LA FEMME EST TOUJOURS UN MYSTERE

On les découvre au début des années 10 au cœur d’une vague rétro qui se propose de déringardiser les eighties. Dans leur sillon, des groupes comme Aline et Granville. Mais La Femme est tout autre, insaisissable et multiple. Leur musique est un mystère, c’est en tout cas ce qu’ils répètent à l’envie à chacune de leurs apparitions publiques. Un premier album plus tard, couronné d’une Victoire de la musique, La Femme n’a pas changé et refuse toujours de se dévoiler. Ses membres bousculent, sèment le doute, multiplient les pirouettes, avec une candeur insolente. Agaçants pour les uns, séduisants pour les autres. Pas de demi-mesure vous l’aurez compris. Leur nouvel album ne déroge pas à la règle. S’ils s’autorisent une incursion dans le rap, le disco ou le zouk, ils font la part belle aux ballades qui se chantent aux coins du feu. Rencontre avec Clémence, Marlon (et Sacha pour le mot de la fin !).

Paulette : Cette sortie est présentée comme l’événement de l’année. Et pour vous ?

Marlon : Pour nous aussi c’est l’événement de l’année. Ça représente deux années de travail, c’est notre deuxième album, c’est une étape importante dans la vie du groupe.

Clémence : C’est excitant ! Les gens vont enfin pouvoir découvrir nos nouvelles chansons.

Copié, jamais égalé, et désormais reconnu. Avec le recul, qu’est-ce qui a fait la différence selon vous ? 

Marlon : Je ne sais pas… Entre nous, c’est le temps qu’on a passé sur les choses, notre expérience aussi, nos influences musicales, notre style, notre vision, nos buts… Y a plein de groupes qui n’étaient pas dans l’optique de faire un truc vraiment sérieux quand ils ont commencé alors que nous oui. C’était calculé ! Avec Sacha, quand on a recruté les membres du groupe, on affichait déjà notre ambition de devenir un vrai groupe professionnel.

 

Vous êtes en tournée depuis quelques mois. Quel accueil vous a réservé le public ?

Marlon : Il était cool, mais par moment, c’était compliqué, notamment sur les dates de chauffe avant l’Olympia – deux heures et demi de show, sans première partie mais avec un entracte. Il fallait avoir le plus de morceaux possibles dans la boite, donc on en a répété une douzaine et on les a joué à Tourcoing. Les fans hardcore ont trop kiffé. Pour eux, c’était ouf d’écouter douze inédits. Par contre, ceux qui venaient pour s’éclater étaient un peu déçus. Ils attendaient « Nous étions deux », « Sur la planche » ou « Si un jour » pour décoller. 

Clémence : Tu étais aussi face à une troisième génération, qui venait de découvrir le premier album.

Marlon : On se disait : « ça fait cinq ans qu’on joue les mêmes morceaux, c’est la honte ! » Mais certaines personnes viennent seulement de découvrir le groupe.

 

Même ceux qui connaissent La Femme depuis longtemps sont attachés à ces morceaux, vous ne pourrez jamais vraiment les zapper à moins de les retravailler…

Marlon : On les a déjà retravaillé plus ou moins mais aujourd’hui, on a tellement de nouveaux morceaux qu’on a envie d’aller vers le futur. On a hâte que l’album sorte, comme ça les gens vont pouvoir s’en imprégner et kiffer avec nous.

 

L’album s’appelle Mystère. Le pseudo que vous aviez utilisé pour le défilé YSL l’année dernière. 

Marlon : C’est un peu notre nom fourre-tout. C’est aussi le pseudo qu’on utilisait quand on faisait nos propres premières parties. Sous un autre nom, mais c’était nous.

Clémence : On se cachait sous des capes !

 

A-t-il une signification particulière ?

Marlon : La Femme est un mystère… C’est un mot qui nous va bien et qui définit assez bien notre musique. C’est du mystère rock.

 

Où et comment avez-vous enregistré ces nouvelles chansons ?

