KYUSHU, L’ÎLE JAPONAISE AUX TRÉSORS

En voyage sur l’île de Kyushu pendant une petite semaine, j’ai pu découvrir une partie de la cuisine, de la nature et de la culture locales. Résultat : ramenez-moi là-bas. 

« Pauline, tu fais quoi dans deux mois ? » Si j’avais su que cette question déboucherait sur un aller direct pour cinq jours au Japon, j’aurais davantage savouré l’instant. Heureusement, je me suis bien rattrapée sur place. D’autant que le thème principal de ma visite sur l’île de Kyushu, située au sud-ouest de l’archipel, était la gastronomie. Et dieu sait si j’aime la bouffe.

A quelques semaines du départ, je me voyais donc déjà plonger dans un bain de sushis qui me ferait rejeter les pâles copies françaises une fois de retour, découvrir les ramens locaux et goûter au bœuf savoureux qu’on trouve à Saga, et j’avais vu juste. La région regorgeait de surprises culinaires et de paysages à couper le souffle que j’allais tenter d’expérimenter tant bien que mal – le genre d’aventure à laquelle on ne dit pas non.

Les ramens de Taiho Raman, à Kurume. Crédit : Pauline Machado

Dame nature est parfois capricieuse

On a une image très précise du Japon quand on vient de France. On pense tout de suite à Tokyo, son architecture, son activité permanente, Shibuya et son carrefour qui file le vertige, les masques en papier, les mangas, la mode. La modernité parfois subtilement teintée de traditions.

En arrivant à Fukuoka, la première ville des environs, je n’ai pas reconnu grand chose de cette vision urbaine. Kyushu est une île qui vit beaucoup autour de sa nature. Les touristes viennent d’ailleurs se perdre sur ses routes interminables qu’ils empruntent à vélo. La forêt est partout, les montagnes rappellent les Alpes et les plages chantent.

Enfin, sont censées chanter.

Car manque de bol, quand on a débarqué sur celle de Hamanaki, réputée pour ses couchers de soleil à couper le souffle, le sable était capricieux. Et le temps aussi. Pas de concert, ni de crépuscule doré donc, mais un tour des cafés alentours et surtout de la boutique de glace rose pastel qui représentait sûrement la chose la plus « Kawaii » que je n’ai jamais vue de ma vie. Jackpot pour mon Instagram.
Katana et ovaires de concombre de mer

Pendant ces quelques jours intenses, notre minivan filait à travers la campagne nippone avec l’élégance de la Batmobile si on le compare aux Kei Cars, les voitures à petits moteurs qui pullulent sur les routes locales. Un étrange mélange entre un monospace et une Fiat Multipla, décliné en une multitude de couleurs improbables allant du bleu layette au orange fluo. Pratique mais pas très chic.

On a dû visiter une bonne dizaine d’ateliers traditionnels lors de nos pérégrinations. De la fabrique de papier de riz de Nao, aux ateliers Kakiémon, l’usine de porcelaine ancestrale où les artisans tournent la terre selon les modèles du maître, dont la famille éponyme règne sur la maison de père en fils depuis le XVIIe siècle.

La fabrique de papier de riz de Nao. Crédit : Pauline Machado

Une immersion dans le Japon traditionnel qui en fin de compte, s’est un peu écartée du thème initial pour nous faire découvrir des rituels insolites. Vous avez déjà essayé de découper un tatami au katana, le sabre de samouraï ? Moi oui, et c’est encore plus difficile que ça en a l’air. Du moins si, comme moi, vos bras n’ont jamais vraiment appris le sens du mot « coordination ».

En revanche, pour ce qui est d’avaler toute sorte de plats, ce léger trouble moteur ne pose aucun problème. Il suffit de trouver comment manier les baguettes sans s’en fourrer une dans l’oeil – quand on veut, on peut – et le tour est joué.

Perche de mer aux agrumes et au gingembre, dumpling de crevette au chrysanthème couronné et aux champignons ou encore crabe à la moutarde, le meilleur de la gastronomie de Kyushu se déguste dans ses établissements de qualité, quelques fois étoilés comme Sagano, sur des services d’une dizaine de mets. Leur traduction est parfois délicate, mais toujours intéressante.

Préparation du plat principal, Sagano. Crédit : Pauline Machado

Ainsi, quand, de retour à Paris, notre guide nous a expliqué par mail que les petits amuse-bouches goûtés chez ce dernier étaient en réalité concoctés à base d’ovaires de concombre de mer (un crustacé qui possède déjà une silhouette étonnante), je me suis dit que le Japon avait véritablement son lot de surprises à offrir.
Crédit : Pauline Machado
Kimono et bains chauds à poil

Kyushu est aussi la région des onsen, les sources naturelles qui font office de bains populaires non-mixtes où l’eau est quasi brûlante et les fringues proscrites. Il y a même des établissements haut de gamme qui proposent un onsen privé sur la terrasse de la chambre – et donc plus d’intimité –, avec vue sur le parc vallonné et ses nuances d’automne.

Le parc que surplombe l’hôtel Onyado Chikurintei. Crédit : Pauline Machado

Ce lieu de rêve, c’est le Onyado Chikurintei, un hôtel à la déco tradi (comprenez tatami et lit futon à même le sol) ultra-classe que l’on parcourt vêtue d’un kimono en coton, comme un peu partout dans le pays, et où l’on dîne exclusivement dans la chambre de l’homme qui accompagne notre groupe. Une pièce plus grande et apparemment plus appropriée à recevoir, car « les femmes doivent garder leur mystère », m’affirmera la guide. Allons bon.

Vue du bar de l’hôtel. Crédit : Pauline Machado

Pas de copain, pas de festin ? Ce qui est sûr, c’est qu’on peut toujours aller boire un coup au bar privé installé un peu plus bas, en bord d’étang, qui sert bières et bon vin jusque tard le soir. Et nous donne largement le temps de repenser, à la lumière des lanternes qui reflètent les arbres orangés nichés sur les rives, à cette épopée peut-être un peu éparpillée mais certainement pas dénuée de charme.

Kyushu, je reviendrai.

> Article de Pauline Machado

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