GRAINE DE CRÉATEUR.RICE : BLUEMARBLE, UN.E NOMADE DANS LA VILLE

Inspiré par l’évasion et le dialogue entre les cultures, le label de prêt-à-porter parisien Bluemarble séduit grâce à des silhouettes contemporaines, un vestiaire complet, et un bel esprit de liberté.

Si Bluemarble (ou « la bille bleue » en français) fait référence à la première photo prise de la Terre depuis l’espace, par l’équipage de la mission Apollo 17, dans les années 70, ce sont bien les rêveur.se.s du XXIe siècle que souhaite habiller Anthony Alvarez, le fondateur de ce jeune label créé en septembre 2017. Un peu moins de quatre ans plus tard, la marque de streetwear qui s’appelait initialement OneCulture a changé de nom, ouvre sa propre boutique, intègre le calendrier officiel des défilés de la Fashion Week Homme de Paris, établi par la Fédération de la Haute Couture et de la Mode, et habille une myriade d’artistes en vue, dont le rappeur Kalash. Une montée en puissance que le Parisien d’adoption d’à peine 30 ans n’imaginait pas si fulgurante ! Avec la sincérité et la décontraction qui le caractérisent, Anthony Alvarez nous raconte les moments forts de cette aventure, partage ses sources d’inspiration et confie pourquoi grandir dans une famille multiculturelle fut une chance inouïe.

 

Ni le rythme effréné des collections ni le changement de blaze (le plus stressant fut la modification du compte Instagram selon une source sûre, ndlr) n’auront eu raison de l’approche foncièrement personnelle avec laquelle Anthony Alvarez mène sa barque. Dès les premiers coups de ciseaux qui marquent la genèse de son label, il imagine un vestiaire atypique et éclectique, dont le fil rouge reste invariablement la célébration du voyage, de la curiosité et de l’individualité.

Manhattan-Cavalière

Cette individualité singulière, il la cultive depuis son plus jeune âge, et elle lui sert aujourd’hui d’inspiration pour sa toute nouvelle collection printemps-été 2021, intitulée Summer Psyche. Ainsi, le jeune directeur artistique, qui croque la vie à pleines dents, enrichit sa formidable odyssée créative et intimiste en piochant dans les précieux souvenirs ensoleillés de ses étés passés entre New York et le sud de la France. De nationalité française par sa mère et américaine par son père, Anthony Alvarez prenait plaisir à se perdre dans le damier urbain de la grande pomme et dans le New Jersey, dévalant en skate le bitume brûlé par les rayons de l’été indien pour découvrir des endroits inédits où jouer au basket avec sa bande de copains de toujours. Dans le sud de la France, sur la plage de Cavalière, c’étaient les après-midis à fendre les vagues couleur azur sur ses planches – de surf ou à voile –, qui occupaient le plus clair de son temps, avant de succomber à la langueur des soirées sur la côte méditerranéenne. Le meilleur (ou « la collision », comme le décrit Anthony) de deux mondes qui font battre le cœur d’une collection de tous les possibles.

Présenté dans une courte vidéo poétique qui sent bon l’évasion (Covid-19 oblige), le vestiaire Bluemarble de l’été prochain nous plonge gaiement dans l’univers de la contre-culture hippie qui a marqué les années 60. Les imprimés psychédéliques, presque ésotériques, aux couleurs chaudes du soleil couchant sur la Méditerranée dessinés par Marie Victoire de Bascher (fidèle collaboratrice de la marque) subliment des silhouettes amples et fonctionnelles qui relèvent, quant à elles, d’une forte influence des nineties. « J’ai grandi dans les années 90 et je m’inspire beaucoup de souvenirs et de personnes que j’ai rencontrées lors de mes voyages. J’ai eu la chance d’évoluer dans une famille multiculturelle entre la France et les États-Unis. Cette double culture me nourrit et enrichit mon travail. J’aime aussi m’habiller dans des styles assez différents. Tout ça est très éclectique dans ma tête ! », s’amuse Anthony.

