JOSEF SALVAT, DIAMANT BRUT

Josef Salvat ? Mais si, un petit effort ! Sa reprise du tube, Diamonds, de Rihanna est sur toutes les lèvres et sa belle gueule à la James Dean en a déjà fait fondre plus d’un(e). Natif d’Australie, ce jeune musicien autodidacte a trouvé son eldorado en Europe. D’abord en Espagne, où il a terminé ses études de droit, puis à Londres, où il a récemment posé ses valises. Il nous parle de sa vocation, raconte son succès récent et revient sur son statut d’artiste au masculin. Rencontre intime.

 
Paulette : Tu proposes une version plus épurée de Diamonds, centrée sur la voix et le contenu. Pourquoi ce choix ?
C’est là d’où je viens musicalement. Rihanna a vraiment fait du bon boulot avec cette chanson. Elle est aussi dans l’émotion, mais avec plus de force et d’intensité. Moi,  je suis plus tendre. En écoutant ma version, certaines personnes m’ont dit que c’était la première fois qu’ils en saisissaient réellement le sens. Je ne pense pas que ce soit juste, c’est la première fois qu’ils les entendent de cette manière. Ainsi, elles communiquent un message différent. La meilleure chose à faire, pour moi, c’était une version dépouillée pour laisser l’émotion me parcourir. Et je n’avais aucunement l’intention de rivaliser en proposant quelque chose de très pop (rires) !
 
Faire ressortir le poids des mots, c’est ce qui te guide pour écrire une chanson ?
Oui vraiment, je dois croire aux paroles que je chante. Il faut qu’elles aient du sens et qu’elles résonnent en moi. Pourtant, quand j’écoute d’autres artistes, je ne les retiens pas. C’est assez paradoxal. La seule chose dont je me souviens c’est la mélodie et le rythme. Je ne pense pas que ce soit indispensable pour faire une bonne chanson, mais pour moi, elles ont leur importance. C’est ce qui m’a donné l’envie de chanter : communiquer autrement ce que je n’arrivai pas à dire tout haut !
 
Toutes tes chansons sont-elles autobiographiques ?
Certaines le sont. Ça ne raconte pas forcément une histoire précise mais juste le souvenir d’un moment, au cours d’une relation amoureuse par exemple. C’est le plus souvent très introspectif !
 
Tu parles surtout d’amour malheureux. Pourquoi es-tu si pessimiste ?
Je ne suis pas pessimiste, je suis simplement réaliste ! Sur Shoot and Run, je suis nihiliste. Je ne parle pas d’amour mais de la vie. Il est question de problèmes très bourgeois : “tout est si simple et en même temps si compliqué que j’ai envie de tout envoyer chier, je prends des drogues, je rentre dans une spirale destructive.” J’ai perdu de nombreux amis à l’université à cause de ça. The Hustler raconte ça aussi. Open Season, quant à elle, parle d’amitié et de partage. Quand j’ai quitté la maison pour l’Europe, j’ai laissé derrière moi ceux que j’aimais et mes amis. Mais je m’en moquais. Et tout à coup, il m’arrive toutes ces choses formidables, je signe un contrat avec une maison de disques mais je suis tout seul ! C’était terrible ! Après avoir écrit cette chanson, j’ai pris l’engagement de bâtir une communauté parce que c’est important. C’est même essentiel. Aujourd’hui, c’est ancré en moi.
 
 
Dans toutes tes chansons, les couplets dépouillés contrastent avec des refrains très orchestrés. Est-ce que c’était conscient ?
Non… C’est presque par fainéantise que mes couplets sont plus dépouillés. Mais aussi parce que ma voix est plus lente que la mélodie. C’est quelque chose que j’aimerais beaucoup explorer dans le futur : avoir des couplets très dansants et un phrasé hip-hop. Mais pour l’instant, je n’y arrive pas. Pour moi, un refrain doit accrocher l’oreille instantanément, alors que les couplets me servent à installer une ambiance, une histoire – j’ai envie qu’on soit attentif aux paroles. Pour les refrains, seule la mélodie importe. Tout doit se passer à ce moment-là, comme une explosion… c’est pour cette raison qu’ils sont plus soutenus, plus dansants.
 
