KING KHEIRON


Photos de Maxime Chanet

À 32 ans, Kheiron s’éclate sur scène en stand-up, sort son premier album de rap et a réalisé, tourné et joué dans son premier film qui sort ce 4 novembre. Un amour d’humoriste qui donne le smile !

Paulette : Kheiron, tu es humoriste, chanteur et acteur, peux-tu revenir sur ton parcours pour nous ?
Kheiron : J’ai commencé par la musique puis j’ai évolué assez rapidement vers le stand-up, au Jamel Comedy Club, avant de faire beaucoup de scènes ouvertes. J’ai testé des choses devant un public en petit comité, environ cinquante personnes. Et j’ai continué, avec des potes on a créé le Bordel Club puis le Comedy Street avant de lancer le Klub au Sentier des Halles.

Tu dédies ta vie à plusieurs vocations, y en a-t-il une plus forte que les autres ?
Non, c’est complètement différent. J’adore la scène parce qu’il y a un retour immédiat avec le public. Toutes les dix secondes, les gens me font comprendre s’ils sont d’accord ou pas avec moi. Et j’ai besoin de ça pour avoir un pied ancré dans la réalité. La réalisation et la musique, c’est encore autre chose. La vraie difficulté pour moi ce n’est pas de choisir ciné, télé, scène ou musique, c’est de me demander comment je traite chaque sujet. Par exemple, quand je pense à mes parents, je me dis que cette histoire est tellement folle qu’elle mérite un film. En revanche, les histoires de couple sont plus drôles quand elles sont racontées sur scène parce que les gens viennent en couple, c’est facile de les faire réagir et participer.

Tu as co-fondé le Bordel Club avec notamment Kyan Khojandi qui t’a ensuite proposé un rôle dans Bref. Peux-tu revenir sur cette aventure ?
Kyan et Navo avaient juste fait un pilote, un truc de deux minutes dans lequel ils voulaient faire jouer leurs potes. Donc Baptiste (Lecaplain, ndlr) jouait son propre rôle et devient le coloc’ de Kyan dans la série. Et moi, j’étais le pote qui raconte des blagues de cul. C’est une seule facette de ma personnalité,  pas la seule heureusement. C’est vrai qu’à l’époque j’ai eu un passif assez lourd avec la gent féminine ! Et quand on a su que ça allait être pris dans le Grand Journal, on a trouvé ça mortel ! On a enchaîné les quarante épisodes, et dès le premier il y a eu un engouement incroyable.

C’est Bref qui t’a apporté une popularité auprès du grand public, est-ce que ça a marqué un tournant dans ta carrière ?
Au moment de la sortie de Bref, j’avais la chance d’avoir un spectacle prêt et bon que je jouais depuis deux ou trois ans déjà. En quelques mois, j’ai eu un écho très favorable. J’ai joué tous les soirs pendant quatre ans mais j’improvisais beaucoup pour que les gens puissent revenir et voir la différence. J’ai inventé un concept : tu venais voir mon spectacle, on prenait ton mail et tu étais invité à revenir à vie. Il y avait un quota de places réservées aux invités dans chacune des salles où je me suis produit. Il y a des gens qui ont vu mon spectacle quinze fois gratuitement !

“Quand je rentre sur scène, je ne sais jamais à quelle heure ça va finir.”

Depuis janvier 2014, tu joues ton propre spectacle Libre éducation qui cartonne dans plusieurs salles parisiennes. Comment expliques-tu cet engouement ?
En général, les gens aiment mon improvisation et le fait que je sois assez trash et direct. Je pense qu’on a besoin de ça aujourd’hui. On vit dans une époque où on doit faire tout le temps attention à ce que l’on dit, ce que l’on fait. Dans mon spectacle, je ne mets aucune peine au dessus d’une autre, je ne suis pas dans le jugement et j’aime faire rire de tout. Je place les victimes de l’esclavage ou de la Deuxième Guerre mondiale au même niveau que les roux ou que ceux qui souffrent d’un strabisme. Du coup, je peux me permettre de dire les pires saletés, ça passe toujours.

Il y a également une grande part d’impro dans ton spectacle.
Oui, les gens adorent ça ! Mon spectacle fait entre 1h10 et 2h45. Quand je rentre sur scène, je ne sais jamais à quelle heure ça va finir. Pour passer une bonne soirée, j’ai besoin que le public me parle et qu’il me donne de la matière pour lui répondre. Je ne choisis que des salles qui me le permettent. Cette différence, c’est ma force. On pense toujours que si tu ne joues pas dans d’énormes salles c’est que ton succès n’est pas à la hauteur. Pendant un an et demi, j’ai joué tous les soirs à l’Européen, donc je remplis dix fois l’Olympia les doigts dans le nez !

