EXPO : MADAME GRÈS, LA SILENCIEUSE


Essayage d’un modèle Alix Barton sur mannequin par Mademoiselle Alix. © Boris Lipnitzki/Roger-Viollet

Paulette vous emmène au musée Bourdelle pour redécouvrir l’univers de la sculptrice de la haute couture, Madame Grès.

"Je voulais être sculpteur."
Installée dans l’adorable musée Bourdelle dans le 15e arrondissement de Paris, la rétrospective consacrée à Madame Grès se fond parmi les sculptures en marbre blanc du sculpteur. Il faut dire que pour Madame Grès, sculpture et couture sont finalement une seule et même chose : "Je voulais être sculpteur, disait-elle. Pour moi, c’est la même chose de travailler le tissu ou la pierre." Reconnaissable à ses drapés qui rappellent les vestales grecques, dont on a peine à identifier les fils et les coutures, le style Grès en impose. Mais cette perfection est loin d’être due au hasard. L’expo offre donc une sorte de dialogue entre Bourdelle et Grès, entre pierre et tissu.

 
Archives Grès. Robe du soir n°27 Hiver 1942 et robe de jour P/E 1943. Gouache et mine de plomb sur papier. Collection Galliera. Photo D.R.
Madame Alix 
Née Germaine Krebs, la future Madame Grès entre pour la première fois dans un atelier de couture en 1924 comme aide modéliste. Vers 1930, elle vend ses toiles et prototypes de modèles aux plus grands acheteurs de commissions travaillant pour l’Europe et les Etats-Unis. En 1933, celle que l’on surnomme désormais Mademoiselle Alix s’associe à Julie Barton pour ouvrir la maison Alix Barton. Très remarqué, le duo impose sa grammaire stylistique dès l’été 1933 avec une collection consistant en des drapés de silhouettes avec le moins de couture possible.

L’antique, c’est chic.
Très vite, Alix s’intéresse aux nouvelles matières tels que les jersey, mohair, satin ciré, crin de nylon qu’elle discipline à dessein. En 1934, elle ouvre sa propre maison au 83, rue du Faubourg Saint-Honoré où tout le gotha parisien se presse bientôt. Les costumes créés pour La Guerre de Troie n’aura pas lieu de Jean Giraudoux, pièce mise en scène par Louis Jouvet à l’Athénée en 1935, lui valent la consécration jusque dans Vogue Paris. 

Madame Grès
Juin 1940, Alix quitte Paris pour se réfugier en Haute-Garonne. De retour à Paris et avec l’aide du président de la Chambre syndicale de la couture, elle monte sa propre griffe, Madame Grès, qui s’ouvre en 1942. Ce nouveau nom est directement inspiré de celui de l’homme qu’elle épouse en 1937, l’artiste russe Serge Anatolievitch Czerefkow, dit Grès. Très perfectionniste voire austère, elle pousse ses créations vers le dépouillement le plus radical.

Eugène Rubin vers 1946. Madame Grès posant à côté de son modèle. © Eugène Rubin / FNAC / Centre national des arts plastiques – ministère de la Culture et de la Communication, Paris. – Archives Grès. Planche au stylo bille de la main de Madame Grès P/E 1956. Collection Galliera. Photo D.R.
 
Cabocharde.
Mais Madame est capable de surprendre, notamment lorsqu’elle décide de lancer son parfum en 1959, baptisé Cabochard. Un nom qui a priori ne lui ressemble pas : "Un tel nom pour un parfum ne convient peut-être pas, mais je l’aime parce qu’il me fait penser un peu à ce que je suis moi-même", dit-elle. La femme dans toutes ses contradictions, quoi !
 
Obsessionnelle, elle poussera jusque dans sa forme la plus radicale son style monacal en faisant fi des tendances : "La perfection est l’un des buts que je recherche. Pour qu’une robe puisse survivre d’une époque à la suivante, il faut qu’elle soit empreinte d’une extrême pureté. C’est là le grand secret de la surive d’une création." Tout est dit.

Grès, Robe de jour, printemps 1946. Jersey de laine vert. – Robe du soir, vers 1947. Fourreau à dos nu triangulaire. Jersey de soie noir. © Stéphane Piera / Galliera / Roger-Viollet

"Je ne suis pas descendue dans la rue, j’y suis montée."

Chez Madame Grès, la sensualité côtoie la chasteté sans jamais corseter les corps, ni les brimer. Prenant le contrepied de Coco, elle affirmait : "Je ne suis pas descendue dans la rue, j’y suis montée". C’est pourquoi ses créations demeurent un modèle d’élégance jusqu’à aujourd"hui.

Mais l’exposition rappelle combien le milieu l’a oubliée : après des années d’impayés, elle est rachetée par Berbard Tapie en 1984 qui la cède plus tard à Jacques Esterel avant d’être exclue de la Chambre syndicale de la couture. En 1987, après deux ans de loyer impayé, les trois étages de la maison sont vidés à la hâte, les mannequins tranchés à la hache et les toiles jetées à la poubelle. Madame Grès redevient Germaine Krebs et termine sa vie dans le plus grand dénuement en novembre 1993, oubliée de tous. Le Monde n’annoncera sa mort que le 14 décembre de l’année suivante dans un article intitulé "La mort confisquée de Madame Grès."





 
  MADAME GRÈS :: LA COUTURE À L’OEUVRE

Du 25 mars au 24 juillet 2011

Musée Bourdelle
16, rue Antoine Bourdelle – Paris 15e

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