KRISTINA BAZAN : “JE NE SUIS PAS UNE COQUILLE VIDE”


 
Cinq ans, c’est le temps qu’il a fallu à Kristina Bazan pour conquérir le milieu très select’ de la mode avec son blog. À 22 ans seulement, elle travaille avec les plus grands, enchaîne les contrats de rêve et les Fashion Week du monde entier. Aujourd’hui, la fondatrice de Kayture sort son premier livre , entre confessions et conseils de vie. L’occasion pour Paulette de s’installer et discuter avec la blogueuse dans son hôtel parisien en présence de sa collègue et meilleure amie Fiona, adorée de toutes les fans de Kayture. Rencontre.

Paulette : Très jeune, tu prends une année sabbatique pour te lancer pleinement dans Kayture. Au bout de combien de temps, tu as pu en vivre financièrement ?
Kristina : Quand j’ai décidé de ne pas aller à l’université, j’avais conscience que ça pouvait marcher. Après quelques mois seulement de blogging, Louis Vuitton me contactait déjà. Je ne pouvais pas passer à côté de telles opportunités ! Tu n’as que 22 ans, tu es suivie par des millions d’abonnés, tu parles de “150 e-mails, 1000 et 2000 commentaires par jour”, n’est-ce pas trop compliqué à gérer ? Je pense surtout que je n’ai pas le droit de me plaindre. Tout le monde a des pressions ! Mes amis à l’université avec les examens ou ma mère avec celle de son employé. Je reçois beaucoup de mails, mais heureusement sinon ça veut dire que je n’ai plus de travail. Je suis perfectionniste du coup au début, je voulais faire tout moi-même mais ce n’est pas possible. En plus, Kayture peut enrichir d’autres personnes. Le but c’est de l’utiliser comme un tremplin pour chaque membre de l’équipe, c’est un peu notre networking.

Tu t’exposes déjà beaucoup sur ton blog et sur les réseaux, pourquoi écrire un livre en plus ? Qu’est-ce qu’on découvre de plus sur toi dans ce livre ?
C’est dingue de le tenir entre les mains. C’était important pour moi de montrer que je n’étais pas qu’une figure virtuelle. Je voulais me confier plus, je parle rarement de mon enfance ou de ma famille. Ce n’est pas juste un petit truc narcissique ou superficiel, je voulais partager un peu de mes valeurs. Cette exposition médiatique favorise les bons comme les très mauvais commentaires.

Tu déclares accepter les mauvais mais est-ce vraiment toujours facile à digérer ?
J’arrive à mettre une distance, je ne peux pas plaire à tout le monde et je n’essaye pas. Si ils sont constructifs, c’est cool, ça peut permettre de prendre du recul vis à vis de soi, même si ça fait mal. Au fond, on est tellement critique les uns les autres, c’est la nature humaine.

Tu organises des rencontres quand tu viens à Paris, quand tu es à Londres où à New York. Est-ce important pour toi d’être en contact direct avec tes fans ? Quelle relation entretiens-tu avec eux ?
Complètement. Je n’ai pas envie d’être coincée dans une bulle, j’ai besoin de rencontrer mes lecteurs et de partager des instants spéciaux avec eux. C’est incroyable de voir leur réaction. Ils rigolent, pleurent ou crient, c’est drôle ! Je rigole et crie avec eux du coup (Rires). C’est important de prendre le temps, sans eux, nous n’avons rien. C’est aussi pour ça qu’à la fin du livre, j’ai consacré deux pages à toutes nos selfies.

Tu es très proche de tes lectrices. C’est important pour toi, de transmettre tes valeurs, ta façon de voir de la vie ?
J’ai tellement de choses à dire. Je ne suis pas une coquille vide. Avec internet et les magazines, c’est difficile aujourd’hui d’avoir confiance en soi. Je voulais écrire un livre pour partager mon acheminement de penser. On a tous quelque chose de spécial à dire et une fois qu’on a trouvé sa voie, il ne faut pas se laisser perturber par ses doutes et suivre ses instincts. Dès que tu mets le doigt sur ce petit truc spécial, que ça soit un blog ou mille autres métiers. Quand la magie opère, il faut y aller !

Dans le livre, tu donnes l’impression d’être toujours dans le contrôle de toi, ton image, ton alimentation. Des fois, tu te lâches ?
Mais tout le temps (Rires). Il ne faut pas prendre tout ce que je dis dans le livre de manière catégorique, ce ne sont que des approches et des idées. C’est important de rester sain, ce n’est pas forcément bon de faire trop de folie. Je sais, c’est très dur de rester sain surtout avec la pression sociale de tes amis qui te proposent un restaurant ou une soirée.

“J’aime faire des choses hyper simples.”

Tu es tout le temps en voyages, tu n’arrêtes jamais de travailler. Ça t’arrive des fois de couper court à tout ça ?
C’est rare. Je suis tellement passionnée et reconnaissante de ce que je fais. J’ai beaucoup de chance, je n’ai pas envie de m’arrêter. Les jours où je suis fatiguée, je baisse le rythme, je poste un petit peu moins. Avec mes lecteurs, même si le contact est par écran interposé, j’ai l’impression qu’ils sentent vraiment mon énergie. Je préfère poster moins mais rester dans une bonne vibe. Les jours où j’ai du temps, j’aime passer du temps avec mes amis, regarder un film, je chill. J’aime faire des choses hyper simples.

Tu arrives malgré tous tes voyages à garder une vie normale ?
C’est plus compliqué que quelqu’un qui voyage moins, mais on fait du mieux qu’on peut. Nous avons des amis partout dans le monde. J’essaye de garder un équilibre entre mon vrai cercle d’amis en Suisse et à Paris et ceux que nous nous sommes faits à Los Angeles depuis notre déménagement. La famille c’est plus difficile parce que je suis rarement chez moi. Après les relations personnelles c’est encore une autre histoire (Rires) !

