INTERVIEW : CASCADEUR

Paulette a assisté au concert de Cascadeur qui s’est tenu à guichets fermés mardi dernier au Point Fmr. Rencontre avec un pro du dérapage musical contrôlé.

Né en 2007, le projet Cascadeur est original : un homme casqué ou masqué, une batterie d’instruments surprenants (une vieille boîtes à musique, le jeu pour enfant La Dictée…) et une voix aérienne envoûtante. Découvert par l’intermédiaire de The Rodeo, la performance offerte au Point Fmr nous a emballées. La mise en scène, très soignée, un brin compliquée (projection d’images psyché, nombreux instruments, lumières mystérieuses –> ça fait beaucoup pour un seul homme) n’a pas éclipsé un talent indéniable et une maîtrise bluffante. 

Paulette vous présente l’odyssée d’une créature beaucoup trop humaine, quelque part entre Rencontres du troisième type et le Grand bleu. 


Paulette : Tu es toujours masqué/casqué mais pourtant y a plein de vidéos de toi à découvert, notamment avec ton ancien groupe Orwell sur Youtube. Quelle a été ta trajectoire depuis tes débuts jusqu’à ce nouveau projet, Cascadeur ?

Cascadeur : C’est pas moi qui suis le leader d’Orwell, c’est Jérôme un ami de très longue date qui continue de travailler avec moi sur Cascadeur et Thierry, le chanteur de Variety Lab également. J’ai été clavier, choriste et un peu arrangeur sur ce groupe, ils sortent d’ailleurs un nouvel album cette année. J’ai une certaine expérience, c’est vrai, mais ce qui m’a beaucoup retardé c’est que j’ai toujours été impliqué dans des projets collectifs, je n’exposais jamais mes morceaux. Ce sont mes amis qui m’ont incité, j’appréhendais beaucoup de montrer mes morceaux qui sont très intimes. J’ai franchi le pas en juin 2007 où j’ai fait mon premier concert avec Cascadeur. Y a eu un gros travail de recherche au préalable sur tout ce qui l’alimente, la recherche des instruments, j’y ai passé énormément de temps.

On sent en effet que c’est très fouillé, je sais que tu as enseigné les arts plastiques, c’est lié non ?

Tout l’aspect plastique est essentiel. J’ai revu une étudiante il y a quelques mois pour un truc à la radio, et elle m’a dit "J’ai écouté votre musique, pour moi c’est de la peinture", ça m’a beaucoup touché parce qu’elle me connaissait par la peinture et c’est ce que je recherche aussi. Sur scène, je n’ai pas envie d’être un musicien pur, j’ai envie d’être une créature hybride à la croisée des arts plastiques, de la peinture, du cinéma, etc.
J’allais y venir au cinéma, l’enchaînement des morceaux en concert m’a fait penser à la B.O. d’un film que tu t’aurais inventée. En cela, j’ai trouvé beaucoup de similitudes avec ce que peux proposer en concert le pianiste et grand auteur de B.O., Ryuichi Sakamoto par exemple…
Ah, je suis assez fan ! Y a des copains qui m’appellent comme ça… Je suis très touché car c’est quelqu’un de très hybride, qui nourrit la musique européenne – c’est un grand fan de Debussy – et en même temps c’est un asiatique. Il a amené beaucoup de piano dans le cinéma asiatique, son oeuvre me touche beaucoup. On sent qu’il n’est pas pur, c’est vrai que c’est une référence !


À côté de l’image du Pianoman, il y a aussi celle du Songwriter. Tu nous a fait partager hier des compos originales en avant-première. Quels messages cherches-tu à transmettre à ton public ?

