GOLSHIFTEH FARAHANI, BELLE AMIE


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Sidi-Omar Alami pour Paulette
 
Pour son premier long-métrage, Louis Garrel a jeté son dévolu sur l’actrice franco-iranienne Golshifteh Farahani. Ses grands yeux noirs et son visage angélique vont mettre à l’épreuve les deux amis, incarnés par Vincent Macaigne et Louis Garrel.
 
Entre la Gare du Nord, un hôtel et une prison, ce trio va s’aventurer dans de longs sentiments moites, des déclarations sensibles et des questionnements infinis. Un film réussi, comme un Godard ou un Truffaut, qui nous a chamboulées. Discussion avec Golshifteh Farahani, le jour de son anniversaire, d’un pont iranien à un avenir parisien.
 
Paulette : Qu’est-ce que tu peux nous dire de Mona, ton personnage dans Les deux amis ?
Golshifteh : Mona, c’est un volcan. En elle se cachent un grand mystère, une tristesse et un secret. On voit de temps en temps que ce qu’elle cache sort d’elle-même, comme par exemple dans la scène où elle danse, on ne comprend pas ce qu’a cette fille. On découvre très vite sa vie en prison et cette liberté qu’elle prend avec les deux garçons qu’elle rencontre.
 
En parlant des deux garçons, comment s’est passé le tournage sachant que Louis Garrel était devant et derrière la caméra ?
C’était très particulier. Je n’avais jamais joué dans un film où le metteur en scène était acteur de son propre film. C’était difficile pour moi parce que Louis, en même temps qu’il jouait Abel, me regardait avec les yeux d’un réalisateur. En plus il a son caractère, parfois il peut être très angoissé, c’était très intense. Ça se ressent dans le film d’ailleurs. Mais bon, je savais que chaque scène tournée allait être vraiment bien.
 
“Avec Louis, nous avons le luxe d’être proches.”
 
Parlons des duos qui se forment, en amitié mais aussi en amour. Je crois savoir que vous avez beaucoup répété avant de tourner…
Oh oui, cela fait trois ans que l’on répète avec Louis ! Quand il a commencé à écrire, on faisait des lectures des scènes tout le temps. Dès qu’une scène changeait, on la lisait encore et encore, on se parlait. Avant le tournage, on a beaucoup répété et Louis voulait que je connaisse tout le scénario par cœur ! Pour moi, c’était exceptionnel.


 
Est-ce qu’il y avait une pression du fait que Les deux amis est le premier long-métrage de Louis Garrel ?
Pas forcément, en fait on avait le luxe d’être proches. On pouvait travailler sans se donner rendez-vous, l’ordinateur était partout. C’est sa manière de travailler aussi, Louis est très engagé, intensément pris dans tout ce qu’il entreprend. C’était quelque chose d’intuitif.
 
Qu’est-ce que l’on peut dire de la représentation de l’amour dans le film ?
Le film traite d’une rupture amicale, que l’on peut voir comme une danse entre l’amitié et l’amour. L’amitié change et devient une séparation alors que l’amour devient une amitié, notamment entre Clément (Vincent Macaigne) et Mona. Puis l’amour devient quelque chose se rapprochant de la haine, enfin ce n’est peut-être pas aussi fort mais c’est une rupture aussi d’une certaine manière.
 
Est-ce que tu partages cette vision très forte de l’amour et de l’amitié, presque destructrice ?
Pour moi ce film expose des gens et leurs sentiments, sans parler de problèmes graves. Finalement ce qui est dramatique est d’ordre sentimental, c’est aussi en cela que le film est vraiment français ! (Rires) Moi, j’aime ce regard, c’est léger et profond, grave et pas grave. Émouvant surtout. J’aime cette vision de l’amour enfantine et rêveuse qu’ont les deux garçons, tandis que c’est la fille qui vit quelque chose de vrai, de réel. Quelque part elle dirige le rêve des garçons et c’est beau.
 
“Chaque film est un mariage entre un réalisateur et son acteur.”
 
Tu as une filmographie assez audacieuse, éclectique. Qu’est-ce qui te pousse à choisir tel metteur en scène ou tel film ?
Je crois que c’est un mélange. Un film, c’est un arc-en-ciel d’arts différents. Un bon scénario est important mais s’il est entre les mains d’un mauvais metteur en scène, il peut devenir horrible. Je fais très attention aux sujets des films dans lesquels je joue. Quel est le message ? Qu’est-ce que l’on va ressentir après l’avoir vu ? Est-ce que le metteur en scène est assez intelligent pour rendre cette histoire belle ? Chaque film est un mariage entre un réalisateur et son acteur, cette relation est essentielle.
 