“Titanic est l’une de mes plus grandes influences”
 
Il y a un côté grandiloquent. As-tu écouté beaucoup de musique classique ?
Oui beaucoup quand j’étais petit. Mais aussi beaucoup de BO de films, c’était mes premiers CDs : American Beauty, Titanic – c’est un peu embarrassant mais c’est l’une de mes plus grosses influences (rires)… quel son ! La musique classique est aussi intense que captivante, de manière assez schizophrénique. C’est “petit, petit, petit”, et la seconde qui suit “énorme, énorme, énorme”. Je trouve que la pop s’en inspire davantage aujourd’hui, avec ses textures, sa vision, sa capacité à s’accompagner d’un orchestre. Cette musique suggère de grands espaces et je pense toujours à des images quand j’écris et produis mes morceaux. C’est très visuel !
 
Qui t’a donné l’envie de chanter ?
Ma grand-mère m’a beaucoup encouragé. Parfois, on s’asseyait tous les deux dans la cuisine, elle chuchotait une mélodie et j’harmonisais autour. Chanter, c’est magnifique. Quand j’étais enfant, j’ai été bercé par les voix de Billie Holiday, Frank Sinatra, Jacques Brel, Bruce Springsteen, que mes parents écoutaient. L’envie de chanter vient du plus profond de mon être. Quand je chante, j’ai l’impression de m’envoler. Pour moi, c’est synonyme de liberté. Donc pourquoi ne pas faire quelque chose d’aussi libérateur ?
 
En 2009, tu quittes l’Australie pour faire carrière à Londres, le berceau de la pop-culture. Qu’est-ce qui t’attirait autant ?
A l’origine, c’était par amour. J’ai d’ailleurs écrit une chanson là-dessus, intitulée London Calling. Le refrain était tellement kitsch. Ça donnait ça : “Je t’ai suivi à Londres en été. Ça a l’air terrifiant mais je sais que tu ne m’en voudras pas”. Mais aussi parce que des musiciens que j’admire comme Amy Winehouse, Florence + the Machine, Adele, Lily Allen ont choisi d’enregistrer là-bas. Le son est incroyable ! C’est ce dont j’avais envie pour ma musique. Et puis, c’est là-bas que j’ai rencontré mon producteur, Rich Cooper. Mon seul regret, c’est de ne pas avoir croisé la route de ces artistes. Quand je suis arrivé, leur culture du son n’était déjà plus à l’ordre du jour.
 
Qu’est-ce qui te plaît autant dans la production britannique ?
Je me suis beaucoup posé la question, parce qu’elle est très variée. Aujourd’hui, la mode est au nouveau son garage, un mouvement initié par Jessie Ware, mais aussi Disclosure… J’aime ce qu’ils font mais ce n’est pas du tout ce type de production qui m’attirait… Comparé à la production américaine, qui est très aseptisée, la production britannique se joue du chaos et des nuances. Elle cherche à bâtir des paysages sonores. Les Anglais aiment jouer des textures et s’amuser avec la réverb, contrairement à la production américaine qui est plus raide et recherche l’efficacité à tout prix. J’aime leur façon de faire tout simplement !
 
Pourquoi ne pas avoir tenté ta chance sur la scène australienne ?
Je voulais faire de la pop et je n’étais pas sûr de pouvoir m’imposer en solo, en Australie. Pourtant, nous avons une belle scène musicale qui se porte bien. Il y a de beaux talents en développement comme Chet Faker par exemple. Je l’adore ! Mais j’ai choisi de partir parce que j’avais quelques réserves à l’époque. J’avais une idée très précise de ce que je voulais en termes de son et je savais que je ne pourrais réaliser ce fantasme qu’en Angleterre. Aujourd’hui, quand je retourne en Australie, je me dis que j’aurai pu y rester, mais j’aurai probablement fait un album différent…
 
Quelques mots sur ton premier album ?
Il est presque terminé. Je n’ai pas encore défini la liste des titres mais je pense qu’il n’y aura que 10 chansons. Je veux un format court. L’EP illustre bien ce qu’il y aura sur l’album, avec ce contraste entre des chansons très pop et d’autres plus pesantes comme Shoot and Run ou The Hustler. Ce sera clairement un mélange des deux. Même dans le contenu, des choses très futiles se mêlent à des problèmes plus profonds. C’est ma conception de la vie !
 
Tu n’as fait que très peu de concerts…
Seulement deux à Paris.
 
