JORDI CASALS ET DALI : CONSÉCRATION À BEAUBOURG

Dali au casque colonial, studio draeger 1968  – Copyright : DRAEGER*JORDI CASALS*MONACO

Petit rappel, l’exposition de Dali est toujours ouverte au centre Georges Pompidou, jusque fin mars. C’est l’occasion pour les Paulette d’aller y faire un tour. Jordi Casals, galeriste monégasque, y expose une vingtaine de photos inédites de l’artiste surréaliste. Rencontre avec un homme qui n’a eu de cesse de réhabiliter l’image du peintre pendant plus de vingt ans.

« Je suis tombé dedans quand j’étais petit » aime-t-il affirmer. À 7 ans déjà, il attendait les publicités à la télé avec impatience, à l’affut de la pub de Dali pour le chocolat Lanvin.  Son père connaissait bien Joan Miro, celui qui avait amené l’artiste à Paris pour la première fois. Un jour, il découvre une correspondance entre Dali et son père. Des lettres, des cadeaux, que son père gardait cachés. « Il s’était fâché avec Dali, comme tous les intellectuels catalans, à cause de son copinage avec Francisco Franco, le dictateur de l’époque. » Un détail qui ne fit pas obstacle à sa fascination pour l’artiste. « C’était surtout le personnage qui me captivait. Un catalan résidant à Paris. »
 
Rien d’étonnant donc à ce qu’il y consacre sa vie. Quand on parle de Dali, il se sent dans son élément. « Quand il est mort, il y a eu beaucoup de scandales. Des histoires de fausses lithographies, surtout. Il a été boycotté pendant près de 20 ans à cause de ça. » À ce moment là, sa côte est au plus bas, tout comme sa réputation. C’est ce qui a permis à Jordi de se construire une belle collection de photos, gravures et vidéos de l’artiste. « Je n’ai jamais acheté de peintures, cela restait très cher. »
 
Photo très rare. Dali pose avec la première page de l’Apocalypse, que son éditeur parisien venait lui soumettre à Port Lligat après avoir traversé la France. L’apocalypse de St Jean, livre le plus cher du monde édité par Joseph Foret, réalisé entre 1959 et 1961
 
>Un artiste majeur du 20e siècle
 
Durant vingt ans, Jordi n’a eu de cesse d’œuvrer pour la réhabilitation du personnage. « Ce fut des années de recherches, d’investigations pour révéler la vérité. » La vérité ? Dali est un artiste majeur du 20e siècle. Ça, Jordi le sait depuis bien longtemps. Les médias, à l’époque, amplifiaient le scandale. « Il y eut une grosse pollution autour du monde de Dali », explique-t-il.
 
C’est lorsqu’il revient d’Espagne, en 1983, que Jordi travaille pour les éditions Bordas et Fernand Nathan. « Très vite j’ai été coopté par des maisons d’éditions de haute bibliophilie, spécialisées dans les œuvres gravées de Dali.  » Et c’est là qu’est née sa véritable passion pour « le génie de Port Lligat ». C’est au centième anniversaire de la naissance de l’artiste, en 2004, que Jordi commence à s’investir dans sa cause. Alors que la communauté internationale rend de vibrants hommages à Dali, Jordi Casals reprend le flambeau. Il créé et édite à compte d’auteur un livre/album de photos inédites de la vie de l’artiste entre Paris et Monaco. Suite à ça, il fera une exposition dans la salle Garnier du casino de Monte Carlo.
 
Jordi au centre Georges Pompidou, son livre Dali à Monte Carlo en kiosque dans le musée –  COPYRIGHT  FORET*JORDI CASALS*MONACO*
 
>L’exposition à Beaubourg : une consécration

Un travail de longue haleine qui lui vaut, aujourd’hui, une reconnaissance internationale. « Faire partie de l’exposition au Centre Georges Pompidou, c’est la consécration de tout mon travail. J’ai investi toute mon énergie et mes économies, j’ai fourni un travail acharné. Mais pas toujours considéré à sa juste valeur. Aujourd’hui, il l’est. De façons officielles et institutionnelles. C’est le fruit d’un gros travail de réhabilitation, dont j’ai eu un rôle essentiel, je pense. Surtout en France, pays le plus controversé puisque c’est là que Dali a fait ses plus grosses pitreries et que le scandale de faux à démarrer. »
 
Sa collection et son travail sont enfin reconnus par le Centre Georges Pompidou, la Fondation Dali en Espagne et les musées internationaux comme en Floride. « La plus grosse exposition de Dali au monde. C’est le plus grand détenteur d’œuvres originales de l’artiste. » Aujourd’hui, Jordi se sent plus crédible. Une petite vingtaine de ses photos inédites sont projetées à Beaubourg. Une collection sur la vie de Dali en France, à Paris et à Monaco.
 
« J’en ai des centaines sur sa vie en France », dit-il. « Des évènements historiques sur photos, et des films inédits avec les bobines de l’époque. Ils sont très différents de tous les films qu’on a pu voir sur l’artiste, car ceux que je détiens ont été réalisés dans son intimité. On le voit travailler, créer, rechercher, sans ce côté exubérant qu’il montrait dans les médias. » Pour le moment, Jordi préfère les garder inédits. Peut-être pour les exposer un jour dans un musée.
 
>Un musée à Monaco, Dali y a sa place

 » J’aimerais un jour ouvrir un musée Dali à Monaco », explique-t-il. « Il y a beaucoup vécu. Il a toujours transité là bas. Et il faisait beaucoup pour cette principauté. Ce serait génial de présenter des photos inédites et historiques comme la rencontre avec la princesse Grace, par exemple. Même sa voiture exposée en Espagne porte encore la plaque monégasque. La fondation Dali accueille 1,6 millions de visiteurs chaque année. L’idée serait de créer un pont culturel entre Figueras, la Floride et Monaco. Ce serait extraordinaire. »
 
Des projets, Jordi en a. Mais c’est sa participation au centre Georges Pompidou qui lui a redonné espoir. « Confronté à la crise et à un certain laxisme ambiant, j’ai déjà baissé les bras. En 2009, j’ai organisé des ventes aux enchères pour vendre ma collection. Je n’en pouvais plus. Ça a été un succès inespéré, ça m’a remotivé. »
 
Une fascination pour un artiste qu’il a depuis son plus jeune âge et qui n’a de cesse de s’amplifier. D’après lui, les plus grandes stars telles que Michael Jackson, Madonna, Marilyn Manson ou même Lady Gaga se sont inspirés de Dali pour promouvoir leur carrière, susciter l’intérêt des médias. « Ils le disent tous en coulisses. Dali est l’un des plus grands artistes du 20e siècle. Il disait que sa peinture ne représentait que 10% de son œuvre. Parce que le plus important, c’était lui. Le personnage surréaliste. Une œuvre d’art à part entière. »
 
Comme disait l’artiste catalan lui-même : « Que l’on parle de Dali, même si on en parle en bien ! »
 
>Dali
Jusqu’au 25 mars 2013
De 11h00 à 23h00

Galerie 1 – Centre Pompidou

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