GILDAS LOAEC, SACRÉ RENARD

Photos : Alice Moitié

Gildas Loaec, c’est la moitié du label pointu Kitsuné, fondé il y a plus de 10 ans avec son acolyte Masaya Kuroki. Un tandem créatif tous azimuts qui cartonne au-delà de la musique.


Paulette : Kitsuné vient d’ouvrir un café concept à Tokyo, au Japon, après une boutique à New York… vous êtes complètement mondialisés !
Gildas : La boutique à Tokyo s’appelle Maison Kitsuné, c’est un peu le réplica de la boutique de New York, où l’on peut trouver toutes nos pièces et nos collections. Et à côté, on a aussi ouvert un petit café, Café Kitsuné. Celui-ci est un peu plus japonisant dans le design. Mais comme on est aussi Parisiens, on a apporté un peu d’haussmannien. Tu sais, il faut s’intégrer !
 
Est-ce que tu veux me parler un peu de ton parcours, avant Kitsuné ?
Je viens du nord Finistère en Bretagne, où j’étais lié d’amitié avec un garçon qui s’appelle Loïc Prigent, qui est connu comme réalisateur de documentaires (sur Karl Lagerfeld récemment, ndlr.). On était au lycée ensemble, Loïc était toujours à fond, avec plein d’idées, plein d’écritures et on échangeait tous les deux. On avait même lancé un petit fanzine. Puis je l’ai suivi à Paris, j’ai ouvert un petit magasin de disques vinyles dans le 1er arrondissement, rue Bailleul. J’avais un peu moins de 20 ans et c’était en face d’un magasin un peu cool de l’époque, qui vendait des trucs de skate, c’était un peu le rendez-vous, tout le monde y venait. Et dans mes clients il y avait les Daft Punk qui commençaient tout juste. J’ai fini par habiter chez l’un d’entre eux, Guy-Manuel, qui m’a accueilli parce que c’est une âme charitable (rires). C’est comme ça que j’ai commencé à travailler avec eux, et je suis resté 15 ans ! C’est pendant cette période que j’ai appris le métier du disque, de l’image, le style, plein de choses comme ça. On a fait le tour du monde, les concerts, toute la grande épopée de la French touch. C’est durant un voyage au Japon avec eux que j’ai rencontré Masaya (Kuroki) qui est architecte. On a sympathisé, et on a commencé à réfléchir à lancer une marque, un truc un peu fun qui fonctionnerait au Japon et en France. On a fini par penser à un label de disques et une marque de vêtements, sous la même entité. C’est un peu ça la genèse. J’ai donc laissé les Daft Punk quand ils se sont installés à Los Angeles pour « Tron ».


Ça te plaît le vêtement ?

Oui, c’est cool. C’est moins enquiquinant, ça a moins d’états d’âme qu’un artiste. (rires). C’est genre, « Mets-toi là », il ne va pas bouger,  il va rester là, il ne va pas appeler à 3h du matin pour demander où en est son état de royauté, ou pourquoi son disque n’est pas à la Fnac… Enfin bref, c’est hyper passionnant. Ce qui nous intéresse avec Masaya c’est d’avoir deux challenges en soit, un vrai label de disques et une marque de vêtements. Ce qui nous intéresse c’est de développer une identité un peu forte, disons une marque, quelque chose qui a une résonnance, qui potentiellement peut avoir un certain affect, à laquelle les gens peuvent adhérer de manière générale. Ça fait des journées hyper variées, hyper riches. On est chanceux de pouvoir faire quelque chose un peu sur mesure, aussi bien sur les choix musicaux  que sur les dessins et sur les pièces qu’on produit. C’est challenging d’être à Paris aujourd’hui, de faire une marque de développer une entreprise et en même temps, d’être créatif, de faire de la DA, d’être en phase et à l’écoute de ce que les gens ont envie d’écouter demain.

 

Quand on regarde les tracklists des compils Kitsuné parues, c’est impressionnant le nombre de groupes que vous avez mis en avant, découverts…
Les compilations, c’est hyper intéressant. Il y a beaucoup de musique de partout, et on agit un peu comme un référent avec Kitsuné. On fait des playlists pour des gens qui vont se dire « Tiens, j’ai des amis qui viennent diner », et en même temps, on fait aussi le métier du disque, comme avec les Two Door Cinema Club, ou Citizens!, dont on fait les albums. Ces groupes passent à la radio, on les pousse, on les développe, on les accompagne le plus loin possible. Donc voilà, on a plusieurs métiers dans le métier du disque, on fait des compilations, et des albums. Là, on vient d’ailleur de sortir le dernier Is Tropical, qui colle pas mal avec votre thématique !
 
