FAUVE QUI PEUT !


Nous avons retrouvé Fauve au festival Tout un Foin, à Bayeux. Dehors, l’orage tonne et la pluie est diluvienne. Finalement, le concert n’aura même pas lieu : le site, inondé, sera évacué. Mais les Fauve sont là, de bonne humeur, contents de cette dernière date, qui clôt leur mini tournée estivale. Ils parlent à l’unisson et nous expliquent la création de leur label, à quel point tout va vite, et à quel point c’est chouette et perturbant.
On les avait déjà rencontrés en décembre, l’année dernière (interview à retrouver ici) ; maintenant ils ont grandi et appréhendent mieux ce qui est en train de leur arriver. Rencontre avec ces lionceaux bavards…
 
Paulette : L’engouement croissant pour vos chansons, le public qui connaît vos textes par cœur, ça vous fait quoi ?
Fauve : C’est surprenant, disproportionné par rapport au projet, mais c’est galvanisant. Ce n’est vraiment pas pour la reconnaissance qu’on fait de la musique mais c’est agréable de voir que ça parle aux gens. On reçoit énormément de soutien, il y a plein de monde qui partagent nos posts, nos statuts sur Facebook. Les gens sont derrière nous. Ça fait plaisir.
Il y a aussi un autre type d’engouement, où les gens, écoutant nos chansons, ressentent des trucs et se sentent aidés. Quand on nous le dit c’est hyper touchant. Ce sont les témoignages les plus inattendus. On commence à comprendre tout ça, mais on a du mal à se sentir légitime. On nous dit merci mais… on n’a pas l’impression d’avoir fait quoi que ce soit ! Fauve c’est un peu égoïste alors quand on nous remercie, c’est gênant. Ça nous touche énormément, mais c’est gênant.
 
"ON N’AIME PAS TELLEMENT QU’ON PARLE DE NOUS EN TANT QUE PHÉNOMÈNE"
 
Vous vous faites assez rares dans les médias, vous vous méfiez et refusez par exemple qu’on vous prenne en photos. Peur du buzz et de son aspect périssable ?
Il y a de la méfiance oui. On n’aime pas tellement qu’on parle de nous juste en tant que phénomène. Et on n’a pas non plus envie que notre couverture médiatique soit disproportionnée par rapport à notre projet. Quand on a seulement un EP, qu’on a seulement fait 15 concerts, ce n’est pas normal d’être en couverture de magazines, ou de passer à la télé ! C’est pour ça qu’on a refusé quelques trucs, on veut que tout reste mesuré et cohérent.

 
Être en tournée, sortir de ce quotidien que vous décriez, parfois, dans vos chansons, ça fait du bien ?
Carrément ! Ça fait des vacances, en quelque sorte. Quand on est à Paris, on a beaucoup de boulot, on tourne des clips, on bosse sur notre futur album, on a plein de trucs à faire et à organiser… Alors que quand on est dans d’autres villes, on a du temps, on rencontre la presse, les médias locaux entre les balances et le concert. Ça change de Paris, on s’évade et ça fait du bien. Partir rien qu’une semaine, ça nous fait un bien fou ! On découvre des endroits où on n’aurait surement jamais eu l’occasion d’aller sans Fauve. On a l’impression d’être ailleurs depuis un mois, on est comme des gamins dans notre bus !
 
"À LA BASE, FAUVE, C’EST ÉGOÏSTE"
 
Du coup, être sur scène et jouer pour un public, ça fait partie du concept de Fauve ?
Pas du tout non. À la base, Fauve c’est égoïste : on voulait être entre nous et faire des trucs pour aller mieux. Le live, ça nous aide dans la mesure où ça nous permet de casser la routine. D’ailleurs ça se voit sur scène : c’est bancal, ça nous ressemble. Mais au bout d’un moment, après avoir créé le projet Fauve, on s’est rendus compte qu’on avait envie d’aller le défendre sur scène. Comme on ne pouvait pas organiser des concerts dans toute la France parce qu’on n’avait aucuns contacts, un tourneur nous a aidés. On essaie de faire des petits festivals régionaux, ou alors d’être sur des petites scènes. On apprend encore à gérer notre live et tout ça, mais c’est cool.
 
La décision de créer votre label Fauve Corp pour sortir l’album, elle s’est imposée comme la  continuité logique de votre projet et de l’EP ? Ou est-ce une décision par défaut, face au manque de maisons de disques partageant vos convictions ?
C’est une décision réfléchie qui émane de la volonté de faire les choses nous-même. On a rencontré quelques cons mais surtout plein de gens supers, à la fois dans des petits labels et dans de grosses maisons de disques. Et malgré quelques hésitations, on s’est vite rendus compte qu’on voulait faire les choses nous-même, et ressentir la même satisfaction qu’en bossant sur l’EP. On veut garder une indépendance totale, sans aucuns compromis. Beaucoup de gens pensent qu’on est antisystème, mais c’est complètement faux. On n’est pas des anarchistes, on n’est pas des rebelles. On n’est pas indépendants à fond : on a un tourneur, et plein de gens qui nous aident là où on n’est pas compétents. Le système des maisons de disques, on ne lui reproche rien du tout. C’est juste qu’on a envie de faire les choses nous-même : ça nous ressemble et ça nous plait.
 

 
Ça ne vous fait pas peur de vous lancer là-dedans ? Faire un album, vous même, tous seuls ?
Si, c’est clair, ça fait peur. Mais on a appris de notre expérience avec l’EP : pour l’album, on va s’entourer de personnes qui ont des compétences qu’on n’a pas. On ne peut pas tout faire tous seuls. C’est vachement de taf. De façon purement pragmatique, ce n’est pas notre métier d’être au téléphone avec la Fnac tous les jours pour gérer les stocks, ou même d’aller livrer des caisses de disques en Clio ! Il y a plein de papiers, des trucs à gérer, qu’on ne sait pas faire. Et ça prend tellement de temps…  On a envie de faire de la musique avant tout. C’est pour ça qu’on va trouver des gens qui vont nous aider, au niveau de la production, de la distribution… On ne va pas acheter une machine pour graver des CD et la mettre dans nos chambres, ni investir dans un entrepôt pour ranger les albums… Mais la direction artistique, la promo, le marketing : tout ça on le garde pour nous !
 
On vous compare à Booba, par la force de vos textes. Il y a même un mix de votre chanson Nuits Fauves et de Boulbi. Vous en pensez quoi ?
C’est super drôle ! On a trouvé ça dommage que ce ne soit pas la vraie voix de Booba, mais celle de quelqu’un qui chante un peu comme nous. Dans le collectif, on n’aime pas tous Booba…mais c’est cool.
 
Un mot pour conclure ?
En tous cas, on a vraiment le sentiment d’être parmi nos semblables. Ceux qui viennent nous voir en concert, qui viennent nous parler, ce sont des personnes comme nous. On n’aurait pas imaginé toucher des gens au-delà de notre périmètre, on n’a pas fait exprès de les toucher. Ceux qui viennent nous voir, qui nous apprécient et nous écoutent sont hyper cool, des gens biens. C’est bienveillant, chaleureux, agréable, presque communautaire. Du coup c’est impressionnant au début mais c’est génial. C’est même fou. Donc changez rien, les gens.
 
 
FAUVE ≠ BLIZZARD EP

Site : FAUV≠E
 
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