INTERVIEW DE BENOÎT JACQUOT POUR LE FILM 3 COEURS


Photos de Sébastien Vincent pour Paulette Magazine
 
Paulette : Dans quel état d’esprit étiez-vous avant de réaliser 3 cœurs ?
Je crois que je n’étais pas très bien… J’étais en train de finir de remâcher une séparation qui m’a beaucoup coûtée sentimentalement.
 
Ah d’accord…
(Rires). C’est bien, vous prenez un air compatissant…
 
C’est triste, ça met dans un état d’esprit fragile…
Oui, quand j’ai commencé à penser au scénario, j’étais en train de finir un deuil sentimental sûrement. Peut-être que ça m’a bien aidé d’ailleurs, pour me lancer là-dedans et surtout continuer.
 
Peut-être aussi qu’en étant mal, l’inspiration vient plus facilement ?
Non, moi je ne suis pas très dépendant de ces états là, pour travailler ou inventer quelque chose. C’est la nature de ce que je fais qui change. Ça ne m’empêche pas de faire quoi que se soit.
 
Dans tous vos films, la femme a une place essentielle. Quel rapport avez-vous avec vos actrices ? Comment ça s’est passé par exemple sur le tournage de 3 cœurs avec Charlotte Gainsbourg et Chiara Mastroianni ?
Chacune est particulière et singulière. Je n’ai pas le sentiment d’avoir une méthode, une recette avec les actrices que je filme. Le point commun entre toutes, pour moi, c’est que j’ai toujours, d’une façon frontale ou détournée, des rapports très intimes avec elles. Que ça se dise ou ça ne se dise pas, que ça se voit ou que ça ne se voit pas.
 
Vous leur dîtes tout sur le tournage ?
Justement, sur le tournage, je ne leur dis rien. C’est hors tournage. Si je dois leur dire quand même quelque chose, c’est aussi bref et efficace que possible.

 
Pour ce film, Benoît Poelvoorde joue un séducteur, un homme à femmes, comment avez-vous travaillé ce rôle, comment l’avez-vous construit ?
Je l’ai construit en le connaissant de mieux en mieux, à mesure que l’on tournait. J’ai beaucoup de mal à concevoir un personnage qui serait tout fait, tout prêt, avant que l’interprète ne le devienne… Le personnage, c’est ce que la personne de l’acteur fait du rôle. Et Poelvoorde, c’est comme ça, il faut d’abord lui donner confiance et là, on peut faire les choses. Une grande force et une grande qualité de Benoît Poelvoorde, c’est que ça ne sert strictement à rien de réfléchir avec lui, il faut se mettre dans une situation propice pour qu’entre moteur et coupé, il vive ce qu’il doit jouer au présent. Au moment même où il joue, il est ce qu’il joue.
 
Comment travaillez-vous vos films ? On lit que vous vous êtes inspiré de Truffaut pour 3 cœurs”
J’ai ma manière de travailler, ça fait plus de 20 films que je fais au final… J’ai une façon de faire, au mieux un style. Je n’ai jamais eu besoin – encore là moins qu’avant, de personnes que j’admire, comme Truffaut. Mais une fois le film terminé, je me suis rendu compte qu’il y avait des échos avec Truffaut, ce n’est pas la même chose. Ce sont des réminiscences, ce n’est pas des citations ou des hommages. Ou alors un hommage involontaire ou inconscient.
 
Votre cinéma met sur un piédestal les sentiments, pourquoi cet attachement ?
C’est à chaque fois différent, dans celui-ci, les sentiments, leurs usages, leurs conséquences, leurs épreuves par ceux qui les vivent sont abordés de façon très directe, il n’y a pas de secrets. Le spectateur connaît, avant même ceux qui en sont affectés, les sentiments. C’est comme ça que le film peut intéresser ou captiver. Le spectateur sait ce qui est en train d’arriver.
 
