JUSTE DES ENFANTS

Photo, Linda Smith Bianucciu

Avec Just Kids, son dernier livre traduit en français, Patti Smith nous offre une plongée dans l’intimité du couple qu’elle formait avec Robert Mapplethorpe.

Dans ce récit initiatique, forme d’hommage au photographe décédé à 42 ans, l’artiste dépeint également un beau tableau du New York des années 60 et 70. Un livre pudique, touchant et plein de poésie.

 
Un beau jour d’été, Patti Smith et Robert Mapplethorpe se baladent main dans la main à Coney Island. Leur look interpelle une passante. "On dirait des artistes, prends-les en photo, peut-être seront-ils célèbres un jour", demande-t-elle à son mari. Ce dernier refuse : "C’est rien que des gamins" lance-t-il. "Just kids". Une remarque comme une autre, mais qui résume à elle seule le livre. Patti Smith y narre le temps où elle n’était qu’une gamine, une crève-la-faim d’une vingtaine d’années qui débarquait à New York, avec pour seuls bagages son envie irrépressible de devenir poète. À force d’errer comme une âme en peine, son chemin croise celui du jeune Robert Mapplethorpe, lui aussi en quête de créativité. Bien évidemment, tous les deux se feront un nom, elle dans la musique, avant d’être reconnue comme une artiste aux multiples talents, lui dans la photographie : on lui doit d’ailleurs la pochette de l’album Horses, qui signe à jamais la dégaine androgyne et sobre de Patti. Mais pour l’heure, dans le New York de la fin des sixties, Patti et Robert ne sont que de simples anonymes qui essayent de survivre ensemble.
 
Dans ce dernier livre, Patti Smith rend hommage à Robert Mapplethorpe, son amoureux, son ami, son confident, son compagnon de galère, qui décèdera du sida en 1989, à 42 ans. Bien loin de sombrer dans le lyrisme et l’élégie, le style dépouillé de Patti Smith offre une histoire pudique et intense, remplie de souvenirs heureux et douloureux, dans des ambiances lourdes ou euphoriques. Premier vrai amour, premières expos, premières scènes… Les deux jeunes gens grandissent ensemble, deviennent un peu plus adultes, un peu plus artistes, et évoluent au milieu de la bande d’Allen Ginsberg, de Janis Joplin ou encore de William Burroughs. Sincère et touchante, la jeune Patti Smith s’interroge, hésite, découvre l’homosexualité de celui qu’elle aime mais dont elle ne se détachera pas pour autant, car sa propre vie est scellée à la sienne : avec Robert, ils comptent les centimes autant qu’ils comptent l’un sur l’autre. Finalement, on peut se demander si Just Kids est un livre autobiographique ou une biographie de Robert Mappelthorpe. Peu importe car, à cette époque, la vie de Patti est étroitement liée à celle de Robert. Parler d’elle-même, c’est donc parler de lui. Ce qu’elle fait avec retenue et délicatesse.

Just Kids, bien loin de décrire la vie de rock star, emprunte le chemin du récit initiatique et retrace, sur fond de bohème new-yorkaise, l’histoire de ses deux jeunes gens unis par l’amour, l’amitié, l’art. 

 

JUST KIDS :: Patti Smith

Éditions Denoël

Disponible depuis le 14 octobre

323 pages

20 € 

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