou moins -parfois moins que plus- raffiné, plus chaleureux.

> Aujourd’hui : vers la vulgarisation des sex-toy ?

À partir de 1960, terminés les tabous, on parle clairement de gadgets orgasmiques, là pour faire décoller n’importe quel Frigidaire. À l’heure des révolutions sociales de Mai 68, le fameux slogan « Jouissez sans entrave » exprime à lui seul la tension ambiante qui fait suite à des années prudes et vierges de toutes rébellions sexuelles.

De nos jours, les vibromasseurs ressemblent à de gros lapins roses translucides ou à des objets design qu’on mettrait presque dans le salon de la maison familiale. On s’en offre entre copines et on va même jusqu’à organiser des réunions de type Tupperware pour faire découvrir à ses collègues de bureau les bienfaits de chaque modèle.

Remercions donc nos ancêtres pour leur ignorance du plaisir féminin, sans qui rien de tout cela n’aurait été possible !

 

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