Si tu devais décrire la famille Kitsuné, les gens qui comptent pour le label, qui seraient-ils ?
Les Two Door Cinema Club, les Citizens!… Après il y a des artistes qui ont un peu changé la vie du label comme La Roux avec son premier single, qui a maintenant sa vie et qui reviendra sans doute un jour avec un nouvel album… il y a aussi Klaxons, dont on avait fait le premier single, Metronomy, qu’on avait mis sur plusieurs de nos compilations. On a nos petits gars aussi, comme les garçons Beataucue, Logo, qui sont aussi plus instrumentaux, plus radicaux, ils voyagent partout. Et puis bien sûr, on est proches de tous les grands de la French touch, que ce soit Phoenix ou Daft Punk, c’est une grande famille, ce sont des amis avec qui on échange. Et puis beaucoup d’artistes internationaux, dont on a fait des singles aussi, Mark Ronson, X-rays, Boys Noise, on a fait beaucoup de singles de beaucoup de gens, tout au début de leurs carrières.
 
“JE M’EN FOUS D’ETRE UNDERGROUND”


Toutes ces personnes que tu as citées sont extrêmement branchées : c’est une fierté pour toi que d’incarner la Hype ?
Ce qui nous intéresse c’est de se faire plaisir, et faire les choses bien. Ecoute Twoo Door Cinema Club, ce n’est pas des chansons compliquées, c’est facile, c’est catchy, c’est pop. C’est ça qui nous intéresse, trouver des chansons qui touchent les gens le plus loin possible, je m’en fous d’être underground. On ne fait pas des choses très compliquées, inaccessibles. On essaie de toucher le maximum de gens, c’est pour ça que l’on a accepté de faire la DA de la collection homme-femme de Petit Bateau.

Comment tu décrirais ton style de vie en tant que cofondateur de Kitsuné ?
Un très très bon style de vie ! J’essaye de dire non aux différentes sollicitations (rires) !


Paris, c’est ta ville de cœur ?

Oui carrément. J’habite à Paris, je suis papa de deux bébés et donc on habite ici avec ma femme. L’idée ce n’est pas non plus d’être parti tout le temps, au pire une semaine par mois. On va souvent en Asie avec Masaya, tous les mois ou tous les mois et demi, une zone importante pour nous en termes de développement, de business. Après comme on a ouvert à New York on y va de plus en plus, on va souvent à Londres aussi parce que tous nos groupes sont plus ou moins anglo-saxons.
 
Au niveau de la mode, c’est quoi le style Kitsuné ?
C’est du preppy parisien, des jolies coupes d’aujourd’hui, un peu fit, des belles matières. L’idée pour la suite c’est d’améliorer encore ma proposition de style, d’être plus radical, plus créatif encore, d’être plus marqué sur une identité.
 
Comment êtes-vous arrivés avec Masaya à la direction artistique de Petit Bateau ?
On avait déjà noué une relation avec Petit Bateau, avec qui on avait déjà travaillé sur une collection capsule de tee-shirts et plus récemment une marinière pour leurs 120 ans. On s’est bien entendu avec l’équipe avec le nouveau président Patrick Pergament. C’était sa volonté que d’aller plus appuyer le message sur les collections homme et femme et c’est là qu’on intervient avec Masaya. Il y a une pièce dont on est particulièrement fiers, c’est une doudoune en milleraies, leur matière n°1. Chez Petit Bateau, ils ont un vrai savoir-faire, c’est assez fou, donc on est très contents.
 
 
Pour finir, peux-tu partager ton dernier coup de cœur artistique made in France ?
Il y a nos amis de Cinéma, un groupe incarné par Calypso et Alexandre Chatelard, qui ont des supers chansons. C’est une sorte de Kavinsky au féminin au niveau de la prod’, un peu dark et en même temps, douce et mélodique. J’aime beaucoup, j’espère qu’ils continuent à travailler, et qu’ils vont faire des chansons avec tout ça. Faut qu’ils aillent sur la route, il faut qu’ils aillent trouver leur public mais c’est franchement un projet cool selon moi !
 
KISTUNE : COMPILATION AMERICA 2
Disponible depuis le 29 avril
En écoute sur Spotify

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