« HALLOWEEN KILLS », « SQUID GAME »… CE QUE NOTRE PASSION POUR LE GORE DIT DE NOUS

Vous adorez les films d'horreur et autres slashers autant qu'ils vous font flipper pendant des mois après le visionnage ? Vous n'êtes pas seul·e, et en voici les raisons. Happy Halloween !

J’arrive sûrement après la hype, mais je viens de finir l’épisode 1 de Squid Game. Premier bilan à chaud : je suis entièrement d’accord avec les avis dithyrambiques prononcés sur ce succès déjà planétaire en un mois et demi de diffusion (environ 111 millions de foyers l’ont visionné à son démarrage, « considérable » est un doux euphémisme). 

C’est prenant, haletant, révoltant, flippant et… sanglant. Des corps qui valsent, des rafales de balles qui atteignent des personnages en plein coeur lors d’une partie glaçante d’1, 2, 3 soleil, un concept qui profite des plus démuni·e·s pour le plaisir de quelques « VIP » en mal de divertissement et d’exercice de leur pouvoir : la critique des dérives de la société capitaliste est sévère et – malheureusement – assez juste. 

Après le générique de ce premier chapitre, j’ai un peu la nausée, et l’envie d’aller mater des vidéos de ma fille qui fait des bisous au chat de ma mère. « Un peu de douceur dans ce monde de brutes », je lance à mon mec. Lui, reste coi. 

Au bout de quelques secondes à digérer les 50 dernières minutes, il lâche une analyse qui me reste en tête. Il me dit, encore emmitouflé dans le plaid du canapé : « ce qui me choque ce n’est pas tant la violence dépeinte à l’écran que l’engouement des téléspectateurs pour ce genre de mise en scène morbide ». Bon d’accord, à 23h30, la formulation était sûrement un peu moins limpide, mais la pertinence impeccable. 

Squid Game
© Squid Game - Netflix

Car c’est vrai : pourquoi aime-t-on autant le gore au ciné ? Les massacres à la tronçonneuse, les bras qui volent, les tripes qui sortent ? Pourquoi sommes-nous si attiré·e·s dans la fiction par tout ce qu’il y a de plus inhumain ? 

Squid Game n’en est pas le seul exemple, et encore moins le premier, d’ailleurs. Le show coréen de Hwang Dong-hyuk n’est pas non plus le plus terrible en la matière. On se souvient des scènes de torture de Game of Thrones, des meurtres à répétition de Scream (toujours emblématique 25 ans après), des démembrements de The Walking Dead, des slashers en pagaille qui enchaînent les rééditions en HD et effets spéciaux de pointe en 2021. 

La preuve, le 20 octobre dernier est sorti Halloween Kills, douzième de la série Halloween, et le frisson d’impatience était palpable parmi les fans. On voulait voir Michael Myers être abattu autant que sentir le frisson parcourir notre nuque à l’idée qu’il puisse encore abattre des dizaines d’âmes. Étrange, qu’on se le dise. Et je m’inclus dans le lot.

Alors, j’ai eu envie de creuser ce qui se trame dans nos esprits happés par ces ambiances macabres. Et la réponse pourrait être moins perturbante qu’il n’y paraît. La preuve avec ces quelques décryptages et travaux scientifiques qui ont, peut-être, de quoi redonner foi en notre espèce ?

Un signe d’empathie et de recherche de sensations

© Halloween Kills - Universal Pictures
© Halloween Kills - Universal Pictures

Première hypothèse qui expliquerait cette addiction : « notre attirance pour l’horreur est un signe de notre empathie ; nous faisons l’expérience de la souffrance d’autrui, tout en nous rassurant », avance le magazine de psychologie WenGood. « En regardant les victimes, nous conjurons notre peur. Nous nous confrontons à la mort pour nous sentir plus vivants. » De l’empathie… ou juste le désir de s’assurer que tout ce qui se passe à la télé n’arrive « qu’aux autres » ? Pas clair.

Une chose est sûre, toutefois, les sensations qu’on y trouve font elles aussi partie de notre attraction pour le genre. 

A croire les psychologues de l’université de Jena en Allemagne d’ailleurs, elles sont similaires à celles de montagnes russes. Space Mountain ou Ça, même combat, donc, la musique angoissante en plus (et une queue interminable en moins). On veut tellement savoir ce qu’il se passe à la fin du scénario qu’on ne réussit pas à décrocher de l’écran. Comme dans le manège, finalement.

Le magazine américain amène un autre argument : c’est le fait de le cantonner à l’imaginaire, au virtuel, qui rend le gore d’autant plus fascinant. « Au cinéma, au théâtre, dans la littérature et dans notre propre confort matériel, nous nous imposons la peur : l’estomac noué, la bouche sèche, les frissons, la chair de poule, le saut dans la peur… tout en sachant que nous pouvons y mettre fin et détourner le regard quand nous le voulons », décortique encore WenGood. « Nous tenons bon, quoi qu’il arrive, ce n’est pas réel mais purement fictif ». 

Une sorte de défi face à soi-même et à ses propres limites, pour ressortir, sinon vainqueur, alors soulagé·e à l’issue de la séance ? Toujours est-il qu’on n’a pas pu s’arrêter d’enfoncer toujours plus profondément nos ongles dans le bras de notre partenaire, iel-même sursautant au moindre bruit venant de dehors.

L’envie de voir le "bien" triompher

© Scream - Dimension Films
© Scream - Dimension Films

Et puis, il y aurait notre incorrigible besoin de happy ending, qui entrerait en jeu. Celui de savoir que, juste avant le générique, le méchant de l’histoire se fait coincer. Une morale pseudo-optimiste, un sauvetage in-extremis façon contes de fées (glauques, certes). « Des scientifiques qui ont étudié 482 personnes en Allemagne et aux États-Unis ont conclu l’année dernière que nous aimons les scènes [sanglantes] parce qu’elles renforcent notre espoir que, finalement, le bien triomphe du mal », appuie en ce sens ABC. Réconfortant. Et intéressant.

Je repense à ma question, et surtout au choix de mes mots : « pourquoi sommes-nous si attiré·e·s dans la fiction par tout ce qu’il y a de plus inhumain ? », me demandais-je plus haut. Et désormais, je pense avoir la réponse : on veut du gore justement parce qu’on l’est, humain·e·s. Et que nos émotions, nos craintes, nos réactions contradictoires, nos insécurités, nos espérances même lorsque tout semble foutu, nous font vraisemblablement vibrer.

Au moment de finir ces lignes, mon mec me regarde : « ça te dit qu’on lance l’épisode 2 ? », lance-t-il, ayant apparemment digéré le constat percutant qu’il a émis précédemment. Bien sûr, je dis oui. Et je sens même la hâte gagner mon esprit…

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