Marlon : On a loué un manoir en Bretagne dans un centre de réinsertion pour les enfants en difficulté. Le grand-père de Sacha en a été le président. 

Clémence : C’est à côté de la Baule. C’était immense, il y avait plein de chambre. On pouvait faire du sport, boire des jus…

Marlon : On avait très envie d’enregistrer là-bas, y avait une bonne vibe et peu d’éléments pour nous distraire. On a réquisitionné le grenier pendant trois mois, avant de filer à la cave dans un studio à Paris. On a mixé l’album à Los Angeles.

 

Qu’aviez-vous envie de faire différemment ?

Marlon : Faire un meilleur album que le précédent !

 

Vous parlez d’un album « plus posé, mieux écrit »…

Marlon : Oui et j’ajouterai plus profond. Les deux se valent même si celui-ci est un peu différent. Il est plus travaillé, plus professionnel, on ressent notre expérience. C’est l’album de la maturité (sourire).

 

Ce nouvel album regorge de ballades.Vous êtes enfin assagis ?

Marlon : Pas forcément ! C’est juste une phase. Là j’ai envie de revenir à des trucs beaucoup plus punks. Mais c’est vrai, on avait besoin de faire un truc posé, réfléchi et plus mature. Y a plein de morceaux qu’on pourrait jouer de manière plus dépouillée, juste avec une guitare, et qui seraient toujours aussi cools, voire même plus cools. 

 

C’est la tournée qui vous a encouragé à ajouter des morceaux plus lents à votre set, pour vous économiser ?

Marlon : Non, l’idée c’était de faire la musique qu’on prendrait plaisir à écouter. On est allés dans un délire plus troubadour-ménestrel, un peu médiéval, où tu racontes des trucs.

 

Autre différence notable, il y a plus de gravité dans les textes, moins d’insouciance… 

Marlon : On a grandi ! C’était plus simple pour nous d’écrire sur ce qu’on vit et ce qu’on ressent, parce que ça fait longtemps qu’on fait ça. Et je trouve ça mieux réussi que sur le premier album, où on était encore un peu gênés de chanter. C’est le métier qui rentre !

 

Vous employez le mot « cycle » pour résumer les différentes étapes de votre carrière. Aujourd’hui vous en êtes où ?

Marlon : Sacha parle de « cycle » dans le morceau La Vague. Les cycles de la vie et de la nature. Là, on en est au deuxième ou troisième cycle. Le premier, ce serait la naissance de La Femme. Le deuxième, quand on a commencé à se professionnaliser et là on va bientôt entrer dans un nouveau cycle où on espère franchir un nouveau cap. Dans la vie en général, un cycle dure entre quatre et six ans. On est conditionné, enfant, avec le collège, le lycée, la fac…

Clémence : Moi ça dure un mois (sourire).

Quels sont les moments clés qui vous ont permis d’avancer ?

Marlon : Quand on a eu notre premier clavier NORD et qu’on a commencé La Femme avec Sacha. Six mois plus tard, quand on nous a proposé de faire le Roxy Jam (Biarritz, ndlr), notre première grosse date de festival, et qu’on a réellement créé l’équipe du live. Clémence, Noé, Sam et Nunez nous ont rejoints. Après, il y a eu le voyage aux Etats-Unis, elle aussi fondatrice, pour nous personnellement et pour la notoriété du groupe. Quand on est revenu en France, les labels étaient encore plus chauds. Depuis, y a eu la sortie du premier album et la Victoire de la musique, éventuellement, mais l’étape la plus importante dans la vie du groupe ça reste les Etats-Unis. On a débarqué en Californie parce qu’on pensait que ça pourrait nous aider à percer. C’était un pari fou mais ça marché !

 

Sur quoi avez-vous le plus progressé ?

Marlon : Les techniques d’enregistrement. Aujourd’hui, on est complètement indépendants et on peut s’enregistrer tous seuls. C’est Sam, notre bassiste, qui a enregistré tout l’album. 