Comment es-tu devenue comédienne ? Au départ, tu as commencé par la musique…
Oui, je faisais de la musique. Je suis née dans une famille de théâtre et de cinéma et finalement, ils m’ont rattrapée. J’ai tourné mon premier film à 14 ans puis j’ai recommencé à 17 ans quand j’ai renoncé à continuer mes études. Aujourd’hui, le cinéma ne me laisse pas le temps de continuer à faire de la musique mais c’est en moi et parfois, dans les films, je joue d’un instrument, je chante, ça me suit.
 
“L’Iran c’est mon cœur, l’Iran, c’est moi.”
 
Tu es née en Iran, aujourd’hui tu vis à Paris. Quel regard portes-tu sur ton pays depuis la France ?
Je suis de près les décisions politiques qui vont être prises entre l’Iran et les États-Unis. Ça peut avoir un effet considérable sur tous les Iraniens, partout dans le monde. Quand je regarde l’Iran aujourd’hui, j’ai l’impression que je ne connais plus ce pays. Tout a changé, les rues, le vocabulaire, la façon dont les gens vivent… J’avais besoin d’entrer dans la société occidentale pour survivre, je ne peux plus garder un pied sur le bateau d’Iran et l’autre sur celui d’Europe, alors j’ai choisi le second. Mais tu sais, l’Iran c’est mon cœur, l’Iran, c’est moi.
 

Tu as posé nue en couverture du magazine Égoïste. Cette liberté d’exposer ton corps, tu ne l’avais pas avant en Iran ?
C’est très drôle, je dis toujours que la liberté que j’avais en Iran, je ne l’ai jamais ressentie nulle part ailleurs. En un sens j’étais plus libre en Iran qu’en France. C’est très contradictoire mais on a une autre façon d’être libre là-bas. En Orient, on vit le présent. Ici, le temps présent est perdu. Mais bon, en France, notre corps est libre, on a la liberté d’expression et d’opinion, on peut dire les choses. Mais est-ce que ça veut dire qu’à l’intérieur on est vraiment libre ? En Iran, je connais des gens qui ne peuvent pas réaliser les films qu’ils désirent, qui ne peuvent pas jouer la musique qu’ils veulent mais à l’intérieur d’eux-mêmes, ils sont tellement libres, plus libres que n’importe où !
 
Que penses-tu de la représentation des femmes dans les magazines ?
C’est bien comme question ! Quel bonheur de parler des femmes, j’en suis une et j’adore les femmes en général. Je crois que, malgré toutes les difficultés que l’on vit, c’est très beau d’être une fille. J’aime que les femmes soient sujets de désir et non objets. Je ne lis pas beaucoup de magazines mais lorsque l’on observe la mode et les publicités, les femmes sont des objets. Les gens n’ont pas envie de voir de femmes fortes. Cette image est moins séduisante…
 
Qu’est-ce qui te séduit chez les réalisateurs français ?
J’adore Michel Gondry, j’aime ses pensées, son cinéma. Tout autant que Jacques Audiard, son travail est très beau. Et là, je découvre le fait de jouer pour Christophe Honoré (dans Les malheurs de Sophie qui sortira en avril 2016, ndlr), c’est particulièrement agréable, il y a une douceur, une intelligence très belle. C’est comme miel et crème…
 
Quel est ton film culte ?
Je ne me lasse pas de Jules et Jim de Truffaut. En même temps, il y a tellement de films que j’aime. Le cinéma japonais des années 50 me bouleverse, c’est d’une telle beauté ! Il n’y a rien de plus beau de toute façon que de regarder des films dans la vie !
 
Qu’est-ce que tu écoutes en ce moment ?
Aujourd’hui, alors que l’on fait cette interview, c’est mon anniversaire… Alors hier soir, mes amies m’ont organisé une grande fête et l’on a pas mal écouté de musique marocaine. C’est parfait pour danser. Après, depuis que j’ai quitté l’Iran, ce n’est pas très important de fêter une année de plus.
 
Un mot aux Paulette pour conclure ?
C’est beau de lire de beaux magazines comme Paulette ! J’ai envie de vous dire de profiter du présent, d’oublier le futur, d’oublier aussi le passé.  

 
Les deux amis de et avec Louis Garrel, Golshifteh Farahani et Vincent Macaigne / Sortie le 23 septembre 2015.
 
> Une interview à retrouver également dans le numéro #JeSuisUneFilleSalopette, actuellement en kiosque.


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