 
Comment te préparer à l’exercice du live ?
C’est en cours de fabrication. Ma musique est très produite donc il y a beaucoup de choses que je ne peux pas reproduire en live, tout seul. Et ça coûterait beaucoup trop cher d’avoir un orchestre sur scène ou des cordes. Donc pour l’instant, je suis un peu limité financièrement. Il y a aussi beaucoup de couches de voix dans ma musique. Je pourrais m’aider de ma pédale loop mais la structure des morceaux devra considérablement évoluer. J’aimerais aussi qu’il y ait des moments plus intimes au piano, comme un retour aux sources. Quelquefois quand vous jouez avec un groupe, il y a un côté très grandiloquent, très pompeux. J’aime ces moments plus calmes dans le set, qui représentent bien l’idée que je me fais d’une chanson : ça commence très bas et ça se termine en explosion. J’ai commencé à y réfléchir il y a quatre mois mais ça prend du temps !
 
Ton rêve ?
Je rêve les choses en grand. J’adorerai jouer avec un orchestre, avoir des choristes et une vraie scénographie avec des lumières, des décors très art contemporain, voire même des performances. Faire un spectacle plutôt qu’un simple concert ! Pour l’instant je n’ai pas les moyens mais ça va venir (rires) ! Je l’espère !
 
“Je rêve d’une brillante carrière avec des racines solides. Il faut toujours voir plus loin, avoir toujours plus d’ambition !”
 
A la simple évocation de ton nom dans la rédaction de Paulette, c’est l’hystérie collective. Est-ce que le succès soigne ?
Oui je pense. Il a ce pouvoir de guérison quand vous avez l’aval du public. Beaucoup de gens m’ont parlé de The Hustler parce qu’elle les avait profondément touchée. C’est très agréable ! Mais le succès ne ressemble jamais à l’idée qu’on s’en fait. Diamonds a très bien marché et c’est super. Mais ce que j’aimerai c’est m’installer sur la durée, avoir une vraie carrière, la possibilité de faire plusieurs albums et de la musique le plus longtemps possible. Je rêve d’une brillante carrière avec des racines solides. Etre 4ème dans les charts, c’est bien… mais je devrais être numéro 1 (rires). Il faut toujours voir plus loin, avoir toujours plus d’ambition !
 
C’est difficile de s’imposer aujourd’hui dans la musique, surtout dans la pop. Qu’est-ce qui te différencie de la production actuelle à ton avis ?
Souvent je me dis : je suis un homme qui chante comme une femme devrait le faire normalement. J’ouvre mon cœur parce que c’est ce qui me plaît et parce que je n’assume pas complètement ma masculinité. Je suis le mec sympa : tu découvres que tu m’aimes un jour, mais tu es avec lui et il n’est pas bon pour toi, donc tu reviens vers moi… Hozier résume bien cette idée, dans Take Me To Church : “Je m’agenouillerai comme un chien devant le sanctuaire de tes mensonges”. Il décrit la soumission de l’homme. Je me demande souvent quelle est ma place dans la société et quel type d’homme je suis. Je sais qu’il existe un idéal masculin mais pour moi, c’est de la pure fiction, et il est essentiel d’entretenir sa fragilité. C’est pour cette raison que j’aime Jacques Brel, parce qu’il exprime ses sentiments. C’est rare ! Frank Sinatra est un immense artiste mais ce qu’il vend n’est pas réel, ni honnête. Jacques Brel assume qui il est !
 
On te compare souvent à Lana Del Rey. Comme elle, tu pourrais très vite devenir une icône. Est-ce que ça te fait peur ?
On verra… mais ça ne se refuse pas ! (rires) La différence entre Lana et moi, c’est qu’elle est très vite devenue une immense star. Elle est très courageuse mais elle est aussi un peu insouciante. Beaucoup des critiques qu’elle reçoit sont injustifiées. Ce qu’elle a fait avec Video Games, c’est fou. J’ai réalisé le clip de ma première chanson il y a deux ans, en 2013, pour This Life. J’avais besoin de prendre du recul pour réfléchir à ce que j’avais envie de raconter. J’ai pris conscience qu’il fallait que je communique autrement que musicalement en utilisant l’image et les réseaux sociaux. Quand j’écris une chanson, je ne pense pas au public, je l’écris pour moi. Mais quand vous faites un clip, vous ne le faites pas pour vous. Le but, c’est de vendre une chanson. L’industrie du disque et le business ne devrait pas rentrer en ligne de compte selon moi, il faut que ça reste au service de l’art !
 
Une dédicace aux Paulette ?
Vous êtes magnifiques !
 

JOSEF SALVAT :: IN YOUR PRIME
Columbia (Sony Music)
 
 
Concerts :
Le 5 mars à Paris (Les Etoiles)
Le 6 mars à Lille (La Péniche)
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