HITCHCOCK, VOUS CONNAISSEZ ?


La Cinémathèque Française a décidé d’ouvrir l’année en grand avec une rétrospective intégrale de l’œuvre d’Alfred Hitchcock.
 
> Nom : Hitchcock, Alfred
> Profession : "maître du suspens", mais c’est un peu court
> Caractéristique : réalisateur d’environ 54 longs-métrages dont la plupart sont des incontournables dans l’histoire du cinéma : Les Oiseaux, Psychose, Vertigo… Vous connaissez ?
 
À première vue, et après l’annonce de ces titres, plus personne ne pense ignorer ce réalisateur prolixe qui pendant près d’un demi-siècle (1925-1976), entre l’Angleterre et les États-Unis, a donné au film noir ses lettres de noblesse. Pourtant, le cycle qui s’ouvre à la Cinémathèque Française rappelle à quel point l’œuvre hitchcockienne et son impact de restent encore mal connus.
 
Depuis le 5 janvier et jusqu’au 28 février, la Cinémathèque s’est donc lancée dans une rétrospective gigantesque pour tenter de cerner les contours de cette œuvre qui, au-delà des images canoniques, recèle aussi une part d’ombre qu’il est grand temps de découvrir.
Sur le programme, la liste des films quasi sans fin se déroule au travers de titres qui nous disent tous quelque chose, de près ou de loin : La Corde par exemple, film-expérience qui nous fait croire à un film tourné en une seule séquence.
 
Mais ces petites perles cinématographiques se cachent également derrière des films que vous avez vus et peut-être revus récemment. Derrière la course effrénée de Cary Grant dans un champ de blé poursuivi par l’avion assassin de La Mort aux trousses, derrière des scènes finales en montages alternés haletants dans L’Homme qui en savait trop ou Fenêtre sur cour, se cachent la maîtrise sans faille de toutes les ficelles du 7e art mais aussi de tous nos traumatismes latents et bien présents. Hitchcock ne cesse ainsi jamais, tout le long de sa carrière, d’inventer des formes cinématographiques pour confronter toujours un peu plus le spectateur à ses angoisses quotidiennes et la société à ses vices cachés.
 
Ainsi, pour Philippe-Emmanuel Sorlin, "Il faudrait interdire tous les films de Hitchcock aux moins de 18 ans, car on oublie peut-être trop souvent par commodité culturelle, le vice impuni que constitue la perception d’un de ses films".
 
Si nous connaissons encore mal Hitchcock, Hitchcock lui, nous connaît et nous dévoile. Des films qu’il faudrait donc tous voir, mais pas de panique, pour nous permettre de nous retrouver dans tout ça, la Cinémathèque nous propose également une série de conférences qui retrace les grandes questions que soulèvent les trésors hitchcockiens. Ainsi selon vos envies et votre emploi du temps, vous pourrez mieux comprendre sa période anglaise, son rapport aux femmes ou encore ses inventions formelles tant cinématographiques que télévisuelles…
Bref, demandez le programme ! Et surtout n’hésitez pas à vous précipiter dans les salles obscures du 51, rue de Bercy pour frissonner joyeusement face à un cinéma toujours plus inventif, novateur et terriblement actuel. 

La Blonde hitchcockienne, par Raphael Thet

Ses talons tapent vite le sol de la ville. Seuls ses mollets libérés de sa jupe fuseau vont et viennent en cadence. Le reste de son corps est figé, c’est une poupée glaciale d’un temps révolu. Elle a un sourire imperceptible aux lèvres, on le devine séducteur et sournois ; les yeux rivés sur un point flou au loin, ailleurs et humide. Sur son front dégagé, son casque d’or ne bouge pas : ses cheveux blonds sont remontés en chignon. Elle est bourgeoise frigide, chic, affolée, perverse amoureuse, d’un style terriblement érotique…
 
Femme-objet qu’on manipule ou femme indépendante et libre que le sort punit, femme fatale et névrosée, la blonde hitchcockienne est un fantasme pur.

Incarnée à l’écran par Joan Fontaine, Grace Kelly , Dorris Day, Eva Marie-Saint, Kim Novak, Janet Leigh ou Tippi Hedren, elle n’est, à chaque fois, ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre, comme dans le rêve étrange et pénétrant de Verlaine.

 
Le fétichisme d’Hitchcock à reproduire toujours la même figure de femme est un thème récurent de son œuvre, dont la quintessence est Vertigo. James Stuart déguise Kim Novak comme une autre qu’il a vu se suicider. Mais cette seconde femme est en fait véritablement la première, et le héros sujet au vertige a bien mal au cœur. Là où la spirale est infernale, c’est que Kim Novak a remplacée Vera Miles pour ce rôle. Et ce pervers d’Alfred a façonné cette suppléante comme un objet, en lui expliquant quelles robes et quelle coiffure elle devait porter, en proclamant ouvertement : "Kim Novak n’est qu’une inconsistante cire qui m’a coûté les plus grandes peines à modeler. J’ai tout fait." Hitchcock est un fétichiste assumé, un voyeur conscient de ses vices. Il s’amuse avec le spectateur et lui rappelle qu’il est tout aussi vicelard que lui. Il pousse la provocation jusqu’à associer la mort au désir. "Il y a un aspect que j’appellerai Sexe psychologique et c’est ici la volonté qui anime cet homme de recréer une image sexuelle impossible, pour dire les choses simplement, cet homme veut coucher avec une morte, c’est de la pure nécrophilie."
Cette blonde qu’Hitchcock manipule, c’est un pion qu’il habille et déplace à sa guise, comme Grace Kelly que l’handicapé de Rear Window envoie s’introduire chez ses voisins. Mais c’est un instrument rebelle. Elle tue son agresseur d’un coup de ciseau dans Dial M for murder, et déjoue sans le savoir le crime que son mari avait planifié.
Grande séductrice, elle connaît l’art de l’insinuation grivoise : Eva Marie Saint a dû redoubler sa réplique dans North by Northwest "je déteste parler d’amour le ventre vide", elle avait dit "faire" au lieu de "parler", oups… Elle maîtrise avec brio les nuances d’ingénuité, d’audace, d’insolence et joue même l’effarouché s’il le faut.
Oui, il faut se l’avouer, la blonde hitchcockienne élégante, entreprenante, spirituelle et intelligente n’existe pas. C’est un mythe, un fantasme inaccessible, qui n’appartient pas au monde des vivants.

Enfin, si je me trompe, vous pouvez toujours envoyer photos et cv à :
jeunecinéphilerechercheuneblondemortelle@hotmail.com 
 

 
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