JULIE GAYET : “IL FAUT PLUS DE FEMMES RÉALISATRICES DANS LE CINÉMA FRANÇAIS”

La semaine dernière avait lieu la 65ème édition du festival du film de Berlin. L’occasion pour Paulette de poser ses valises quelques jours dans la capitale allemande et de suivre pendant son séjour 7 jeunes franco-allemands passionnés de cinéma âgés de 20 à 29 ans.
 
>  A quoi ressemble le cinéma allemand aujourd’hui ?
 
Posez vous quelques secondes et pensez au dernier film allemand que vous avez vu.. “Barbara”, “La vie des autres ?” Pas facile d’en trouver hein ? Et sinon, capables de citer des noms de comédiens ou comédiennes allemands (encore vivants, Romy Schneider, c’est trop facile) ? Pour info Christoph Waltz est Autrichien, raté les filles !
Pourquoi connaissons nous très peu le cinéma allemand ? Pourquoi ne s’exporte t-il pas ? Pourquoi les comédies françaises (même les plus ratées) franchissent-elles, elles, les frontières ?
“Les Allemands n’ont pas le goût du conte, dans les films Allemands, tout tourne autour de l’identité, de l’Histoire, du mur, et réciproquement, les Français ne sont pas intéressés par des films allemands qui parleraient d’autre chose que de la guerre” nous explique le jeune Jury de l’OFAJ présent à la Berlinale pour élire le grand gagnant de la sélection Perspektive Deutsches Kino, section centrée uniquement sur le cinéma allemand d’aujourd’hui.
 
 
Les membres de ce jury, composé de 3 allemands (Alexander Graeff, Marian Freistühler, Hendrik Neumann) et 4 françaises (Louise Cognard, Chloé Odstrcil, Pauline Robert, Alice Wagret), ont été triés sur le volet par l’Office franco-allemand pour la Jeunesse (OFAJ) dont le but est de renforcer le dialogue interculturel entre les jeunes franco-allemands, quelles que soient leur origine sociale et leur nationalité.
Avec leur Présidente, l’actrice allemande Marie Bäumer, le jury a ainsi visionné les 14 très différents films de la section Deutsch Kino.
 

 
Samedi 14 février, après sept heures de débat intense, le jury du “Prix OFAJ Dialogue en perspective” a finalement récompensé le film Ein idealer Ort d’Anatol Schuster lors de la remise des prix indépendants, un “film traitant du phénomène de l’exode rural de manière poétique et  avec honnêteté intellectuelle” ont expliqué les jurés.  Le film lauréat est doté de 5000 € et bénéficie du soutien de l’OFAJ pour sa distribution en France, permettant ainsi de faire découvrir le cinéma allemand au public français. Une mention spéciale a également été accordée à la coproduction franco-allemande Im Sommer wohnt er unten de Tom Sommerlatte.
Vous penserez à nous si jamais vous voyez ces films dans les cinéma français les Paulette !
 
> Existe t il un cinéma de femme ?
 
Quand le jury ne regarde pas un film de la sélection, il ne se tourne pas les pouces tranquillou autour d’un currywurst, bien au contraire. Hyper actifs, les jeunes ont préparé le débat qui a eu lieu le jeudi 12 février sur la question de l’égalité hommes-femmes dans le cinéma.
 
Précédée de la projection du très bon documentaire Cinéast(e)s, de Julie Gayet et Mathieu Busson qui offre à un large éventail de réalisatrices françaises l’occasion de réfléchir à leur place de femmes au cinéma, la table ronde rassemblait deux Françaises (l’actrice, réalisatrice Julie Gayet et la réalisatrice Axelle Ropert) et trois Allemandes (Tatjana Turanskyj, membre du collectif féministe de réalisatrices allemandes Pro-Quote Regie,Claudia Tronnier, rédactrice pour ZDF, et Annekatrin Hendel, productrice et réalisatrice).

