IL ÉTAIT UNE FOI … DIAM’S

Quand le thème de la spiritualité a été choisi pour le numéro 43, j’ai tout de suite voulu qu’on aborde le sujet de la religion, si tabou en France, qui fait peur, dont on ne parle qu’avec des pincettes ou qu’on utilise souvent à des fins de manipulation politique. C’est finalement quelque chose de si personnel, de si intime, qu’un témoignage me semblait adéquat pour l’aborder. Diam’s est la personnalité qui a marqué toute une génération en faisant le choix, du jour au lendemain, au sommet de sa gloire, de tout arrêter pour redonner du sens à sa vie, et cela, via le chemin de la spiritualité. Nombreux sont ceux qui n’ont pas compris sa démarche. Alors qu’aujourd’hui les esprits s’ouvrent doucement sur le sujet de la foi, Diam’s nous fait l’honneur de répondre présente dans nos pages. Pour Paulette, l’artiste, Diam’s, s’adresse à la femme, Mélanie, afin d’échanger sur la relation qu’elle entretient au quotidien avec sa spiritualité et le regard qu’elle porte sur le monde d’aujourd’hui. Irène Olczak 

Diam’s : Avant tout, sache que je suis vraiment heureuse que l’on puisse échanger. Qui suis-je pour toi aujourd’hui ? Les gens disent que tu me renies… 

Mélanie: Tu es pour moi comme une expérience de vie qui a fait celle que je suis à présent. J’ai compris tant de choses grâce à toi, et ça je ne le renierai jamais. 

Tu t’exprimes très peu publiquement. Qu’est-ce qui te pousse à me parler ? 

Il est tellement rare d’être sollicitée pour parler de spiritualité. Dans un monde aussi matérialiste que le nôtre, on fait souvent passer le croyant pour un être faible, semblable à un naufragé qui n’a pas d’autre choix que de s’accrocher au radeau de la foi pour ne pas se noyer. 

Es-tu consciente que ton changement soudain a pu choquer ? Tu étais une star, tu avais tout pour être heureuse, les gens t’aimaient, et voilà que tu as disparu du jour au lendemain ! 

Ça, c’est ta façon, votre façon, de percevoir ce qu’était ma vie. Les gens s’arrêtent à la surface des choses sans se demander ce qui se cache au fond. Tu sais mieux que quiconque ce qu’a été pour moi la célébrité. Au-delà de l’épuisement et du stress que subit le corps, il y a aussi le sentiment d’être comme fissurée de l’intérieur, d’être un puzzle divisé en une infinité de pièces qui cherchent désespérément à prendre forme. Comme si ton âme criait à l’aide et que, pour être soignée, elle réclamait autre chose que des antidépresseurs. 

Pourtant, de nombreuses stars semblent aimer cette vie, non ? 

Sûrement, l’impact est différent selon les natures. Mais on ne compte plus les suicides, les burn-out, les pétages de plombs et les diverses formes de déchéance chez les people, comme si cette dose émotionnelle était trop intense pour un être humain. Sans même parler du star-system, je pense qu’à partir du moment où on se laisse happer par un travail envahissant, une passion dévorante, une addiction, on peut alors devenir prisonnier d’un tourbillon qui ne nous permet plus de nous retrouver un seul instant avec nous-même, et de ce fait, nous prive de toute paix intérieure. 

Tu veux parler de construire quelque chose de plus solide qu’un succès artistique ou professionnel ? 

Oui, car ce succès est éphémère et ne peut suffire à combler notre besoin de quête de sens. Chacun devrait disposer de temps pour se poser des questions existentielles. Méditer sur la vie, son sens, son but… Peut-être étais-je trop lucide, mais me lever chaque jour avec la certitude que j’allais mourir m’apportait peu d’ardeur de vivre, c’était trop absurde. Si on prenait le temps de lever les yeux de notre téléphone, que l’on apprenait à le mettre de côté et à contempler ce qui nous entoure, on sentirait que quelque chose se passe… 

Quel est ton rapport à la méditation ? 

Notre époque moderne a tué la méditation. Je veux dire qu’on ne prend plus le temps de méditer sur tout ce qui constitue notre quotidien. On passe nos jours et nos nuits à regarder sur écran des gens vivre à notre place. Des influenceurs nous suggèrent ce que l’on doit écouter, ce que l’on doit porter, ce que l’on doit penser. Tout ce formatage et cette uniformisation nous éloignent de choses si simples : le soleil qui se lève chaque jour, qui éclaire nos vies, nos journées, qui donne à la faune comme à la flore ce dont elle a besoin pour vivre, et qui nous fait vivre ! Je veux dire qu’une fleur n’est pas juste belle, les animaux ne sont pas juste beaux, la pluie n’est pas juste un épisode météorologique dont beaucoup aiment se plaindre. Non. Quand tu médites sur tout cela, que tu prends conscience que sans eau plus rien ne pousserait sur terre, plus un seul fruit, plus une seule plante, et que nous-même ne résisterions pas, n’est-ce pas incroyable ? Pour moi, cette perfection dans la création est forcément l’œuvre d’un Créateur.

Tu dis « forcément », mais pour certains, ce n’est que le fruit du hasard. Pour toi, raison et foi font-elles bon ménage ? 

Bien sûr! La foi et la raison sont indissociables. Tu vois, pour moi, la raison, c’est de trouver impensable que quelqu’un me dise : « Mélanie ! Ce matin lors de l’explosion d’une imprimerie, un dictionnaire complet de A à Z s’est formé tout seul avec les bonnes définitions ! » Tu y croirais, toi ? ! 