Hier soir, c’était une sorte de retour à la vie (il avait dû annuler dernièrement toutes ses dates en raison d’une maladie, ndlr.), donc j’étais dans une position de faiblesse, de fébrilité naturelle. Je n’ai pas le trac a priori mais j’ai des craintes, c’est très psychologique. L’année dernière, c’était les grandes expositions, les grandes premières parties (Saez, Midlake) où tu te retrouves devant 5000 personnes qui ne sont pas venues pour toi, il faut être présent. Et là tout d’un coup, avec ce premier concert en tête d’affiche, les gens chantent les paroles, connaissent les textes… Mes textes se nourrissent de mes expériences, beaucoup sont liés à des personnes. Je suis assez sensible aux ambiance fantomatiques, j’interroge un peu les absents, je parle aux gens qui ne sont plus là… Peut-être que tout ça se ressemble, y a une émotion en tout cas.

Quelle est l’histoire de Walker, l’hymne de ton maxi (écouter
) ?
Walker c’est une construction de l’esprit, c’est-à-dire que j’ai eu une période de ma vie où je me suis énormément intéressé aux Serial killers. Non pas que j’ai une forte sympathie pour eux, mais je trouvais que l’on a trop tendance à dire "C’est un boucher, c’est un bourreau, un monstre". Les monstres m’ont toujours beaucoup intéressé, Cascadeur est un monstre quelque part. Pour les Serial killers, c’était presque un travail de psychanalyste amateur que de comprendre comment on pouvait en arriver là, par quel trajet. Walker, ça n’est pas juste un prénom, c’est quelqu’un qui marche. C’est aussi un zombie. Donc avec le prénom, le trajet et le zombie, on les trois grandes clés de Cascadeur. C’est un personnage qui se déplace dans le temps et l’espace, qui se perd, qui s’interroge, qui attend… Dans le morceau Waiting, c’est ça.
 
Tu as dédicacé hier ton album (The Human Octopus, prévu pour mars) au groupe texan Midlake, pourquoi ?
J’ai fait leur première partie sur leurs 5 dates en France l’année dernière. J’étais déjà assez fan de leur travail, j’écoutais leurs disques. La rencontre a été vraiment très chouette. Quand je rencontre des groupes, parfois je ne rencontre pas du tout les personnes que j’ai entendues. Chez Midlake, j’ai trouvé des gens entiers. J’étais vachement complexé moi petit Français qui chante en anglais. Ils ont été d’une grande simplicité d’approche, du coup je leur ai proposé de participer à l’album. Ils ont fait les choeurs sur Walker et Into the Wild. Un grand souvenir.

Sur scène, tu fais intervenir un choeur d’enfants (au festival Les Francofolies 2010), et beaucoup d’autres choses touchant à l’enfance. Pourquoi ?

Je suis parti de mon enfance pour faire ce projet-là. Cascadeur, c’est une figurine de motard que j’avais enfant. Et puis y a plein de choses, dans les textes j’évoque l’enfance, les instruments sont souvent des jouets d’enfant. J’aime beaucoup ce mélange entre le piano classique et les jouets. Tout d’un coup y a des accidents, des choses qui ne marchent pas, ça me plaît beaucoup. J’aime bien l’impureté. C’est pour ça que j’ai besoin de parler entre les morceaux, j’ai besoin de briser un peu l’ambiance. C’est une dualité, faut-il ne rien dire ou bien se permettre des interventions quitte à détruire tes morceaux ? C’est un risque que je prends pour l’instant, Cascadeur est un monstre mais tellement humain… 
 
Quel est l’album que tu attends en 2011 et pourquoi ?
Y’en a beaucoup ! Midlake ça serait trop facile, je dirais Bon Iver, de la folk très sobre. C’est un mec qui a enregistré son premier album dans une cabane après une rupture. C’est vraiment très beau, je pense que son album va sortir cette année.

Un conseil capillaire pour Paulette ?

Je conseille les massages capillaires de mon papa, il m’en a encore proposé un ce matin. Je donnerais pour la personne intéressée l’adresse et le numéro. Autrement, ne pas trop utiliser le sèche-cheveux, ça assèche le bulbe. Faites gaffe aux colorations, c’est pas super, il faut bien choisir sa marque.
 
CASCADEUR :: WALKER (EP)
Universal Music

Disponible sur I Tunes
                                                                                                
Retrouvez Cascadeur sur Myspace

Sortie de l’album The Human Octopus : mars 2011
 

 
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