INTERVIEW DE JOSÉPHA BIANCA, LA CRÉATRICE DE « MEUFS »

Josépha Bianca, créatrice de MEUFS

Aujourd’hui chez Paulette, on a décidé d’interviewer l’incroyable créatrice de MEUFS, ce documentaire réalisé par une femme, sur des femmes et avec des femmes. Inspirante, intelligente et débrouillarde, Josépha Bianca nous explique dans cette entrevue comment elle a réussi à faire de MEUFS, un documentaire que l’on a envie de partager à tout notre entourage. Pour nos copines avec qui on discute de tous les sujets qu’elle aborde, pour nos copains qui ne comprennent pas forcément grand chose aux filles et pour tous les autres qui auraient besoin d’un éclaircissement sur la vie des femmes.

Josépha Bianca, qui es-tu ? Et pourquoi as-tu créé MEUFS

Je m’appelle Josépha, j’ai 24 ans et je vais avoir 25 ans… Juste là dans 2 mois. J’ai fait des études de communication, j’ai un master en relations publiques et en relations presse et j’ai été attachée de presse dans la musique après mon diplôme.

Parallèlement à mes études, je travaillais en tant que barmaid dans plein de boites de nuit et plein de clubs privés dans Paris et je filmais toujours tout. Je faisais de petites vidéos de montage avec des amis, sur les soirées que l’on faisait. Et au départ, j’ai voulu monter un documentaire sur les femmes la nuit. Je voyais pleins de choses et je trouvais ça assez intéressant, des situations à la fois drôle et un peu marquantes. Je trouvé ça cool de faire un documentaire là-dessus… Mais ce qui est complètement impossible, car tu ne peux rien montrer, tu ne peux pas vraiment filmer.

Tu dis qu’avant de créer MEUFS, tu avais commencé à filmer dans des bars. Ça doit être compliqué, non ?

Bah, tu peux filmer tes amis qui s’amusent, mais après filmer ce que moi, je voulais montrer et ce que je voyais… À part faire un truc en camera caché qui allait juste me causer des problèmes, des procès… Donc j’ai commencé à écrire, je voulais faire à la base un long-métrage sur les femmes puis en fait, j’ai lâché le truc… Donc j’ai fait plein d’autres choses : des relations presse, de la musique, j’ai fait aussi de la photo. 

Mais comment as-tu eu l’idée de créer MEUFS?

Il y a 2 ans quand #metoo a démarré, j’ai trouvé ça génial, mais en même temps, ça m’a vachement crispée. J’avais l’impression qu’être une femme maintenant, c’était juste se faire harceler dans les transports, aller dans la rue. Et moi, j’adore être une femme, j’adore les femmes qui sont autour de moi, mais je commençais à oublier pourquoi j’aimais être une femme. On me rappelait tout le temps que c’était difficile et j’avais l’impression que l’on régressait vachement. D’un côté, il y avait la libération de la parole et d’un autre côté, j’avais l’impression que ça nous faisait régresser des années en arrière. Dans le sens, où les femmes sont des petites choses et on a besoin d’être protégées. 

Et un soir, j’en parlais avec des copines, on avait un peu bu – ce genre de vendredis soirs entre copines, où on a 6 bouteilles de vin et on discute – et j’ai commencé à les filmer, en me disant « En fait, c’est super intéressant ce qu’elles se disent ! Et si des hommes pouvaient entendre ça ou même d’autres femmes peut-être plus jeunes ? » Et en fait, l’idée a démarré comme ça. Je l’ai écrit, j’en ai parlé à ma grand-mère parce que je suis très proche d’elle. Et j’ai donc commencé en mai dernier à réaliser ce documentaire. 

Extrait de MEUF

Comment as-tu sélectionné les filles qui ont participer à MEUFS ?

MEUFS, c’est un documentaire Instagram ! C’est une journaliste un jour qui m’a dit ça et je suis d’accord ! Les 2 premiers épisodes sont vraiment comme ça, donc j’ai joué le jeu à fond, j’ai fait comme on fait tous maintenant… J’ai posté une annonce sur ma story Instagram qui disait que je voulais faire des entretiens avec des femmes pour savoir « Ce que c’était d’être une femme en 2018 ». J’ai reçu plein de messages de curiosité, et même pour moi, c’était assez vague, je ne savais pas trop ce que j’allais en faire.

