J’AI TESTÉ UN COURS DE BONHEUR VENU DE FINLANDE, LE PAYS LE PLUS HEUREUX AU MONDE

Crédits : Instagram/@pavikkisunray

Puisqu’il n’y a rien de tel que d’apprendre des meilleur.e.s, j’ai tenté un programme finnois dédié. Bilan : des beaux paysages, du temps, et l’envie pressante de déménager en Europe du Nord.

Depuis le 15 mai, l’office de tourisme de Finlande donne des cours de bonheur sur YouTube. Le programme s’appelle “Rent a Finn”, ou “Louez un Finnois”. Le but, c’est de divulguer les secrets bien gardés du pays le plus heureux du monde (il a été couronné pour la troisième fois consécutive en 2020) au commun des mortel.le.s : nous.

Chaque semaine, jusqu’à fin juin, des personnalités locales viennent filer des conseils sur comment faire pour (mieux) profiter de la vie. Passé le côté objectification du titre (on ne “loue” pas de gens, hein), le concept a de quoi susciter la curiosité du passant. Ou de la passante. La passante étant moi. Et la passante a envie de tenter le coup. Parce que, soyons honnête, qui ne rêve pas de nager dans l’allégresse au quotidien ? Vendu comme ça, la promesse est belle.

Bon, pour tout vous dire, je ne suis pas sûre d’être le cobaye idéal pour une transformation exceptionnelle. Je suis quelqu’un de plutôt heureux. J’aime ma vie et tout ceux – et ce – qui la composent. Même quand elle pleure à 5 heures du matin, ma fille ne me donne pas envie de tout plaquer pour élever – seule – des chèvres dans le Larzac, et je réussis à me contenter de petits plaisirs type burrata qui coule sur une belle tomate, elle-même recouverte de sel et d’huile d’olive. Miam.

Je sais que j’ai de la chance, de pouvoir être aussi insouciante la plupart du temps. Le bonheur est un privilège, ça ne fait aucun doute. Alors pour le chérir et le cultiver, j’ai décidé d’en apprendre davantage sur les rituels et l’état d’esprit qui font de ce peuple nordique le plus épanoui de la planète. 

Sauna, jus de bouleau et couronne de fleurs

Quand on se renseigne davantage, on se rend vite compte qu’ils excellent dans une tripotée de domaines : l’écologie, l’éducation, la mode, être en harmonie avec la nature, cuire à poil dans une cabane en bois chauffée au bouleau (aussi appelée sauna). Certes, niveau bouffe, on a encore une bonne longueur d’avance en Europe latine. Le jour où le karjalanpiirakka (sorte de tourte au riz avec supplément croûte de seigle) arriveront à la cheville du magret de canard sauce miel, on en reparle. Mais en attendant, le reste pèse sacrément dans la balance. Enfin surtout dans la mienne. 

J’ai donc lancé la première vidéo de la playlist “Rent a Finn”, un peu au hasard. Celle intitulée : “Relax with a Finn”, qui met en scène la journaliste Päivikki Koskinen pendant une heure (durée moyenne des cours) entre une coupe de bois intensif en bord de lac et une séance de sauna habillée pour l’occasion. Tout un programme qui, alors que les voyages autre part qu’au rayon fromage du Franprix sont encore un peu restreints, m’a séduite. Et spoiler : c’est beau. Il pourrait ne rien se passer pendant une heure que la nature qui entoure la protagoniste me comblerait entièrement. 

D’ailleurs, il ne se passe rien. Et le montage est minime. 

Päivikki Koskinen fend d’abord des stères de bois pendant vingt minutes avec sa petite hache et son grand sourire, en expliquant qu’il faut “faire ce qui nous fait du bien” pour être heureux (merci Sherlock). Ensuite, interlude sans son sur paysage statique d’un lac des environs. On retrouve l’experte en sueur dans la pièce à vapeur, qui continue son monologue. Elle plonge dans un lac frigorifique pour se rafraîchir et finit en peignoir épais sur une terrasse au soleil, couronne de fleurs sauvages sur la tête et tasse d’eau de bouleau dans les mains. Ah oui, petite précision : l’expérience est en réalité un live qu’on peut revoir en replay. D’où le montage minime (ceci explique cela). 

https://www.instagram.com/p/CAONeG-BZLa/

Très franchement, on les sent passer, les soixante minutes. J’ai même accéléré deux ou trois (dix) fois pour aller un peu plus droit au but. Moi qui suis habituée aux séquences de quinze secondes maximum – merci Instagram – plutôt saccadées, j’ai eu du mal à tenir en place. Je me souviens avoir lâché à voix haute : “mais ils ne l’ont pas préparée, ils ne l’ont pas mieux pensée, cette vidéo ?”, avant de lever les yeux au ciel devant le ridicule de mon intervention.

Et puis je me suis rendu compte : c’est ça, que les Finnois ont compris mieux que moi. Arrêter de vouloir que tout aille vite.

L’art de prendre le temps

Tout au long de la classe, la journaliste met un point d’honneur à ne se concentrer que sur une chose à la fois, et à prendre le temps pour chacune. Forcément, le réflexe appelle à scruter ses propres habitudes. Il encourage même à en instaurer de nouvelles. Celles de ne pas se disperser, de laisser des moments vides d’action (mais pas de sens) tels quels. Car c’est justement là qu’on peut se ressourcer, se détacher de ce qui nous pèse, ou y réfléchir plus posément. C’est là qu’on se renforce, qu’on apprend à se connaître, à s’écouter. Qu’on apaise son esprit et qu’on y voit plus clair, sans être en permanence pollué.e par une course toujours plus intense à l’activité, qui viendrait éloigner un ennui qui nous effraie. Mais qui nous sert, pourtant.

Au-delà de cette vidéo, c’est aussi ce que nous apprend la nature plus généralement. La patience, l’impuissance, l’acceptation. Vivre à un rythme dicté par des éléments indépendants de notre volonté. Et l’apprécier sincèrement. 

https://www.instagram.com/p/CAX74P4jRjt/

En fin de compte, la véritable leçon de “Relax with a Finn” ne se trouve pas dans les mots de l’intervenante, mais dans tout ce qu’elle ne contrôle pas vraiment. Dans ses silences et les bégaiements imparfaits qui séparent le contenu d’une version léchée à laquelle il serait difficile de s’identifier. Dans un bonheur authentique qui ne s’encombre pas de l’injonction au zéro défaut, mais qui se satisfait d’une lenteur agréable. Dans une harmonie nécessaire avec l’environnement. La dolce vita finnoise, si on veut. 

Une fois acquis, ce constat libère, détend et, c’est certain, rend plus heureux.se. Alors, pour l’intégrer, j’ai recommencé la session du début. Et cette fois, j’ai pris le temps. 

Article de Pauline Machado

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