Tu montres beaucoup de ta vie “privée” sur internet, ton histoire avec James, ta meilleure amie avec qui tu travailles et vie. Est-ce que ça fait parti du job de blogueuse ?
Tu n’as pas peur de trop en montrer ? Mon blog c’est mon journal intime donc quoi que je fasse dans ma vie, que ça soit de la musique ou un autre projet, j’aime partager. C’est mon job principal mais je vois ça plus comme mon média de partage pour pouvoir me permettre de faire des choses à côté. J’ai envie de montrer ma vie, mon quotidien, mes potes. Je ne montre pas tout parce que je n’ai pas envie de vivre avec mon téléphone scotcher aux mains. Déjà que je l’ai toujours, quand je sors avec mes amis, j’essaye de l’utiliser le moins possible.

Tu vis et travailles avec Fiona ta meilleure amie. Fiona, ça vous arrive de vous crêper le chignon ?
Fiona : Bien sûr ! Surtout qu’on a des personnalités très différentes ! Mais on fonctionne comme des vraies sœurs. Notre relation est magique, nous avons un grand but commun, on s’aide beaucoup. Toute la team Kayture travaille pour la faire monter, mais à l’inverse Kristina nous soutient énormément. James et moi, nous avons aussi des projets à côté et elle est toujours là pour nous. Je pense que les lecteurs sentent ce partage et c’est pour ça qu’ils accrochent avec notre duo.

Comment vous êtes-vous rencontré ?
Fiona : Je viens de Suisse aussi. À l’époque j’avais 17 ans, je m’occupais d’organiser des séances photos, je faisais du stylisme pour des magazines de mode. Je suivais Kristina. En plus d’être hyper belle (Rires), elle habitait juste à côté de chez moi. Je l’avais booké pour un shooting, on s’est rencontré ce jour-là et depuis, on ne s’est jamais quittées.

“Rien ne peut remplacer la motivation et la passion !”

C’est important pour toi Kristina, d’avoir de vraies relations humaines avec les gens avec qui tu travailles ?
Oui, je ne peux pas faire autrement. Je suis très sensible, je sens très facilement l’énergie des gens. Pour moi, il n’y a rien de plus important que la sincérité, la bienvaillance et la volonté de créer quelque chose en commun et de tous se pousser vers le haut. Je préfère prendre quelqu’un de moins qualifié et lui apprendre, tant qu’il y a un bon feeling et qu’il est passionné, qu’il a des valeurs. Dans la vie, tout n’est pas que sur le papier. Rien ne peut remplacer la motivation et la passion !


Tu t’es lancée très jeune dans Kayture, penses-tu que sans James tu l’aurais fait ?

Très bonne question. Je dirais non, ça aurait été extrêmement différent. Il a construit toute l’esthétique de Kayture. Nous sommes très complémentaires dans notre façon de fonctionner. Il est très rationnel, il va toujours droit au but. Moi, je suis plus créative. Je pense que la combinaison des deux a fait que nous avons été propulsés aussi loin.

Tu arrives à garder les pieds sur terre malgré le milieu dans lequel tu évolues ?
Mon entourage m’aide beaucoup. J’arrive à garder une distance avec tout ça. J’ai grandi dans une famille hyper simple, je n’avais pas ma propre chambre je partageais celle de ma grand-mère. Quand je me retrouve dans cette sublime chambre d’un palace parisien je me demande ce que je fous là (Rires) ! Que ça soit les hôtels, les stars qu’on rencontre ou les cadeaux qu’on reçoit à chaque fois ça nous rend folles de joie. Le meilleur de Kayture, c’est les moments de partage avec la team. Plus tard, ce ne sont pas les sacs ou les chaussures que j’ai achetés qui vont rester, mais les souvenirs avec ma meilleure amie à l’autre bout du monde.

Tu es habillée par les plus grands créateurs, ça t’arrive d’aller chez Zara, H&M… ?
Évidemment ! Avec Fiona, on adore la mode. Nous sommes restées très simple, je déteste les gens qui se prennent trop au sérieux. Faut pas oublier que nos meilleurs potes viennent de la banlieue, de la campagne (Rires). La joie de vivre que tu sois riche ou pas, qu’importe où tu habites ou ce que tu as, c’est le plus important.

Tu l’as dit avec Kayture, tu as fait énormément de rencontres. Laquelle t’a le plus marquée ?
Je suis très fan de Lady Gaga et de tout ce qu’elle a réussi à accomplir. Avec Fiona, nous étions invitées aux Golden Globes. Toutes les personnes qui gagnaient un prix passaient juste à côté de nous. Elle a gagné, elle est arrivée à notre niveau et là, je me suis dit qu’il fallait que je fasse quelque chose. C’est une cérémonie très sérieuse, tout le mode est en costard et j’ai poussé un petit cri en lui disant “I Love you”. J’étais trop heureuse, j’ai eu mon moment avec Lady Gaga, elle m’a regardée (Rires). J’ai rencontré Katy Perry aussi ce-soir là, dans les toilettes, mais il n’y a pas eu de cris.

Pour finir, un petit mot aux Paulette ?
Un bon état d’esprit, c’est le plus important. Du succès, il y en a pour tout le monde. Ça ne sert à rien d’envier ses copines. On a tous quelque chose de spéciale, faut juste mettre le doigt dessus !

“On The Go”, de Kristina Bazan
Editions Favre, 240 pages, photos en noir blanc
Prix de vente : 22€

Instagram : @kristinabazan
Twitter : @kristinabazan
Site www.kayture.com

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