Ça a commencé comme ça. Et après, j’ai démarché des femmes que je trouvais sur Instagram. Je cherchais des profils un peu cool, j’ai démarché pleins de femmes en essayant de leurs expliquer tant bien que mal. Parce que c’est un peu dur d’expliquer quand tu n’as rien à la base. Je me suis pris plein de portes évidemment, c’est hyper compliqué de faire ça. Mais par contre c’est vraiment plein de rencontre incroyable, par exemple des fois, j’allais à des expos ou a des soirées et je voyais des femmes qui avaient l’aire dingue ! Donc j’allais leur demander tout de suite. Voilà, c’est comme ça que j’ai fait le casting.

Mais tu es toujours d’accord avec ce qu’elles disent ? Parce qu’il y a plusieurs points de vues différents dans MEUFS.

C’était différent pour les deux premiers épisodes et c’est encore différent pour le troisième que je suis en train de tourner. Le premier, tout ce que j’ai mis dans le documentaire, je suis d’accord. Et il me ressemble vachement, c’est même assez drôle parce que les personnes les plus proches de moi, qui l’ont vu, m’ont tout de suite dit « on dirait que tu parles du début à la fin ». 

J’ai rencontré 25 femmes pour le premier, il y en a 11 dans le documentaire. Il y en a que j’ai enlevé parce que je ne voulais pas de répétition. C’est assez bête, mais sur les critères physique (…) je voulais vraiment qu’il y ait une diversité au premier abord. Et il y en a que j’ai enlevé parce que je n’étais pas d’accord avec ce qu’elle disait. En même temps, le premier, je ne savais pas si s’il allait marcher ou pas. À la base, je l’ai fait pour mettre mes idées au clair, je l’ai fait en me disant « Bah voilà, ça va être une maquette » et je ne voulais pas du tout les mettre sur YouTube, car je voulais faire une levée de fond pour en réaliser un plus gros. Mais en fait, c’est le premier qui a marché au hasard et donc je me suis dit « Pars sur ça et si ça plaît pourquoi pas ! ». 

Mais du coup, non, je ne suis pas toujours d’accord. Sur le premier, je suis d’accord, sur le 2e, il y a des choses sur lesquels je tilt un peu. C’est ça aussi, que je trouve très intéressant. Et même entre elles, elles ne sont pas toujours d’accord.

Et des fois, je reçois pleins de messages, aussi. Où elles ne sont pas d’accord avec ce qui est dit. Et je reçois beaucoup de messages d’hommes aussi ! 

Les commentaires sur ton projet sont plutôt négatifs ou positifs ?

Vraiment des deux , mais en globalité, je reçois 98 % de messages positifs et 2 % de messages négatifs. Il y en a… C’est normal… Mais vraiment très peu. Et je reçois 50 % de messages d’hommes et 50 % de messages de femmes.

 Tu ne touches pas qu’une population féminine alors que tous tes protagonistes sont des femmes ? 

Et je pensais que j’allais toucher qu’une population féminine, alors que pas du tout ! J’avais fait une avant-première pour mon premier documentaire et il y avait 40 % d’hommes, c’était fou. Je reçois plein de messages et tous les jours de mecs ! Je me dis que c’est génial. 

Donc tu les as choisies parce qu’elles viennent toutes de milieux différents et ont des boulots différents ?

Non, alors… Je fais attention à ne pas parler de leurs métiers dans les documentaires. D’ailleurs, je mets leur nom, leur âge et je ne dis pas ce qu’elles font parce qu’on vient d’une génération dans laquelle maintenant quand on rencontre quelqu’un, on lui demande tout de suite « Tu fais quoi dans la vie ? » , et il y a des gens qui font des choses qu’ils n’aiment pas … Donc tu vois, je trouve que ça ne te définit pas. C’est pour cela que j’ai quand même choisi les filles selon leurs métiers, j’ai fait attention qu’il y ait des branches différentes, mais je pose les mêmes questions à toutes les femmes, c’est juste que selon leur métier ou leur histoire, elles me répondent différemment. Je ne choisis pas une telle pour son métier, mais il y a vraiment de tous les corps de métier. C’est ce qui est drôle. 

Et malgré tout, même si tu as des copines qui font des métiers un peu différents, ça ne représente pas du tout toute la population. On est quand même dans des microcosmes parisiens hyper fermés, donc j’ai poussé encore plus, j’ai demandé à ce qu’on partage, à ce qu’on fasse tourner. À ce que les filles si elles connaissent une femme intéressante, elles lui en parlent. Sur le casting, je suis assez satisfaite. 

