HAFSIA HERZI, LA MARCHE A SUIVRE


Photos de Lara Kiosses pour Paulette Magazine

Depuis sa révélation dans le film La graine et le mulet d’Abdellatif Kechiche, Hafsia Herzi a fait un sacré bout de chemin. Rencontre avec une actrice bourrée de talents et d’idées.

Dans La Marche de Nabil Ben Yadir, Hafsia joue Monia, une belle étudiante brune aux cheveux longs, au regard troublant et à la lutte infaillible. Elle marche, tombe amoureuse – ou presque – et ne s’arrête pas sur le chemin de ses rêves, de ses droits, de ses envies. Un peu comme l’actrice qui se cache derrière ce personnage. Elle a répondu à nos questions avec un naturel et une spontanéité qui font tout son charme. (Interview publiée dans le numéro 13 de Paulette actuellement en kiosque)

Paulette : Comment es-tu arrivée au casting de La Marche?

Hafsia :Je suis arrivée la dernière je crois ! C’est une autre comédienne qui devait avoir le rôle mais il y a eu du changement. Mon agent m’a appelée et il m’a dit que Nabil aimerait bien me rencontrer. On s’est vus, j’ai reçu le scénario que j’ai dû lire en 48h. C’était vraiment à la dernière minute ! J’ai donc fait un remplacement ! (Rires.)

Qu’est-ce qui t’a motivée à faire ce film ?

J’avais déjà entendu parler du projet, je connaissais un peu les événements de 1983. Je voulais surtout travailler avec Nabil dont j’avais vu son premier long-métrage, Les Barons (sorti en 2009, ndlr.), et que j’avais bien aimé. Et puis, j’ai vu le casting : Tewfik Jallab, Lubna Azabal, Jamel Debbouze…

Quelle était l’ambiance lors du tournage ? Comment Nabil Ben Yadir travaille-t-il avec ses comédiens ?

Il y avait une super ambiance, à la fois drôle et détendue. Nabil a beaucoup d’humour et il dirige bien ses acteurs. On s’est tout de suite bien entendus… Si je devais raconter une anecdote, je parlerais de la scène tournée à Montparnasse. On arrive devant tous ces gens… Nader fait un discours et il est parti dans les aigus au moment de parler… C’est parti en fou rire, c’était tellement drôle. On l’a embêté jusqu’à la fin du tournage avec cette histoire !

Et avec Jamel Debbouze ?

On a bien rigolé avec Jamel… Il est tellement amusant. Je le connaissais évidemment mais j’étais intimidée à l’idée de tourner avec lui. Franchement, c’est quelqu’un qui met à l’aise, il est intelligent et très bosseur. C’est impressionnant. C’était pareil pour Charlotte Le Bon, elle est très drôle, très cool.

Quelle scène a été la plus difficile à jouer ?

Sans hésiter, celle de la croix gammée. C’est une scène que j’appréhendais énormément. Au départ, le scénario voulait que l’on voie mes agresseurs en train de m’assaillir. Et après, il a coupé, j’étais dégoûtée ! J’ai donc dû me concentrer à fond pour cette scène car les autres acteurs, eux, rigolaient, ils me faisaient des blagues… un peu coquines. Je me suis concentrée pour ne pas y penser et rester crédible.

Et la scène la plus joyeuse, la plus sympathique ?

Oh la scène de l’Élysée… C’était fou. On a même rencontré François Hollande, il est venu nous dire bonjour… C’était bizarre de le voir en vrai, on était tous émus, impressionnés. Il a parlé avec Jamel surtout, moi j’étais un peu en retrait. J’aime observer.

Parlons de cette marche pacifiste de 1983. Qu’est-ce qui est vrai dans le film, qu’est-ce qui a été inventé ?

C’est la première question que j’ai posée à Nabil quand je l’ai rencontré ! Il m’a dit qu’avant de faire son film, il avait rencontré les vrais marcheurs. Après ça, ils ont essayé de garder un maximum de choses réelles. Bon, ils ont aussi inventé certaines choses. Par exemple, l’histoire d’amour entre mon personnage et Sylvain, ça, c’est romancé. J’ai moi-même rencontré les marcheurs à Lyon. C’était un mois après le tournage, Nabil nous disait : « Voilà, elle c’est Mounia, elle c’est Kheira ». C’était très émouvant… Ils nous ont même raconté des anecdotes. Par exemple, le personnage de Kheira dans le film, elle n’aime pas les garçons. Et pourtant, quand on l’a vue, ce n’est pas du tout ce qu’elle racontait… (Rires.) Elle a eu plein de copains, c’est drôle.

« J’ai fait le choix de tourner des films engagés. »


Tu as joué dans de nombreux films engagés, est-ce une volonté de ta part ?

C’est vrai que j’ai commencé avec La graine et le mulet (d’Abdellatif Kechiche, sorti en 2007, ndlr.), un film politique et social. Je pense que ce sont des choix. J’ai voulu dès le départ m’orienter vers ce type de cinéma. On me propose pas mal de scénarii comme ça. Je pense que ce sont mes choix qui ont déclenché cela. C’est top, mes personnages sont magnifiques.

Penses-tu que ces films, La Marche notamment, peuvent faire bouger les choses ?

C’est une bonne chose je pense. Après, je me demande toujours : « Est-ce que le cinéma peut faire évoluer les esprits ? » Quand je lis un scénario, il faut que ça raconte quelque chose sinon ce n’est pas intéressant. Je pense que c’est important de parler de cette marche, de cette histoire, peu de personnes la connaissent… Je suis tellement fière d’être dans ce film !

« Ce qui se passe à Marseille me bouleverse. »


Tu es née à Manosque mais tu as grandi dans les quartiers Nord de Marseille. Que penses-tu de la situation là-bas ?

Je suis bouleversée… C’est toute mon enfance, ma vie. D’ailleurs, en ce moment, je réalise. J’avais écrit un court métrage il y a trois ans, là je suis passée au long métrage que je veux tourner dans les quartiers Nord de Marseille. Le projet est finaliste d’un concours de scénario, Sopadin, dans la catégorie junior réservée aux moins de 27 ans. Et pour le concours, il fallait monter un dossier illustré du scénario. J’ai mis des dessins et des photos des quartiers Nord de Marseille. J’y vais souvent donc, mes amis sont là-bas, ma mère aussi. Et en prenant des photos, en faisant des recherches, je me suis dit que c’était incroyable… J’ai grandi là, ça m’a bouleversée car je me dis que j’ai eu de la chance d’avoir croisé Abdellatif Kechiche. Grâce à ce rôle, j’ai pu quitter les quartiers. Quand j’ai compris ça, je me suis dit que je venais de loin. Ce qu’il se passe aujourd’hui, c’est horrible. Je n’ai pas connu ces quartiers comme ça ! Je pense que c’est lié au chômage, à la pauvreté… C’est très pauvre. Et c’est atroce car j’ai plein d’amis qui sont décédés aujourd’hui. C’est malheureux…

On a l’impression que pour devenir actrice, c’est un chemin plutôt difficile… Est-ce que ça a été ton cas ?

Oui, bien sûr. Je me souviens, je recevais le journal Le 13, un gratuit, à la maison. Je regardais les annonces de casting, pour faire de la figuration. À 14 ans, j’ai commencé à faire des figurations dans des téléfilms à Marseille, puis j’ai rencontré une directrice de casting qui m’a donné la liste des directeurs de casting à Marseille. Je suis rentrée chez moi, j’ai envoyé des lettres et des CV à ces personnes et trois ans après… on m’a appelée pour le casting de La graine et le mulet.

En dehors de l’actrice, qui es-tu au quotidien ?

Franchement, je suis quelqu’un de très simple. Quand je ne travaille pas, j’écris. J’ai écrit et réalisé un court métrage il y a trois ans. Depuis deux ans, je travaille sur un projet de long-métrage qui s’appelle Bonne mère et que j’ai envie de tourner dans les quartiers Nord de Marseille. Il sera produit par Abdellatif Kechiche via sa société de production. C’est vraiment cool… Il a été produit avant la Palme (La Vie d’Adèle, ndlr.) et justement, cette Palme d’or, ça va aider mon projet. Sinon je vais au cinéma, je vis tranquillement, je vois mes copines, je fais du shopping, une vie très normale…

« Je ne râte jamais un diner presque parfait »


Tu as d’autres passions à part le cinéma ?

Oui, beaucoup. Surtout la cuisine, j’adore élaborer de nouveaux plats et… les manger ! J’adore les émissions de cuisine comme Un dîner presque parfait ! (Rires). Ça, je ne rate jamais !

Qui est-ce qui t’a donné envie de faire ce métier ?

J’ai toujours voulu écrire une histoire sur une mère de famille. C’est ma mère qui m’a vraiment inspirée, c’est sûr. Je me suis toujours dit qu’un jour, je parlerai de ces femmes-là, c’est femmes immigrées, qui ont quitté leur pays, souvent dans l’espoir d’une vie meilleure et qui se sont retrouvées dans des quartiers, dans des banlieues, à élever seules leurs enfants, à galérer avec des petits boulots. Elles ont toujours gardé cette joie de vivre, elles sont positives… Donc, ce sont plutôt ces femmes-là qui m’inspirent, ma mère, mes tantes, mes copines, toutes ces femmes qui restent souvent dans l’ombre.

Une marseillaise qui vient à Paris, ça n’a pas dû être facile…

Ah oui, c’était dur… C’était même horrible ! J’étais choquée. Déjà, la météo… J’avais froid, je suis arrivée en hiver, j’étais choquée par ce froid… La nuit, je dormais avec mon bonnet, ma doudoune et tout. Et la taille des appartements, qu’est-ce que c’est que ça ! À Marseille, pour 500 euros, tu as un cinq pièces. Et la mentalité des parisiens, le stress, tout ça… Le métro ! Maintenant, je suis habituée, mais au début, c’était difficile. Je suis entre les deux maintenant, je ne peux pas rester trop longtemps à Paris. Maximum trois semaines, un mois.

As-tu un mot ou un conseil à donner aux Paulette qui, comme toi, n’ont pas eu forcément la possibilité de prendre des cours de théâtre, et qui aimeraient devenir actrices ?

Je pense qu’il faut croire en son destin. Il faut chercher par soi-même, il faut trouver des plans, des castings, comme j’ai fait. Il faut s’accrocher à son rêve mais en même temps, quand je me suis lancée, j’avais quand même mes études à côté. Il faut toujours avoir un diplôme ou un travail à côté, l’un n’empêche pas l’autre.

Le mot de la fin ?

Restez fidèles à Paulette et allez voir La Marche les filles !

>La Marche, de Nabil Ben Yadir
Dans les salles depuis le 27 novembre

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