Un vrai bouillon de mode parfaitement assumé qui se déguste en particulier dans les petits détails de la collection. Ici, des cordelettes donnent un effet froncé à un pull à capuche ample, créant un look crop top. Génial quand les Celsius montent en flèche et qu’on ne souhaite pas se dévêtir complètement. Et là, le logo et le nom de la marque tracés en lettres maximalistes et surmontés de strass rappellent le style aventureux propre aux années 2000. Paris Hilton avait décidément du nez. Sans oublier des impressions très inspirées par les premières heures de la culture du street art et du graffiti, née dans les quartiers populaires de New York dans les années 80.

N’en déplaise aux esprits obtus, il est tout bonnement impossible d’assigner une étiquette à Bluemarble, tant, saison après saison, les propositions varient et incluent des pièces allant du streetwear au sportswear, en passant par le loungewear, le workwear et le tailoring, accessoires inclus. Anthony Alvarez aime d’ailleurs rappeler que son inspiration est sans limite et que son processus de création se nourrit de ses multiples pérégrinations. Les touches d’originalité comme les boucles de pompiers en guise de boutons, l’incrustation de coquillages en broderie, les impressions zébrées fantasmagoriques et les badges originaux réalisés par le studio garantissent avec aplomb l’esprit DIY (« Do It Yourself ») et globe-trotter de la marque. Et Anthony de conclure : « L’homme Bluemarble est un nomade qui a un style effortless. Il a une certaine nonchalance piquée d’élégance. »

Peace & solidarité

Les restrictions en matière de mobilité dues au contexte sanitaire actuel n’ont pas empêché ce voyageur dans l’âme de s’évader. Les longues balades en forêt ou sur la plage ont certes remplacé l’excitation et la frénésie des halls d’aéroport bondés pour ce grand passionné de sports extrêmes, mais Anthony continue d’injecter un esprit d’aventure, de rencontre et de connexion entre les cultures dans son travail. Rien de surprenant quand on sait que, depuis ses débuts, Bluemarble se construit autour de valeurs de communautés humaines, de solidarité, d’inclusivité et d’écoresponsabilité, en maintenant des engagements forts et concrets. Pour sa première collection inspirée de la ville de Manille aux Philippines (pays de naissance du père d’Anthony), la marque avait d’ailleurs pris l’initiative de distribuer des lunettes à plus de 300 enfants en situation de précarité.

« La beauté de notre planète est une grande inspiration pour moi. Nos équipes vont toujours se challenger pour la protéger et participer à un développement durable. À travers nos choix de production, de tissus, et notre volonté de créer des vêtements qui durent longtemps, Bluemarble a constamment mis l’écoresponsabilité au cœur de sa création », partage le Franco-Philippin pour qui, garder une proximité géographique avec ses ateliers portugais et roumains reste essentiel. Ceci afin de s’assurer de la qualité de la production, de veiller au respect de ses engagements écologiques et de garder l’esprit fait-main qu’on retrouve dans chacune de ses collections. Comme pour beaucoup de créateur.rice.s, les confinements successifs ainsi que les règles de distanciation sociale ont boosté son imagination. Le parti pris de l’indépendance du label s’est ainsi confirmé, et de nombreuses pièces ont été réalisées dans les ateliers parisiens de la marque, lui permettant d’approvisionner à la fois le site Internet, les points de vente en ligne, et ceux en boutiques.

Good Vibes Only !

Quand Anthony Alvarez partage sa vision d’un monde idéal, il fait d’abord mention de « la mosaïque des cultures qui en ferait sa force. » Il croit aussi passionnément aux « séismes provoqués par la jeunesse citoyenne du monde qui propage ses ondes positives et réclame l’égalité et la liberté sans compromis. » Une vision remplie d’optimisme et d’espoir qui rassemble les utopistes de la contre-culture hippie d’hier et les rêveur.se.s visionnaires d’aujourd’hui autour de slogans intemporels qu’on retrouve sur certaines pièces de la saison estivale: « The future is bright » (« L’avenir est prometteur »), « Fiesta like there is no mañana » (« Faisons la fête comme si demain n’existait pas ») ou « Excuse me when I kiss the sky » (« Excuse-moi, j’embrasse le ciel »). Un flot exaltant de positivité qui donne envie de viser la Lune pour mieux toucher les étoiles. So please, don’t kill my vibe.

À retrouver sur leur site internet.

Article du numéro 50 « Rêver » par PK Douglas

 

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