FAKEAR, JEUNE JEDI DE L’ELECTRO

Fakear, est un jeune normand, qui s’exprime à travers une musique électro pleine de poésie et très influencée par ses voyages. Comme son confrère Superpoze, Théo, dit Fakear, a commencé pratiquer son art à Caen.

Déjà fort d’un large groupe de fans, le jeune homme électrise les foules par ses live envolés et dansants. À l’occasion de sa participation aux Inouïs du Printemps de Bourges, on le rencontre pour parler de son dernier EP, Dark Lands. Retour sur notre conversation, entre processus créatif et eczéma, Star Wars et Flume !

 
Paulette : Il y a eu une vraie évolution entre tes deux EP Morning in Japan, et Dark Lands. Est-ce lié à tes influences, qui ont changé ?
Fakear : Morning in Japan, c’est un EP orchestré comme une bulle. Tout y est axé autour du morceau Morning in Japan qui, d’ailleurs, a donné son nom à l’EP. Au contraire, Dark Lands est plus fait de morceaux à part entière, des entités propres, qui ouvrent chacun la porte d’un univers différent. Cette fois ci, il n’y a pas un morceau qui fait l’essence de tout l’EP.
Mon premier EP, je le considère comme mon premier contact avec un nouveau langage, celui de la musique assistée par ordinateur. J’ai commencé à comprendre de nouveaux codes, dans lesquels je me suis senti bien. Je me suis exprimé, grâce à ces thématiques japonisantes.
À travers l’EP Dark Lands, je sens que j’ai enfin réussi à apprivoiser ce nouveau langage, et à m’y exprimer de façon personnelle. Je suis passé complètement à autre chose, et du coup maintenant j’ose m’exprimer et faire des choses plus intimes.
 
 
Comment composes-tu un EP ? Est-ce que sa continuité et sa construction te viennent d’emblée ?
Je ne me fixe pas d’objectif en tant que tel, quand je commence à composer. Je m’y mets, chez moi, sur mon ordinateur, et au bout d’un moment je me retrouve avec vingt ou trente morceaux. En fonction de ce que j’ai envie de faire, je peux me décider à sortir un EP assez rapidement. Je recrée une continuité à partir des morceaux que j’ai composés. L’EP c’est un peu moins lourd, ça a une durée de vie plus limitée qu’un album. J’aime bien le fait que dans mes EP, chaque titres soient très aboutis, c’est-à-dire qu’ils puissent tous être considérés comme des singles.
Je pense que je vais passer à une étape au dessus assez bientôt. J’imagine un format un peu hybride, entre 8 et 10 titres pour l’été prochain.
 
As-tu eu une formation musicale ?
Je ne suis jamais allé au conservatoire, alors on ne peut pas dire que j’ai eu une formation classique. J’ai fait sept ans de solfège dans une école de musique, mais c’était bien plus relax qu’au conservatoire. Là je sors de deux ans de musicologie à la fac.
Je commence à avoir un bagage de théorie musicale assez lourd. Ça ne me sert pas vraiment pour composer mais plutôt dans le but de comprendre ce que je suis en train de faire. Avant, un accord était seulement  »joli » pour moi. Maintenant je comprends qu’il est le renversement de tel accord, par exemple.
 
Du coup, tu n’as pas toujours pratiqué l’électro ?
Non, avant j’avais un groupe de rock. J’ai une culture bien plus rock qu’électronique. D’ailleurs, je crois que ça se ressent dans mes morceau !… J’ai tendance à articuler mes morceaux sur le mode couplet / refrain / pont / couplet / refrain…
 
Tu penses que ça se ressent sur ton live, par exemple ?
Oui, j’ai une conception assez particulière du live. Pour moi, un concert d’électro, c’est comme n’importe quel concert. Je penche mes machines vers les gens pour qu’ils puissent voir que je joue vraiment, comme ils verraient les doigts d’un guitariste vraiment gratter les cordes de sa guitare. C’est une autre facette de ma musique.
Alors que Théo compose les morceaux, c’est Fakear qui les joue, sur scène. J’ai comme un personnage que j’incarne quand je donne des concerts. J’ai des vêtements différents pour le live (même si ils ne sont absolument pas originaux), et lorsque je les mets, je rentre dans la peau de Fakear. Lorsque je sors de scène, je prend une douche, je me change et je redeviens Théo. Ça fait du bien d’avoir cette deuxième identité, pour être protégé, pour que je reste moi même.
 
