INTERVIEW : THE SHOES

Photos Silvere H.

Tapis dans l’ombre depuis une dizaine d’années, voilà que le duo rémois The Shoes s’est enfin décidé à accaparer l’attention.

 
Et il y a de quoi, leur premier album Crack My Bones est une tuerie, n’ayons pas peur des mots. Si l’on reconnaît d’office la patte des Rémois sur Stay The Same et People Movin (deux de leurs précédents EP), on est agréablement surpris par l’entraînant Time To Dance ou l’imparable Cliché. On se dit que c’est leurs innombrables remixes et leur agilité en tant que producteurs (capables de passer de Gaëtan Roussel à Shakira) qui leur a permis d’accomplir ce concentré de tubes, travaillé au millimètre près. Rencontre sans chichi au Sans-Souci avec Benjamin et Guillaume.

Paulette : Entre les featurings avec les Bewitched Hands, Esser qui prête sa voix sur plusieurs titres et votre ami Lexxx qui mixe le tout, on a l’impression d’un album fait entre copains.
En chœur : C’est exactement ça !
Benjamin : Et heureusement que ça s’est passé comme ça, que l’on connaissait toutes les personnes avec qui on a bossé.
Guillaume : Sinon ça aurait donné un disque de producteurs. Et c’est l’écueil dans lequel on ne voulait absolument pas tomber, le syndrome Unkle. On aurait pu le faire, se dire, "tiens on va faire un morceau avec Iggy Pop"  et faire un arrangement de maison de disques. C’est pour ça que tous les gens qui chantent ou jouent sur notre disque sont des amis, des artistes qui sont au même niveau que nous : au début de leur carrière. Par exemple, Cocknbullkid (sur le morceau Cliché, ndlr), elle sort son premier album, les Bewitched Hands c’est pareil, Esser c’est pas la plus grosse star anglaise, on est tous peu près au même niveau donc il y avait un enthousiasme général à travailler sur ce projet.
 
Ce qui m’a davantage étonnée c’est le featuring avec Wave Machines. Comment s’est fait la rencontre ?
Benjamin : En fait notre manager anglais est aussi celui de Tim (de Wave Machines, ndlr), on s’est rencontré comme ça. On est très fan de leur album.
Guillaume : Et c’est Lexxx qui l’avait mixé.
Benjamin : On avait un morceau avec un chant, qu’on avait fait un peu yaourt, on le lui a envoyé, le mec a chanté dessus, il a déliré, c’est permis de rajouter deux-trois trucs et on a trouvé ça super.
Guillaume : On est arrivé en studio, Lexxx nous a dit que c’était de la merde, donc du coup on l’a refait. Je pense qu’entre la première version et la version du disque, il y en a eu sept-huit. Lexxx nous disait souvent "c’est de la merde, allez dans l’autre pièce et ramenez moi un truc de qualité".
Benjamin : On a été très étonné d’accepter ça aussi. Si ce n’était pas assez bien, il nous disait "je ne veux pas mixer ça". Du coup, il nous a poussé vers un nouveau son.
 
C’est vraiment ça, un son qui arriverait à faire le lien entre l’indé et le mainstream, j’ai l’impression.
Benjamin : Tu veux qu’on te fasse un bisou c’est ça ? (Rires) Nous si tu veux on fait de la musique depuis très longtemps, on a fait plein de styles différents et à chaque fois à fond. On est passé du garage à la drum & bass, on est très éclectiques et on a souvent ce problème-là : commencer le projet dans une certaine couleur et après partir sur un autre truc. Avec The Shoes, on a fait ce qu’on a voulu, partir dans tous les sens tout en gardant un ciment de base.
Guillaume : Cette question de la limite entre le mainstream et le truc underground, on ne se la pose absolument plus. C’est ce qui nous a amené à faire de la prod’ pour Shakira, par exemple. On trouve ça hyper cool, même si c’est le mainstream du mainstream. Et personne ne nous a jamais jeté la pierre en disant "vous êtes des vendus". On s’en fout, du moment qu’on fait notre truc. Et puis il faut savoir qu’on n’a jamais été des grands fans de musique expérimentale, des morceaux de 18 minutes sur une note, on n’a jamais voulu faire ça. Naturellement, on va vers des chansons qu’on aimerait écouter, on ne se pose plus vraiment de frontières.



