FESTIVAL D’AVIGNON : UBU ROI

Par notre envoyée Paulette au festival d’Avignon


"Ubu Roi", pièce scandaleuse à sa création, bénéficie d’un fort engouement depuis son entrée au répertoire de la Comédie française il y a trois ans. Et pour cause ! La satire grotesque et cruelle qu’elle propose de l’instrumentalisation du pouvoir à des fins narcissiques est tout à la fois réjouissante et d’une actualité étonnante.

 
Père Ubu, poussé par sa femme ambitieuse et manipulatrice, organise le meurtre du Roi de Pologne. Arrivé au pouvoir, il se révèle égoïste, cupide et sans pitié.  Il fait tuer les riches et les puissants et taxe le peuple de nouveaux impôts. Il finira déchu, trahi par ses sujets et par sa propre femme, mais prêt à se reconvertir en "Maître des phynances à Paris".
 
En s’emparant de cette pièce, Jean-Louis Crinon et sa troupe des Déménageurs associés ont choisi de rendre au grotesque et à l’absurde leurs lettres de noblesse. À partir de trois bouts de ficelle, la mise en scène ingénieuse et l’énergie phénoménale développée par les comédiens nous entraîne à toute allure dans cette farce déjantée, débordante, et bouffonne.
 
Le langage scénique est celui de la nourriture, car Ubu devenu Roi ne rêve que de ripailles, symboles de sa régression et de ses pulsions insatiables d’abondance. Un étal de boucher devient tour à tour trône, char d’attaque, catapulte, tribune. Ubu transforme littéralement les nobles en chair à saucisse, se bat avec des gourdins de charcuterie. Le tout sur des échos de musique militaire détournés et parodiés à grand renfort de flute, tambour, accordéon et roulements de tambour. 
 
Une des trouvailles de la mise en scène est d’avoir introduit les médias dans cette histoire : Ubu se filme lui-même, se met en scène dans l’exercice du pouvoir, rappelant nos dirigeants actuels de tous bords. Non content de jouir du pouvoir à l’excès, il s’auto-congratule et en fait un spectacle.
 
Ubu est excessif, bête, veule, lâche, et pourtant terriblement humain de par la dimension enfantine de ses désirs, sa spontanéité sans calcul. Il nous tend un miroir ravageur, et l’on ne peut s’empêcher de penser qu’en chacun de nous sommeille un monstre d’égoïsme, un despote, un dictateur. Bien malin celui qui peut prétendre se comporter dignement en accédant au pouvoir. En attendant, on a bien ri devant tant de méchanceté, et de fantaisie burlesque !
 
"Ubu Roi" d’Alfred Jarry par
Les Déménageurs associés
Du 7 au 28 juillet à 20h20
Au Théâtre des Lucioles,
10 rue du Rempart Saint-Lazare, 84000 Avignon
Pièce tout public
 
 
Partager sur :

Vous pourriez aimer...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *