GRAINE DE CRÉATEUR : DEUZ’ BRO

La broderie revient en force et devient urbaine. Anna et Christofer de Deuz’ Bro parcourent Paris et le monde entier pour égayer notre quotidien. Après avoir réalisé une oeuvre lors de l’évènement France Bonheur, Paulette a posé quelques questions à ces deux passionnés par l’art du fil.

 
Paulette : Pouvez vous vous présenter ?
Les Deuz’ Bro sont Anna X et Christofer X, deux jeunes passionnés par l’art du fil, le street art et l’anonymat !  Nous avons commencé pour le projet de fin d’études de DMA Arts Textiles (équivalent BTS) d’Anna, en Juin 2012. Son projet tournait autour de la broderie traditionnelle déplacée dans un milieu où il n’est pas généré : la rue. À la vue de son travail, je lui ai suggèré de poursuivre une partie de son projet avec moi. L’aventure a été lancée.
Nous avons fait notre première broderie sur les grilles à l’intérieur du jardin des Tuileries en septembre 2012, pendant la Paris Fashion Week et le salon Première Classe. Nous avons eu des retours très enthousiastes par les passants.
 
Deuz Bro ça veut dire quoi ?
Deuz’Bro vient de brodeuse en verlan ! On cherchait un nom de “crew” qui sonnait bien. Nous aimons aussi le jeu de mots avec “deux” et “bro”, brother (frère en anglais). Mais c’est aussi une façon amusante de nous donner un genre que nous n’avons pas. Au final, broder la rue équivaut à la dégrader comme le graff !

 
A mi chemin entre le street art et la broderie, comment qualifiez-vous votre travail ?
On préfère dire que nos réalisations sont à la fois un travail traditionnel qui vient de notre passion pour la broderie et aussi un travail de street artiste. On mélange une typographie “stylisée” en lien avec notre goût pour le design, l’art et le street art.
À la différence avec les yarnbombeurs (ndrl, le tricot-graffiti), nous essayons d’apporter une touche contemporaine à notre travail que ce soit par le choix des matières comme le tulle, la laine, des couleurs du fluo ou pastel. On fait attention à la typographie, au motif, à la taille de la réalisation et à l’endroit où il est exposé.   
 
Réaliser une oeuvre prend combien de temps ?
Le problème c’est qu’on ne peut pas le calculer. Notre méthode consiste à repérer les lieux en se baladant ou en utilisant GoogleMaps. Après on doit prendre les mesures, travailler le motif, la taille, les couleurs. Le tout en fonction du lieu, si c’est à Paris ou à l’étranger.
On brode sur place, directement sur la grille comme pour une installation éphémère. Si on est à l’étranger, on commence une partie du travail chez nous et après on l’installe. Pour notre plus grande broderie, près du Parc de la Villette, nous a pris 3 jours sans compter le temps de préparation !
 
Quel matériel et quelle quantité utilisez-vous pour réaliser une oeuvre ?
Pour nos créations extérieures, on utilise le tulle. Il est facile à couper et à manier. C’est souple et ne s’effiloche pas. La quantité varie d’une oeuvre à l’autre, cela peut aller de 10 à 50 m pour une oeuvre voire plus.  À la maison, ça sera plus le fil de laine classique, celui pour le tricot. Pour la couleur, elle est choisie en fonction du thème de la broderie et notre gamme colorée favorite. On retrouve souvent du fluo dans notre travail. On adore cette teinte.  

Comment vous choisissez les villes pour exposer vos broderies de rues ? Les maires, par exemple, vous contacte ?
On vit à Paris, du coup, on choisit Paris par facilité. Pour l’étranger, c’est plus en fonction de nos voyages personnels. On ne demande pas d’autorisation particulière pour broder dans la rue. On n’a jamais eu de problème sauf à Tokyo. Une personne nous a dénoncés à la police. On a dû retirer notre réalisation.
La plupart des gens sont ouverts à notre travail. On discute beaucoup avec le voisinage, les curieux. Ils trouvent qu’on enchante leur quotidien.  On travaille aussi pour des évènements. On a brodé dans des salles de concert, au Trabendo, à la grande Halle de la Villette et au Nuba en septembre pour France Bohneur.
 
C’est vraiment de l’art de rue “définitif” ou les oeuvres sont considérées comme une expo temporaire ?
Pour moi, notre intervention est plus comme un art de rue, éphémère qui est contraint à se dégrader au fil du temps qu’une volonté d’exposer notre talent. On est plus dans l’action que dans la démonstration. On veut laisser une trace dans un milieu que nous aimons.
 
Où sera la prochaine oeuvre ?
Peut être la Thaïlande et la Turquie !
 
Que sera deuz’bro dans deux ans …
Nous n’en avons pas la moindre idée ! J’ai terminé mes études, je bosse à côté. Anna, elle, aura à peine fini ses études. Mais j’espère que nous continuerons cette aventure !

 
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