“Quand une femme de 40 ans est prise de passion, c’est beaucoup plus spectaculaire qu’une femme de 20 ans, parce qu’une jeune fille qui est prise de passion, on trouve ça presque naturel”
 
Dans vos autres films, Sade, Les Adieux à la Reine, La Fille seule, La Désenchantée, il y a souvent une jeune femme qui découvre la vie, l’amour, le sexe. Pour 3 cœurs, on ne voit que des quadras, par choix ou par hasard ?
Ce n’était pas un choix et ça s’est passé comme ça oui. J’avais pensé dans un premier temps que la sœur de Charlotte Gainsbourg, Sophie, serait plus jeune. Et puis finalement, en demandant à Chiara Mastroianni de le faire, ce sont devenues deux sœurs d’une quarantaine d’années. Quand une femme de 40 ans est prise de passion, c’est beaucoup plus spectaculaire qu’une femme de 20 ans, parce qu’une jeune fille qui est prise de passion, on trouve ça presque naturel, il y a une sorte d’élan qui tient à l’âge soi-disant commençant. Une femme de 40 ans, qui est censée avoir vécu, qu’elle soit prise par la passion, ça a quelque chose d’assez beau, scandaleux aussi, que j’aime beaucoup.
 
On voit un petit chien dans le film, est-ce que c’est le vôtre ?
Et bien non ! C’est le chien de Catherine Deneuve qu’elle ne quitte pas et donc, on a décidé de le garder, il a son rôle dans le film. Je me demande d’ailleurs pourquoi il n’est pas inscrit au générique… Je crois que c’est Catherine qui a préféré qu’il n’y soit pas. Il s’appelle Jack. Dès que Catherine est là, il y a Jack, ce n’est pas la peine de le mettre hors champ.
 
Catherine Deneuve justement et Chiara Mastroianni sont mère et fille dans le film mais aussi dans la vie. Est-ce que ça a facilité le tournage ?
Je ne dirais pas que ça a facilité ni que ça aurait pu le rendre compliqué. Ça créé pour le spectateur un écho. Pour moi non, je les connais vraiment l’une avec l’autre donc c’était naturel. C’est plus pour Charlotte Gainsbourg qui appréhendait un peu de ne pas être la vraie fille de Catherine Deneuve… Et donc d’avoir ce désavantage pour jouer sa fille ! (Rires). Mais ça s’est très vite effacé.
 
 
Si vous n’aviez pas été réalisateur, quel métier auriez-vous exercé ?
J’ai voulu être metteur en scène de cinéma très tôt, 12 ou 13 ans. Tout ce que je sais, c’est qu’avant cet âge, je voulais être marin !
 
Qu’est-ce qui vous a donné envie si jeune de devenir metteur en scène ?
L’apparition de la Nouvelle Vague, quand j’avais 12 ans, je pense que c’est ça. Ces films, ces bruits, ça m’a attiré pour commencer en cinéma et j’en étais passionné. Au point qu’il n’a été question pour moi de ne faire plus que ça…
 
Qu’est-ce que vous n’avez pas encore fait ou réalisé et que vous aimeriez faire dans un avenir proche ?
Dans la vie ? Me marier ! Je ne me suis jamais marié. J’aimerais bien.
 
“Je suis un romantique très tordu”
 
Vous êtes un peu romantique ?
Ouais mais alors je suis un romantique très tordu ! Je ne suis pas un romantique éperdu… J’ai des excès de romantisme mais ils sont vite corrigés par des excès du contraire… Rires.
 
Quand vous n’êtes pas sur un plateau de cinéma, que faîtes-vous ?
Je ne fais que ça ! En tout cas depuis plus de 20 ans, je ne fais que ça. Je n’ai pas arrêté de tourner, monter, écrire… Je n’ai jamais pu m’arrêter.
 
Quels sont vos projets ?
Je viens de finir le tournage d’un autre film, je vais commencer à le monter là. Il sera prêt l’année prochaine, ça s’appelle “Le journal d’une femme de chambre”, avec Léa Seydoux et Vincent Lindon.
 
Est-ce que vous avez un mot de fin pour nos Paulette ?
Ah oui les Paulette ! J’aime bien. Quand on me dit Paulette, j’entends tout de suite les poulettes. On va très souvent au cinéma en couple, quand on est une femme, avec un homme. J’aimerais bien que les Paulette aillent voir le film entre elles… (Rires).
 
Jeu concours
Paulette vous offre 5 x 2 places à gagner pour voir le film 3 coeurs. Les gagnants seront tirés au sort parmi les bonnes réponses à la question suivante. À qui appartient le chien que l’on voit dans le film “3 cœurs” ? Merci de commenter ci dessous.
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