“Le stand-up est l’art le plus compliqué qui soit.”

C’est à cette même période que tu as lancé une levée de fonds pour produire ton EP de rap Entre vos mains. C’était une sorte d’accomplissement pour toi ?
Quand j’ai commencé le stand-up, j’étais moins bon qu’en rap. Je me suis dit que j’aurais pu être un bon rappeur, faire des disques, gagner un bon public.On était un collectif de seize, on bossait avec les gros de l’époque, on avait un avenir là-dedans. Puis le groupe s’est dissous et ça ne m’intéressait pas de rapper seul. Je vis les choses de manière collective.

Et tu n’es pas seul sur scène ?
Quand j’ai commencé l’humour j’étais en groupe, je ne l’aurais pas fait sinon. Mais quand je fais un spectacle en solo, je choisis une salle où je peux inviter mes potes. Je déteste la solitude, j’aime être avec des gens, mes collaborateurs, mes collègues, mes amis, j’ai besoin de ça, je ne peux pas vivre tout ça seul. Sinon, ça ne m’amuse pas.

“Au Klub il n’y a pas de maillon faible.”

Et depuis quelques mois, tu t’occupes de la programmation du Klub au Sentier des Halles. Peux-tu nous parler du concept ?
C’est un club privé. Les humoristes que j’invite sont vraiment des artistes en qui je crois. Il y a des dizaines d’humoristes qui me contactent chaque jour parce qu’ils aimeraient venir jouer ici. Je leur dis : “Les gars, ne perdez pas votre temps. Montez sur scène, jouez et quand vous serez prêts, alors je vous inviterai.” Sans aucune prétention, il y a un tel niveau au Klub qu’il n’y a pas de maillon faible. Ce n’est pas parce que le public a payé cinq euros son entrée qu’on a le droit de le décevoir. Les humoristes ont cette pression-là sur les épaules, ils le savent.

L’humour a envahi Internet et les réseaux sociaux. Certains jeunes sont carrément appelés des Viners ou des Youtubeurs. Qu’est ce que tu penses de ça ?
Internet, c’est très différent de la scène. C’est un média qui touche beaucoup de gens et qui s’adresse à un public qui ne paye pas. Il y a une grande différence entre regarder un sketch sur un écran chez soi et aller payer jusqu’à 40 euros pour voir le mec sur scène. Norman par exemple a réussi à transformer l’essai et bravo à lui, c’est super ! Internet va remplacer la télé, c’est une certitude. Mais même sur scène, il y a de la place pour tout le monde. Il faut juste bosser, il n’y a pas de secret ! Faire du stand-up demande beaucoup de travail, je pense que c’est l’art le plus compliqué qui soit.

Quels sont tes futurs projets ?
En un an, j’ai fait un spectacle, un film et un disque. Le film sort en novembre et le Klub continue jusqu’en 2016. Je prépare également mon nouveau spectacle qui sera différent chaque soir. Pour ça, je compile des sketchs nés de l’improvisation et des morceaux de mes anciens spectacles pour avoir des heures de blagues en stock !

Peux-tu me parler un peu de ton film ?
Mon film est un projet plus personnel sur l’histoire de mes parents. Leur parcours est incroyable ! Mon père est né dans une famille très pauvre en Iran. Il a fait partie de la révolution contre le Chah d’Iran et a été condamné à dix ans de prison. À sa sortie, il a rencontré ma mère. Je suis né et on s’est réfugiés en Turquie pendant un an avant d’obtenir l’asile politique en France. J’ai commencé à écrire le scénario début octobre 2013, on a tourné en France et au Maroc. Un an après, le film était monté et terminé. Je joue le rôle de mon père et Leïla Bekhti incarne le personnage de ma mère. C’est vraiment un projet qui me tient à coeur et dont je suis fier.

> Spectacle : libre éducation, sur la scène duKlub
Du lundi au samedi à 21h30 au Sentier des Halles (50, rue d’Aboukir 75002)
> Film : Nous trois ou rien de et avec Kheiron, Leïla Bekhti et Gérard Darmon. En salles le 4 novembre 2015.

 
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