FEMMES À LUNETTES

  Caricaturées, vilipendées, outragées… les voilà libérées ! Les femmes à lunettes ne sont plus ce qu’elles ont (trop longtemps) été : au mieux,
la moche indigne de l’intérêt masculin, au pire,
l’objet de blagues graveleuses aux sous-entendus
moqueurs.
Richard Gotainer, Zébulon fantasque de la chanson française, en avait fait un tube dans les années ’80 (je vous parle d’un temps que les Paulette de moins de 20 ans ne peuvent pas connaître). Les femmes d’aujourd’hui n’ont plus honte d’avoir l’air de l’institutrice revêche qu’elles ne seront jamais ou de passer pour la salope qu’il leur arrive parfois d’être et osent porter leur accessoire en sublime étendard d’une mode sexy et inspirée.
 
Au commencement de mon imaginaire à moi il y avait Mademoiselle Jeanne. Une queue de cheval rousse, de jolies formes et une paire de lunettes immenses, indispensable atout charme de l’archiviste amoureuse de Gaston. Bon, il faut aussi reconnaître qu’elle est un peu nunuche la Jeannette quand même, à toujours trouver des excuses aux gaffes du plus anti des héros de BD… Mais elle représente surtout l’amour inavoué qu’on ose à peine dévoiler. Planquée derrière ses hublots, elle fleure bon la vraie fille de la vraie vie : une Paulette avant l’heure, lunettes à l’appui.
 
Mais les lunettes se font aussi gadgets, de ceux dont on n’a absolument pas besoin pour faire le point sur les Georges qui passent, mais seulement pour se donner un genre et prendre la posture travaillée de la Paulette que l’on n’est pas tout à fait. Citons ici pour exemples les brunes qui chaussent des montures pour encanailler leur personnage de maîtresse d’école vulgaire (non, je n’aime pas Charlotte Lebon, même si elle crée de très jolis sacs) ou les blondes, qui en portent pour acquérir une légitimité à mener des enquêtes criminelles (et là, ce n’est pas un Scoop : Woody A. loves Scarlett J.).
 
Il faut dire que les lunettes, c’est l’accessoire qui peut signifier tout et son contraire… Côté pile, la version Paulette-indignée, façon Audrey Pulvar, passionaria et journaliste, qui a choisi une paire de grosses montures bien voyantes, histoire de se labelliser "intello" et clouer le bec direct aux Georges qui voudraient mettre en doute sa capacité à raisonner. Côté face, la version Paulette-trop belle pour moi, qui, à l’instar d’une Carole Bouquet, intellectuelle revendiquée mâtinée de Madone italienne, défigure sa beauté trop parfaite à l’aide des verres épais de la myope assumée.
 
Et puis, il y a les lunettes qui font le look. Les lunettes tellement vintage qu’elles en sont avant-gardistes : que serait Brigitte sans les lunettes rondes gigantesques de Sylvie ? Les lunettes tellement associées à leur porteuse qu’elles en sont presque l’essence même : comment imaginer le Diable autrement qu’habillé en Prada et mordillant ses demi-lunes avec délectation au moment où il débite une vacherie bien sentie ?
 
N’empêche, la première qui en a fait pour moi un accessoire de charme et de sensualité, celle qui a su rendre les carreaux possiblement sexy, c’est la Romy des Choses de la Vie… Assise devant une machine à écrire, les cheveux négligemment relevés, la nuque offerte aux baisers de Piccoli, elle lui balance à travers sa monture en écailles un regard à tomber dont il est impossible de se relever.                                              

Et ce n’est pas mon Georges qui me contredira, lui qui n’aime rien tant que j’enfile les miennes pour mieux venir me déranger lorsque j’écris mes chroniques. Le potentiel de séduction d’une paire de lunettes est inversement proportionnel à l’idée que nous, chères Paulette, nous nous en faisons. Essayez, vous verrez !
 

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