Évidemment, c’est impensable… 

Alors, comment peut-on croire que cet univers, ces planètes, ces astres, ces terres, ces rivières, cette lune, ces vents, ces jardins, ces montagnes, toute cette perfection est le simple fruit d’une explosion hasardeuse ? Comment un réglage aussi précis de l’univers, une telle harmonie de l’infiniment petit à l’infiniment grand, auraient-ils pu être engendrés par le hasard ? Parfois, je médite sur ma propre personne, de mon état de fœtus à aujourd’hui, et ce corps humain qui me permet de voir, d’entendre… C’est incroyable. 

Arrête, on va dire que tu es prosélyte ! 

Et pourquoi faire de la religion un tabou ? C’est un partage, un échange, chacun prendra le chemin qu’il choisira. Mais la foi fait peur, je crois. Car elle déstabilise nos préjugés, elle nous interroge sur nos origines profondes ; elle pose des questions qui peuvent faire vaciller les certitudes les plus ancrées. 

Tu dis que la foi fait peur, mais n’est-ce pas plutôt la religion et toutes ses dérives qui posent problème ? 

Quand on ne fait pas la distinction entre la noirceur de certains hommes et le message religieux originel, on tombe dans la confusion. Certains ont retiré tout épanouissement spirituel à l’islam, alors que prier, aider les pauvres, maîtriser sa langue, sa colère, ne plus être jaloux, égoïste, matérialiste, ne jamais céder au pessimisme, caractérisent profondément cette religion. 

Je l’entends, mais alors justement: pourquoi l’islam, pourquoi ne pas être restée catholique ? 

J’échangeais souvent avec ma grand- mère, catholique érudite, mais trop de mes questions restaient sans réponse. Pourquoi disait-on que Jésus était Dieu, lui qui n’était qu’une créature ? D’ailleurs était-il Dieu ou fils de Dieu ? Je ne comprenais pas. Pourquoi existait-il plusieurs versions de la Bible, et a contrario, un seul Coran ? Pourquoi ne parlait-on pas du prophète Muhammed alors qu’à l’inverse, les musulmans reconnaissent Jésus et l’aiment si fort ? Tant de questions que je me suis posées et qui m’ont conduite par la suite à faire mes propres recherches. Il est vrai que dès que j’ai refermé le Coran, la clarté du message s’est imposée à moi. 

Tu parles de recherches, mais la foi n’est-elle pas juste un ressenti, quelque chose qu’on n’explique pas ? 

Bien sûr que le cœur se remplit d’amour et d’autres sentiments magnifiques quand on croit, mais tout ceci se fonde sur un raisonnement. J’ai l’impression que le mot « spiritualité » est galvaudé aujourd’hui, on dirait un supermarché dans lequel on pioche des croyances en fonction de ses humeurs. Lorsque j’ai été certaine de l’existence de Dieu, j’ai commencé à faire des études comparatives entre les religions. Je voulais des preuves convaincantes, ce but était trop noble pour se contenter d’approximations. Les gens me voient parfois comme une illuminée sous l’emprise d’un gourou, mais ce qu’ils ne savent pas, c’est le nombre de livres que j’ai dévorés à ce sujet, le nombre d’heures que j’ai passées à échanger avec des chrétiens, des historiens, des théologiens de diverses religions qui m’ont beaucoup éclairée. 

Qu’aurais-tu à dire à tous ceux qui t’ont aimée et qui s’interrogent à ton sujet ? 

Que je pense souvent à eux, que je lis leurs messages sur Twitter ou Instagram. Je suis très touchée, particulièrement par ceux qui ont compris mon besoin de devenir celle que je suis, qui ne m’ont pas mal jugée et qui m’ont même soutenue. Je les remercie sincèrement pour leur bienveillance. 

De quoi est désormais fait ton quotidien ? 

À vrai dire, je ne vois pas le temps passer… Être maman est le « métier » le plus prenant du monde ! Mais c’est un rôle qui me tient tant à cœur. J’ai vraiment envie de réussir l’éducation de mes enfants et d’être présente. Il n’empêche que je trouve toujours un peu de temps pour m’occuper de divers projets. Avec ma mère, nous gérons tous les dons reçus pour le Big Up Project et veillons à ce que des actions en Afrique se concrétisent auprès des orphelins. De grandes marques commencent à soutenir Big up, les donations affluent depuis les quatre coins du monde… Je sens que les choses bougent beaucoup pour l’association et qu’il est possible que de beaux projets émergent de tout cela. C’est vraiment une joie et une grâce de chaque instant. J’en profite d’ailleurs pour remercier tous ceux qui participent à ce projet de près ou de loin, et surtout ceux qui œuvrent dans l’ombre et que personne ne voit sauf Lui le très Haut. Professionnellement j’ai plusieurs projets en cours : d’autres idées de livres germent en moi, j’aimerais également étoffer ma marque Mel By Mel… Mais chaque chose en son temps ! Aujourd’hui, je veux profiter pleinement de mes enfants, les voir grandir et être auprès d’eux à chaque instant, c’est ma priorité.

Tu as l’air heureuse. Je ne sers plus à rien maintenant ? 

Si bien sûr, on a besoin de notre passé pour avancer, pour comprendre nos réussites et nos erreurs. Tu es et tu seras toujours comme les premières pages du livre de ma vie, mais je dois continuer ma route maintenant. Une route que j’espère pleine de rencontres et de partage… In cha Allah. 

À retrouver dans notre numéro 43, « Spiritualité »

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