Pourquoi avoir enregistré à Hackney et pas à la maison, à Reims ?
Benjamin : On a enregistré plein de trucs à Reims mais on voulait se mettre dans un autre contexte. Et on a vraiment bien fait parce qu’on est tombé sur des mecs super cools.
Guillaume : On n’aurait pas fait le même disque du tout.
Benjamin : On voulait un son vraiment particulier mais on ne savait pas le faire, Lexxx l’a vraiment trouvé. Tu sais en France, dans l’électronique, le son est toujours un peu sale, compressé, nous c’est hyper clean.
Guillaume : On voulait un son cristallin et on avait absolument besoin de Lexxx. De son côté, il avait fait un essai avec notre morceau Stay The Same qu’il nous a renvoyé, on a écouté et on s’est dit qu’on voulait faire tout l’album avec lui.
Guillaume : Enfin, au début je te l’accorde, on était un peu dans une attitude de connards, "ma musique, ma musique". Et finalement on l’a réécouté et on s’est dit que c’était juste génial. Stay The Same est mon morceau préféré, justement parce qu’il nous a fait changer de cap. Là-bas, et c’était vachement bien, on était loin des distractions, j’il n’y avait pas un mec qui passait au studio pour proposer d’aller boire un canon, on était là pour une mission : finir notre disque.
 
L’artwork de l’album est signé par Gavin Watson, connu pour être le pro de la culture skinhead et des raves, pourquoi ce choix ?
Benjamin : C’est notre directeur artistique, Pierre Le Ny, qui nous a montré un livre et on a flashé dessus.
Guillaume : On ne s’est pas concerté plus de deux minutes, on a vu ça, et on a voulu que toutes nos pochettes ressemblent à ça. 
Benjamin : Avant, faire le choix de l’artwork c’était toujours le moment chiant et là on s’est dit c’était cool. On a contacté le mec, il a été ok dès le début, on a fait une grosse session photo avec lui.
Guillaume : Ce qui fort chez Gavin, c’est qu’il a vraiment un talent intemporel. La photo de People Movin et la photo de l’album c’est des photos des années 80. Et la photo de Stay The Same ou celle du prochain single Wastin Time, on les a faites l’année dernière. Mais elles sont complètement intemporelles. On ne voulait vraiment pas s’inscrire dans un truc très mode.
 
C’est vous qui avez habillé musicalement le défilé prêt-à-porter printemps/été 2011 de Jean-Charles de Castelbajac, quel souvenir en gardez-vous ?
Benjamin : On connaît Jean-Charles depuis hyper longtemps. On avait déjà bossé avec lui il y a quatre-cinq ans mais c’est la première fois qu’il nous appelait pour une création en vue d’un défilé. C’est un super souvenir, ça nous a vachement apporté de faire ça je pense.
Guillaume : Au début, on n’était pas super rassurés. Mais c’était drôle de bosser avec un cahier des charges, avoir une commande. C’est ce qui nous excite un petit peu. Dans un cadre restreint, tu dois faire le mieux possible. Ça nous a vachement amusés. Le morceau devait faire 20 minutes, il nous a imposé des choses très précises, "ça doit être africain, avec des percussions, ça doit évoquer la savane" nous a-t-il dit, et on a trouvé ça vachement sympa à faire.
 

De Gavin Watson à votre clip, on a l’impression que vous avez collaboré avec toute la crème de l’industrie culturelle, c’est calculé ou c’est le hasard ?

Guillaume : En fait Jean-Charles connaît depuis longtemps le réalisateur de notre clip, Daniel Wolfe, qui est une star parmi les réalisateurs. On lui a juste envoyé un disque, le mec a kiffé. Avec Johnny Harris, l’acteur de This Is England’ 86 qui joue dans le clip, on s’est parlé sur Twitter, c’est devenu mon pote, ça s’est fait comme ça. Mais je pense qu’il y a une cohérence là-dedans, on essaie d’avoir les meilleurs. Après, ce sont des rencontres assez simples.
 
Quel est le remix dont vous êtes le plus fiers et pourquoi ?
Benjamin : Il y en a deux pour moi, mais ils sont vieux. Le Adam Kesher et surtout le remix qu’on a fait pour Primary 1. C’est notre tout premier remix et il veut dire vraiment quelque chose pour nous.
Guillaume : Pour moi, ça serait le remix d’Adam Kesher, qui sont des potes à nous, un groupe français. Ils avaient un morceau très guitare et je voulais faire un morceau au piano cheesy, comme Robbie Williams ! (Il se met à chanter "Cause I’ve got too much life/Running through my veins"). J’adore le morceau Feel, je ne sais pas pourquoi.
Benjamin : Et là il m’envoie ça au piano et je me dis "mais qu’est-ce qu’il a fait ?" Je l’ai retravaillé derrière, comme on le fait souvent.
Guillaume : Il a détruit tout le truc et ça a donné un truc un peu barré. Mais à la base c’est Robbie Williams ! Encore un lien entre le mainstream et l’underground.
 
La boucle est bouclée. Pour finir, une dédicace à Paulette ?
Guillaume : éPaulette ?
Benjamin : miPaulette ?
Guillaume : C’est quoi ça ?
Benjamin : Le fromage, la mimolette, la miPaulette…
Guillaume : Mais c’est nul ! (Après un long débat, Guillaume pensera également à la mie Paulette et l’amie Paulette, ndlr)
 
  THE SHOES :: CRACK MY BONES
Green United Music/Pias                                                         

Sortie le 7 mars prochain
En concert le 6 avril au Nouveau Casino – Paris

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