J’AI ARRÊTÉ LES RÉSEAUX SOCIAUX PENDANT UNE SEMAINE ET J’AI SURVÉCU

Je suis du genre à passer une plombe sur Instagram, et pour le bien de la science, j’ai décidé d’y mettre un terme temporairement.

Il y a quelques semaines, une étude préoccupante est sortie, estimant que l’addiction aux réseaux sociaux était aussi grave que celle à la drogue. Les comportements en cas de manque seraient similaires et les retombées psychologiques destructrices, dans un cas comme dans l’autre. De quoi rapidement faire le point sur ses propres habitudes virtuelles.

S’il faut atteindre un palier d’utilisation plutôt costaud pour se considérer accroc, je me suis quand même demandé si je n’étais pas en train de doucement basculer dans les méandres du royaume du like. Peu avant ce rapport alertant, Instagram avait eu la bonne idée de donner à tous ses utilisateurs le décompte des minutes (heures) passées chaque jour à faire défiler frénétiquement des centaines d’images de millenials accroupis et autres photos de Gainsbourg et Birkin. Résultat personnel : 1 heure 30 minimum au quotidien. Voilà. Ma mère avait raison, mon cas est à deux doigts du pathologique.

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Un constat qui ne me surprend que très peu vu mon incapacité notoire à me concentrer plus de cinq minutes sans aller voir, quasiment par réflexe, si je n’ai pas une nouvelle story à me mettre sous la dent qui me ferait glousser d’une façon relativement élégante. Devant la télé, dans le métro, dans le taxi, dans la rue, sur mon lit et même avec mon mec ou mes potes au resto. Critique. Surtout quand on sait que le contenu que je visionne avec avidité n’est clairement pas aussi passionnant que ce qui se passe dans ma vie – enfin la plupart du temps.

Par défi ou par sérieuse inquiétude, je me suis donc lancée dans l’aventure zéro réseaux pour une semaine. Sept jours sans que mon téléphone ne me soit d’aucune utilité, autrement que pour les SMS, les appels et les mails. Un retour aux années 2000 sans Snake 2, mais avec une volonté de fer. Et l’envie de voir si la vie vaut vraiment la peine d’être vécue sans profusion de memes signés Yugnat999 ni de Fake News de Facebook.

C’était mieux avant ?

Premier jour sans fenêtre sur un monde en perpétuelle quête d’attention, et tout va bien. Je dévérouille parfois mon téléphone sans but, mon pouce sachant lui-même me guider vers les applications fatidiques de la page rouge-violet (je les classe par couleurs), mais je réussis à reprendre contrôle de ce doigt un peu trop aventureux avant le dérapage. A la place, j’écoute la radio – vraiment –, je range mon appart, je bosse, bref, je ne suis pas parasitée par l’extérieur. Je me découvre une productivité épatante lorsqu’elle n’est pas distraite par l’objet rectangulaire qui charge sur la table de nuit.

J’ai aussi viré WhatsApp et Messenger – qualifiés comme réseaux sociaux au même titre que leurs cousins spécialisés dans le contenu partagé – et la communication avec mon entourage se fait plus compliquée. Surtout quand je dois contacter celles et ceux dont je n’ai pas enregistré le numéro. Je deviens donc légèrement associable, et ça ne me déplaît pas. Je me souviens qu’à l’époque, je connaissais pratiquement tous les numéros de mes proches par cœur, alors qu’aujourd’hui je peine à me rappeler de mon code de carte bleue (God Bless le sans contact). Je suis à deux doigts de plonger dans le typique « C’était mieux avant ! », d’habitude réservé aux baby boomers et aux fans de NTM.

Deux jours plus tard, si mon quotidien reste le même, je remarque un changement colossal : mon sommeil. Je regardais toujours mon téléphone pendant une bonne demi-heure avant d’aller me coucher, avec pour seule lumière celle – bleue – de mon écran placé à quelques centimètres de mes yeux (pas top pour ma myopie grandissante), et sans ce rituel digital, je m’endors mieux.

Peut-être est-ce une heureuse coïncidence mais je n’ai pas eu à affronter l’insomnie anxieuse qui me réveillait souvent de 5 à 6 heures du matin, et me plongeait dans un tourbillon de pensées inutiles type « Il faudra que je pense à lessiver mes murs un jour ». Je suis d’ailleurs moins fatiguée de manière générale. Et j’ai de l’énergie à revendre. Je trouve le temps de boucler des projets que la procrastination induite par le zonage sur réseaux sociaux m’empêchait de finaliser, ce qui me procure un sentiment d’accomplissement agréable et me pousse à en faire plus. Le serpent qui se mord la queue, dans le bon sens du terme.

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Pour être tout à fait honnête, le seul truc qui me manque, c’est l’humour dont est capable Internet avec un contexte bien senti, un peu de sarcasme et pas mal d’autodérision – quoiqu’il y aura toujours Burger Quizz.

Une semaine après ma reprise, je me force à ne pas regarder Instagram le soir, et j’essaie de viser le juste milieu : y aller parce que je le désire, de façon raisonnable, et éviter de me laisser happer par des notifications omniprésentes qui garantissent une vingtaine de minutes jetée par la fenêtre si je commence à les consulter.

En fin de compte, je me demande quelle est la véritable raison derrière ces observations. L’amélioration de ma productivité et de mon sommeil est-elle liée au fait de passer moins de temps devant un écran (et donc d’être moins déconcentrée et exposée à la lumière bleue), ou relève-t-elle plutôt de la limite drastique de mon activité sur les réseaux, et donc de l’absence du sentiment d’insatisfaction que l’on ressent en déroulant Instagram – et qui réduit notre confiance en soi en bouillie ? Car si tout le monde ne développe pas de sentiment de jalousie, on finit toujours plus ou moins consciemment par comparer ce qu’on voit en ligne à notre quotidien.

L’expérience m’aura au moins rappelé une chose : on avait clairement le temps de vivre notre vie avant d’être obsédé par celle des autres.

Article de Pauline Machado

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