 
Dans son documentaire, Julie Gayet se pose une question simple : “Aujourd’hui, ça veut dire quoi être une cinéaste femme ? Existe t il un cinéma féminin, de femme ?” En tout, ce sont 14 réalisatrices qui vont tenter de répondre à cette épineuse interrogation, d’Agnès Varda en passant par Céline Sciamma, Sophie Letourneur, Pascale Ferran ou encore Julie Delpy et Tonie Marshall.

Extraits choisis :
Brigitte Rollet : “L’art n’a pas de sexe”
Valeria Bruni Tedeschi : “Il subsiste des thèmatiques spécifiquement féminines comme celle de vouloir un bébé dans son ventre”
Pascale Ferran : “La mise en scène est typiquement un principe neutre”
Agnès Varda : “Si une femme veut être respectée il faut qu’elle connaisse la technique”.
Mia Hansen : “Sur un plateau, la virilité ça peut aider”
Rebecca Zlotowski : “Le sexisme n’est qu’un préjugé parmi d’autres quand on entre dans une salle de cinéma”
Mona Achache : “La féminité n’est pas un frein, je suis une idéaliste et je la revendique”.
Katell Quillévéré : “Un réalisateur est un pervers polymorphe qui s’immisce dans tout un tas d’identités”
Josiane Balasko : “Je suis une actrice qui par mégarde fait des films pour pouvoir jouer dedans”
Valérie Donzelli : “Il faut quand même admettre qu’il y a peu de rôles de femmes intéressants qui sont proposés”.
Agnès Varda : “C’est en filmant que l’on devient filmeronne”
 
 
> Seulement 20% de réalisatrices en France
 
Comme vous pouvez l’imaginer, après de telles phrases, la salle de conférence était à point pour commencer le débat. Ni une ni deux, la première question tombe. « Faudrait il instaurer des quotas dans le cinéma  »
Elles ont beau n’être que 20% en France, sous représentées dans les festivals et peu récompensées, les réalisatrices Françaises ne sont pas forcément en faveur de la présence de quotas qui imposeraient une parité dans le cinéma dans notre pays. A l’inverse, en Allemagne, le débat fait rage. Pour Tatjana Turanskyj, “L’injustice, c’est d’empêcher à des femmes d’accéder à un emploi attractif dans une branche attractive”. Axelle Ropert de lui répondre : “Je ne pense pas que faire du cinéma puisse être un droit ouvert à tous. Le génie ne se décrète pas.” Claudia Tronnier d’enchaîner “On ne parle pas de génie, soyons pragmatiques, on parle d’un tiers des femmes en Allemagne qui aujourd’hui arrêtent de travailler pour élever leurs enfants”. Et Julie Gayet de conclure sur la différence des systèmes français et allemands “Il est vrai qu’en France nous avons la chance d’avoir des crèches” et de déplacer le débat sur la parité des salaires. “On pourrait aussi se demander pourquoi les femmes gagnent moins que les hommes, c’est peut être ça la vraie question ?”. Pour info les femmes réalisatrices sont aujourd’hui payées 31 % moins que leurs compères. Applaudissements dans la salle.
 

> Festival de Cannes 2015 : projection de la version masculine de Cinéast(e)s

Et parce que du coup, on aimerait bien savoir ce que pense les Monsieurs de tout ça, Julie Gayet nous apprend qu’elle vient de réaliser le pendant masculin de Cinéast(e)s, avec les réalisateurs Michel Hazanavicus et Guillaume Galienne notamment. “La nouvelle génération de réalisateurs -pas l’ancienne, car l’ancienne a encore des avis bien tranchés sur la question- pratage les tâches ménagères pour que leurs femmes puissent travailler. Michel va chercher ses enfants à l’école pendant que sa compagne (Bérénice Béjo, ndlr) travaille”.
Petite anecdote, l’actrice en a alors profiter pour venter les mérites du co’réalisateur Mathieu Buisson. “Mathieu est d’ailleurs un homme très attentionné… Enfin, je dis ça, mais ce n’est pas mon compagnon..”.
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