Extrait de MEUF

Les endroits dans lesquels tu filmes sont tous très différents. Où filmes-tu les filles ?

Je filme soit chez les filles directement, si elles peuvent et surtout si elles sont d’accord, soit chez moi. Parfois, on ne peut pas filmer chez elles pour plein de raisons différente. Mais il n’y a jamais d’autres personnes qu’elles et moi dans la pièce et dans l’appartement, si c’est possible. J’essaye vraiment de rester dans une bulle très intime. Je fais ça parce que souvent, elles se sentent plus en confiance chez elles.

Chez moi, j’ai essayé de faire un coin assez confortable ou elles sont bien, mais c’est difficile de filmer chez moi parfois, parce que c’est mon espace (…) et les entretiens durent 2 à 3 heures souvent. On parle beaucoup. Et puis c’est aussi plus cool pour l’image que ce soit chez elles ! En plus, je trouve qu’un « Un intérieur en dit beaucoup sur la personne » et je trouve que quand tu vois une femme avec son décor, ça te met aussi dans une ambiance.

Maintenant, tu ne fais plus que de la réalisation ? Parce que tu étais attachée de presse dans la musique avant.

Au début, quand j’ai commencé, j’étais encore en poste. Je travaillais le soir et les week-ends, je faisais des castings la journée quand j’avais le temps. Les deux en même temps, c’est lourd mais c’est faisable, il y a plein de personnes qui font plein de projet en même temps, c’est possible. Mais j’avais peur de la qualité en fait, et puis le soir pour filmer, tu n’as pas la même lumière que la journée, les filles, elles sont fatiguées aussi. Je voulais me mettre à fond dedans, j’y croyais en ce projet et j’avais envie de le faire. Et mon mec m’a beaucoup aidé aussi dessus, c’est lui en premier qui m’a dis « Bah fais-le ! Si tu y crois en ce projet alors fais-le à fond ! » Ça aide aussi d’avoir une personne avec soi qui nous encourage.

Donc comment on passe d’attachée de presse à réalisatrice ? En se disant « Bah maintenant, je suis réalisatrice et ça fait peur ». Il y a encore des matins, où je me dis « Qu’est-ce que je fais ? Ça va me mener où ? Non mais c’est n’importe quoi ! » Je ne sais pas si je dois dire ça, mais c’est vrai que je ne suis pas sûre de moi tous les jours.  Même pas du tout ! Mais je le fais, on verra ! Et je pense que j’aurais regretté de ne pas le faire. Mais ça prend du temps vu que je fais tout toute seule… Que ce soit le casting, les rencontres, les filles, la communication, les supports…. Donc c’est passionnant, j’adore. Mais c’est vraiment un travail à temps plein !

Ce n’est pas trop compliqué pour les filles que tu interviewes de se livrer ? Personne ne t’a jamais dit « Je ne veux pas que tu dévoiles ça » ou ne s’est rétractée ? 

Travailler, avec l’intime des femmes, c’est compliqué. Déjà, parce qu’on n’aime pas se voir en vidéo, donc déjà tout simplement pour des trucs superficiels de base c’est compliqué. Pour l’intime, c’est compliqué aussi, mais ça, c’est plus moi, parce que je ne veux pas faire un « Confessions Intimes ». Je ne veux pas faire un truc « Putaclic » où l’on se dit « elle va dire des trucs horribles, un truc un peu pervers »… Et tu peux vite tomber là-dedans, mais je ne voulais pas faire ça. 

Donc est-ce que c’est compliqué ? Oui ! Mais est-ce qu’il y a des moments où elles me disent « Je ne veux pas que tu parles de ça », pas trop parce que je crois que je prépare bien les interviews, j’essaye de connaître les filles et de voir sur quoi elles sont à l’aise. Et puis surtout, je les écoute, et je pense que quand tu écoutes quelqu’un et que tu fais attention à ce qu’elle dit, tu sais où elle n’a pas envie d’aller. Je vais sur des sujets et parfois, je sens qu’elle ne va pas me répondre et du coup, je change, ce n’est pas grave ! Je veux juste que toutes les femmes qui sont dans mon projet soient fières d’être dans leur épisode ! C’est elles le plus important, mon épisode vient après, car sans elles, il n’y a pas d’épisode donc moi, je suis hyper reconnaissante pour toutes les filles. Je suis hyper reconnaissante et super fière d’elles !

