FESTIVAL D’AVIGNON : LÉOPOLD M’ATTEND

De notre envoyée Paulette au festival d’Avignon


Une femme, seule, dans une chambre blanche, assise sur une chaise d’enfant, un vieux combiné sans fil à la main, répète avec insistance : "Allo Léopold ? Allo ? Vous m’entendez ? Allo Léopold ?"

 
Dès les premières secondes, Sophie Weiss instaure un univers étrange, onirique. Un monde où le temps s’est arrêté, alors qu’il est question d’attente, de réveil qui sonne et de rendez-vous à ne pas manquer. Mais on comprend d’emblée qu’il n’y aura personne, que l’autre ne viendra pas, et que l’on ne sortira pas de cette chambre.
 
Pourtant il y aura une rencontre. Car il s’agit bien là de sortir de soi-même pour accéder à l’autre, et du difficile chemin à parcourir pour y parvenir. C’est la marionnette, entre polochon personnifié et poupée de chiffon, qui sera l’objet transitionnel de cette relation. Parfois aimé comme un ami ou un amoureux, parfois négligé, rejeté, violenté comme un jouet sur lequel on se venge, le pantin permet à la jeune femme d’affronter ses désirs et ses peurs face à l’amour adulte.
 
La journée de cette femme commence par le réveil, et un jeu très drôle où la marionnette et le personnage se disputent la couverture. Puis c’est le rituel de la toilette, où le pantin de chiffon devient le prolongement de la comédienne, dans une confusion des limites du corps. Elle se maquille ensuite, mais comme une enfant qui joue à l’adulte, à la femme fatale, et la découverte d’un escarpin et d’une robe rouge sont l’occasion d’une danse syncopée à la fois hilarante et terrifiante.
 
La folie affleure tout le temps, et nous laisse voir une femme restée figée à un âge de l’enfance où pour une raison inconnue, elle a cessé de grandir. Mais au bout de ce parcours intime, il y a peut-être une lueur de clarté, un début d’apaisement, un premier pas pour lâcher les traumatismes de l’enfance.
 
C’est avec une immense délicatesse que Sophie Weiss parvient à nous livrer ce voyage intérieur. Dans cette pièce quasiment sans parole, chaque geste, chaque mouvement prend sens et la précision du langage corporel, loin d’enfermer la comédienne dans une forme, lui permet au contraire d’exprimer avec limpidité et engagement une large palette d’émotions et de situations.
 
Une des grandes forces de ce spectacle est de ne jamais expliquer, ou si peu, et de laisser le parcours de cette femme se construire par petites touches, sans que l’on sache vraiment ce qui tient de situations imaginaires ou de souvenirs revisités. L’humour est présent partout, sans forcer, juste inhérent à ces instants de vie. Les musiques de Christophe Seval se fondent parfaitement dans cet univers, fruits d’une complicité évidente entre les deux artistes.
 
Il se dégage au final une grande poésie, et l’on se prend d’une infinie tendresse pour ce personnage de femme en devenir qui vient nous toucher au plus profond avec autant de légèreté, finesse, et respect.
 
 

Léopold m’attend de et avec Sophie Weiss
Du 7 au 28 juillet à 16h15
À l’Atelier 44, 44 rue Thiers 84000 Avignon
Pièce tout public à partir de 10 ans

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