GROSSESSES NON INTENTIONNELLES : UN NOUVEAU RAPPORT DE L’UNFPA POUR COMPRENDRE L’URGENCE

Mi-avril, l’UNFPA (ou Fonds des Nations Unies pour la Population) a sorti un rapport sur la crise oubliée des grossesses intentionnelles. Interview.

Une grossesse non intentionnelle est une grossesse non prévue. Attention, elle peut cependant être désirée et heureuse – par un couple qui essaye d’avoir un enfant depuis longtemps, par exemple. Mais dans le cas où elle est non voulue, cela peut causer de nombreux traumatismes. Pour rappel, l’IVG n’est pas accessible partout. Pourtant, la liberté de disposer de son corps devrait être une priorité pour tous·tes. Dans ce rapport, qu’on vous recommande chaudement de lire, on apprend notamment qu’il y a 300 000 grossesses non intentionnelles par jour. Diene Keita, femme politique guinéenne et directrice exécutive adjointe des programmes à l’UNFPA, nous en parle.

© UNFPA / Fidel Évora
© UNFPA / Fidel Évora
© UNFPA / Fidel Évora

Bonjour Diene ! Vous êtes une femme politique guinéenne, aujourd’hui directrice exécutive adjointe des programmes à l’UNFPA. Avant de nous parler du rapport, pouvez-vous nous raconter votre parcours de vie ?

Bonjour Clémence, je suis ravie d’être avec Paulette. Bien sûr. C’est une longue histoire, par contre (rires) ! J’ai commencé ma carrière au programme des Nations Unies pour le Développement. J’ai fait mon petit bonhomme de chemin, j’ai été sur le terrain comme chargée de programme, j’ai servi dans plus de 12 pays… J’ai découvert des cultures, j’ai été en contact avec beaucoup de personnes et, notamment, des femmes absolument incroyables et féministes, qui m’ont beaucoup apporté. J’ai beaucoup appris. Et j’ai gravi les échelons. Plus tard dans ma carrière, j’ai commencé à réfléchir à ce que je voulais faire. J’avais entendu parler de l’UNFPA et j’adorais cette agence. Petite agence, avec des programmes super intéressants qui changeait littéralement la vie des femmes. J’ai postulé pour essayer, puis j’ai adoré.

Un jour, j’ai finalement eu envie de retrouver mon pays. J’ai eu la chance qu’on me propose un poste ministériel en Guinée, alors je l’ai accepté avec honneur et privilège. Et quand j’ai fini mon travail au gouvernement, j’ai repostulé aux Nations Unies. C’est là que je suis devenue sous-secrétaire générale des Nations Unies et directrice exécutive adjointe des programmes à l’UNFPA. C’est une jolie histoire car c’est l’histoire d’une jeune fille, d’une « girl next door », qui a grandi petit à petit. Ça montre qu’il ne faut pas avoir peur et qu’il faut oser se lancer.

C’est un parcours très inspirant, effectivement ! Mais pour celleux qui ne connaissent pas, dites-nous, c’est quoi, l’UNFPA ? Dans quels pays agit-elle et pour quelles raisons ?

C’est le Fonds des Nations Unies pour la Population. On travaille dans presque tous les pays du monde. En tout cas, dans tous les pays qui en ont besoin. Physiquement, nous sommes présent·e·s dans 126 pays, parmi lesquels certains couvrent des nations limitrophes. Notre tâche principale, c’est de mettre en œuvre les questions de développement relatives à la population. Et pour s’assurer d’y arriver, l’organisation a décidé de se centrer sur la question de la femme et de la jeune fille, et plus particulièrement sur les questions de santé sexuelle et reproductive.

On a trois objectifs. Le premier, c’est d’essayer d’avoir zéro mortalité maternelle, de partout où on peut prévenir cette mortalité. Notre deuxième objectif, c’est que tous·tes celleux qui le demandent puissent avoir accès à la contraception. Enfin, notre troisième objectif, c’est qu’il n’y ait plus aucune violence basée sur le genre, ni aucune pratique néfaste à l’encontre des femmes.

© UNFPA / Fidel Évora

Selon vous, Diene, pourquoi est-ce une institution importante ?

Décider quoi faire de son corps est le premier droit auquel une femme devrait pouvoir aspirer. Parce qu’avoir assez d’information sur sa vie sexuelle et reproductive permet de faire les bons choix. C’est une autonomie et une liberté primordiale. Avoir un enfant, par exemple, ça doit être un choix pour chaque personne sur cette planète. Notre moto, c’est : « Parce que chaque personne compte. » Voilà pourquoi je pense que l’UNFPA est la meilleure agence au sein des Nations Unies. Je le maintiens et j’en suis fière !

 

Ce mois d’avril, vous venez de sortir un rapport sur les grossesses non intentionnelles dans le monde. Pouvez-vous nous en parler ?

L’autonomie corporelle dont on parlait tout à l’heure devient centrale à la question des grossesses non intentionnelles. Comme le rapport l’indique, il y a 120 millions de grossesses non intentionnelles par an, soit 300 000 par jour. C’est un chiffre alarmant. Ça démontre qu’on ne partage pas assez d’information sur la vie personnelle et intime des jeunes femmes et qu’on ne rend pas la contraception accessible à tous·tes. Aussi, ça prouve qu’il y a un manquement de communication énorme entre une femme et son partenaire. Trois éléments qui font de ce rapport un événement unique, que toute personne devrait avoir sur sa table, pour le lire et comprendre la situation.

© UNFPA / Fidel Évora
© UNFPA / Fidel Évora

En quoi ce sujet est-il un sujet important et urgent à prendre en compte ?

C’est un sujet important, car quand il y a 120 millions de personnes touchées par un phénomène, ça devient sérieux. Si on reglait ce problème, vous imaginez ? Ça permettrait aux femmes de décider de leur vie, de leur futur… Et d’éviter le trauma, aussi, d’avoir un bébé non désiré.

 

Pour finir, quels sont vos projets ou espoirs pour le futur ?

Pour diminuer ces chiffres, il faut plus de contraception, plus d’éducation. Une éducation complète à la sexualité, une éducation pour apprendre à tout le monde à communiquer. On voudrait également intégrer les hommes, les jeunes et les moins jeunes à la discussion et toucher le grand public. Et, surtout, aider toutes les femmes qui en ont besoin. Leur offrir le choix. De partout dans le monde.

 

Pour lire le rapport et en savoir plus, direction leur site Internet !

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