Extrait de MEUFS

Tu aurais pu réaliser MEUFS via des témoignages écrits, enregistrés, photographiés, mais tu as choisi le documentaire vidéo, pourquoi ? Quelle est la force que tu trouvais à ce genre et ce format ?

Je filme tout le temps, donc comme c’est parti d’une soirée entre filles, j’aurais juste pu les enregistrer. Mais en fait, je les ai filmées. Donc, je n’ai pas réfléchi et c’était naturel. Et lorsque j’ai commencé, je ne me suis pas dit, « Je vais faire un documentaire qui sera en plusieurs épisodes ». Le truc a avancé tout seul et maintenant, je reçois des messages de filles qui me disent de faire un podcast, mais j’aime bien la vidéo. J’aime voir les femmes s’exprimer et en plus, je nous trouve belles, même si je sais qu’aujourd’hui, il ne faut plus trop dire ça. J’ai envie de nous voir ! Et les vidéos, je trouve que ça en dit plus sur la personne !

 Et n’as pas du tout pensé à un format plus court pour Instagram, avec seulement des petites interviews et des questions ? 

Non, parce que j’adore Instagram, mais déjà sur cette application il n’y a pas de documentaire. Et je ne suis pas tout le temps très à l’aise avec Instagram… Je suis même vite mal à l’aise, car ça va à l’encontre de beaucoup de choses que je fais passer dans le documentaire. J’avoue que je me suis posé la question pendant un moment, mais je ne me la suis pas posée longtemps. Mais notre vie, elle est tellement tournée autour d’Instagram sur plein d’aspects que je voulais faire autre chose. Je voulais sortir un peu de ce truc-là. J’ai la tête dedans toute la journée, pour chercher des filles et répondre aux messages et contacter même du monde, donc non. Je voulais faire autre chose.

Les notions de montage requises, tu les as apprises toute seule ? 

Ouais, vraiment ! Je trouve que lorsque l’on voit le premier et que l’on voit le deuxième, on le sent, genre le deuxième, on voit quand même une petite différence. On trouve des trucs géniaux sur Internet. C’est incroyable. Je ne devrais pas dire ça, si je le dis ! Et surtout, j’ai fait ce documentaire sans argent. 

Tu n’avais donc aucun budget pour ton projet ? 

Et je trouve que c’est ça qui est aussi incroyable. Il y beaucoup de personnes qui n’osent pas et pourtant, c’est possible ! Parce qu’il n’y a pas 1 € qui est passé dans ce documentaire. J’avoue que j’étais très complexée au début par ça… Je me suis dit que ce n’était pas propre que ça se voyait que je ne bossais pas là-dedans ! Puis je voyais des documentaires incroyables avec des notions techniques dingues ! Et je me disais « Mais personne va regarder mon truc ! », et comme quoi, tu vois, c’est vraiment secondaire, mais temps mieux. 

Pourquoi as-tu décidé de limiter ton projet à seulement 4 épisodes ?

J’ai décidé de faire quatre épisodes car je voulais rester dans la dynamique du premier sans que ça s’essouffle. Il a beaucoup de sujets que je souhaite aborder, et le fait de découper cela en plusieurs épisodes est je trouve, plus digeste. Le dernier épisode sera différent des trois autres, avec lui la boucle sera bouclée. 

Quels sont tes projets pour l’avenir? 

J’aimerais beaucoup pouvoir faire un MEUFS dans d’autres pays, avec des profils de femmes encore plus variés. J’ai reçu beaucoup de messages de femmes francophones non-françaises et j’aimerais beaucoup avoir leur ressenti à travers une autre série documentaire. 

Est-ce que tu voudrais ajouter quelque chose ?

Il est important pour moi qu’on comprenne que cette série documentaire n’est pas seulement destinée aux femmes, mais aussi aux hommes ! 

On vous laisse découvrir le 3e épisode de MEUFS, qui vient de sortir le 24 Mars ! Préparez vous une petite tasse de thé et profitez bien de toutes ces belles paroles.

Vous pouvez suivre toutes les actualités de Josepha et de son projet MEUFS sur son compte Instagram, @josepha_bianca

Article de Marie Fournier

Partager sur :

Vous pourriez aimer...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.