 

Clémence, tu poses ta voix sur plusieurs chansons. Est-ce qu’ils te drivent beaucoup ?

Clémence : Ouais. Ils sont super précis et pointilleux. Je ne sais pas si vous savez exactement ce que vous voulez…

Marlon : On sait dans quelle direction on veut aller mais ce qui nous préoccupe c’est la diction.

 

Vous osez tout, y compris une chanson sur les mycoses, baptisée Micose, et un sexe féminin en trompe l’œil sur la pochette de l’album. C’est de la provoc ?

Marlon : Au moins, c’est raccord !  (rires)

Sacha : Y a une part de vécu et une part de projection. Dans le morceau, elle dit qu’elle veut partir dans l’espace où il n’y a pas de parasites. C’est une histoire farfelue. 

Marlon : C’est osé et c’est même dur. En ce qui concerne la pochette de l’album, c’est carrément notre style. Elle fait écho à notre première pochette de disque, où on avait détourné l’origine du monde. Sauf qu’en fait c’est Liberator qui l’a faite sans nous prévenir. C’était pour le back du cd mais on a tellement aimé qu’on a voulu que ce soit la première image de l’album. On verra son visage dans le back du coup.

 

Vous avez installé une forte identité visuelle depuis vos débuts, avec des clips ambitieux. Qu’est-ce qui vous inspire ?

Marlon : Sur le papier, on a toujours l’impression que ça va être un truc à 1 million d’euros de budget et en fait on se démerde avec les moyens du bord. On adore les blockbusters américains, comme Apocalypse Now (de Francis Ford Coppola, ndlr). Mais aussi Tarantino, Tim Burton, Kubrick. La nouvelle vague, le cinéma d’auteur. On ne s’interdit rien, avec un penchant pour les trucs qui en mettent plein la vue. Quand j’étais petit, j’ai pas mal été influencé par Michael Jackson. 

 

Le clip de Sphynx est pharaonique, pas du tout à l’image de Où va le monde…

Marlon : On avait cramé tout notre budget pour Sphynx (rires). Pour Où va le monde, le thème était délicat, on ne voulait pas se prendre au sérieux alors on est partis sur l’idée d’un karaoké cheesy. 

 

Et pour vos prochains clips ?

Marlon : On a fait un clip disco pour SSD. Un clip super punk pour Tatiana. Un autre en mode post-new-wave, dans un délire années 80-90, mais sombre à la Gotham city, pour Micose. Il a été réalisé par Paul Gondry. Sinon, les autres, c’est un peu nous tous. On prend les caméras et on s’amuse !

 

Une dédicace aux Paulette ?

Sacha : Le fusil se porte à l’épaulette. Allez Paulette, allez Paulette, allez !!

 

LA FEMME :: Mystère (Barclay/Disque Pointu)

Sortie le 2 septembre 2016

 

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Concerts :

Le 17 septembre à Angers (Festival Levitation France)
Le 30 septembre à Rouen (Le 106)
Le 1er octobre à Besançon (Festival Détonation)
Le 7 octobre à Joué lès Tours (Le Temps Machine)
Le 12 octobre à Nancy (Nancy Jazz Pulsations)
Le 13 octobre à Montpellier (première partie des Red Hot Chili Peppers)
Le 14 octobre à Nantes (Stereolux)
Les 15, 16 et 18 octobre à Paris (AccorHotels Arena – première partie des Red Hot Chili Peppers)
Le 18 novembre à Bruxelles (L’orangerie)
Le 24 novembre à Grenoble (La Belle électrique)
Le 25 novembre à Montpellier (Le Rockstore)
Le 2 décembre à Eaubonne (L’Orange Bleue)
Le 15 décembre à Lille (L’Aéronef)
Le 19 janvier 2017 à Talence (La Médoquine)
Le 20 janvier à Clermont Ferrand (La Coopérative de Mai)

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