 
 
Comment est-ce que tu composes des morceaux ? Tu les crées à partir de rien, comme ça, ou est-ce que tu t’inspires d’autres artistes, de sons que tu as entendu ?
Avant, j’entendais des chansons qui me plaisaient énormément, et je m’en inspirais assez ouvertement. Maintenant je travaille différemment, de façon plus liée à mon intimité. Je me dédouble un peu: il y a Théo qui compose des morceaux, et Fakear qui les joue. Théo soumet ses idées, et c’est Fakear qui a le dernier mot. D’une certaine façon, ça me permet de me protéger et de créer de façon plus libre, d’utiliser ce langage. Mon processus créatif est un peu schizophrénique !…
 
Sur les pochettes de tes EP, on voit des paysages imposants, majestueux, et une sorte de transcendance. Est-ce une esthétique que tu as envie de développer ?
Oui, complètement. D’un côté, je sais que c’est déjà-vu, les pochettes de paysage avec des formes géométriques… Mais en même temps, j’aime réellement cette esthétique. Je voyage pas mal, en Europe, et j’aime la contemplation. J’aime me sentir petit, et j’ai envie de véhiculer ces émotions universelles, primaires et basiques, à travers ma musique. Je pars du principe que, d’accord, Paris est une ville géniale, mais ça fera toujours du bien de partir en vacances à la mer, ou de faire des randonnées dans la forêt. J’ai envie que lorsque l’on voit mes pochettes, on se dise que l’on va ressentir ce genre de choses.
 
Tu donnes pas mal de tes morceaux à ceux qui te suivent sur Facebook…
Oui, c’est important pour moi. Le truc dans la musique, c’est que lorsque tu sors quelque chose, tu sais pertinemment que ça va être craqué au maximum une semaine après. Et du coup, tout le monde pourra le trouver comme il le veut. Pour moi, vendre ma musique, ce n’est pas très important. Donc je donne parfois des chansons directement, histoire de dire aux gens que ça ne sert à rien qu’ils s’embêtent à le pirater. En plus, ça me met en lien direct avec mon public.
 
‘Vendre de la musique, ce n’est pas viable’
Mais ça n’a pas un côté idéaliste ?
Non… Je crois que vendre sa musique, ça n’est pas viable. Le piratage est devenu un réflex. Et de toute façon, ce n’est plus ça qui fait vivre dans la musique aujourd’hui. Pour vivre dans la musique, il faut faire des concerts, et avoir l’intermittence. On peut aussi avoir de l’argent grâce à la Sacem, avec les droits d’auteur.
 
La musique c’est vital pour toi. Tu te souviens de concerts, d’albums qui t’ont marqué ?
En fait, je ne sors pas énormément. J’ai vu Bonobo il y a quatre ans, pour la tournée de son album Black Sands à Jazz sous les pommiers, un petit festival à Coutances, dans la Manche.
C’était génial, j’ai pu le rencontrer après, c’était vraiment magique. J’ai aussi adoré son dernier album, The North Borders. Sinon, j’ai trouvé l’album de Flume très classe. Peut-être un peu  »nu » d’une certaine façon, mais très sensible. Tohubohu de Rone a aussi été une belle découverte.
En ce moment, j’écoute Cashmere Cat. J’aime les textures et l’ambiance ses chansons.
Pour moi, une bonne chanson, c’est un peu comme un bon film… Tu en sors avec un espèce de goût dans la bouche, un sentiment qui subsiste. Il faut du temps pour digérer la chanson et réussir à l’appréhender vraiment.
 
Tu as des exemples de films qui te font ressentir ça ?
Vol au-dessus d’un nid de coucou, par exemple, de Milos Forman ! Pendant deux heures, après être sorti du cinéma, je ressassai encore le film. J’ai vu Tel père, tel fils, récemment, de Hirozaku Koreeda. C’était très touchant, j’ai adoré.
Après, j’aime aussi les films divertissants et je suis un énorme fan de Star Wars ! C’est pas forcément un film très intellectuel, mais bon…
 

En même temps, Star Wars est assez sous-estimé…
Je suis complètement d’accord ! Je ne trouve même pas de mots pour décrire ce que je ressens pour ces films… L’univers étendu (ndlr : toutes les œuvres de George Lucas se passant dans le même contexte que Star Wars) c’est un imaginaire incroyable ! Ça a un côté extrêmement manichéen mais j’adore tout ce que ça représente. Le côté obscur, ce genre de culte de la personnalité, ça représente ce dans quoi je ne veux pas tomber quand je fais des concerts, par exemple.
 
Un mot aux Paulette qui ne te connaissaient pas encore ?
Je pense que pour appréhender ma musique, faut que tu joues le jeu. D’un côté, tu peux écouter mes chansons en soirée, un peu bourré, mais d’un autre côté, je pense que mes chansons ont plus leur place alors que tu es dans ton lit, dans ton bain, en travaillant. J’ai envie que mes chansons soient quelque chose d’immersif !
 

FAKEAR :: DARK LANDS (EP)
Nowadays Records
 
 
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