EXPO : JEF AEROSOL

Photos, Hervé Photograff

Paulette a tenu à poser quelques questions au maître incontesté du pochoir Jef Aerosol, à l’occasion de son expo-carte blanche au Musée des Avelines à Saint-Cloud.


Paulette : Tu peins les hommes, les femmes, les enfants, connus ou inconnus, sur les murs des villes qui t’inspirent. Tu t’es créé un panthéon de visages et de silhouettes. Tu ne traces pas des portraits mais des icônes, pourquoi ?
Jef Aerosol : C’est vrai. Qu’il s’agisse de célébrités ou d’anonymes, ce sont des icônes. Le "portrait" implique que l’on connaisse bien le sujet que l’on brosse, qu’on l’explore. Je sélectionne, en effet, les images que je pochoirise et peins en fonction de leur valeur iconique ou iconographique. Elles ont valeur de symbole, elles synthétisent des éléments qui dépassent le "portrait" : lorsqu’il s’agit de célébrités, elles résument les influences qui m’ont nourri depuis toujours et quand je peins des inconnus, ils ne sont qu’archétypes d’une culture, d’un patrimoine, d’une catégorie sociale, ethnique ou générationnelle qu’il m’importe de pointer. Les stars que je montre appartiennent soit à la mémoire collective, soit à mon propre panthéon, elles me rapellent les posters qui saturaient les murs de ma chambre d’adolescent. J’ai juste élargi cet espace aux murs des cités que je visite ! Mais je fais peu de différence entre ces "idoles" et les anonymes que je peins : tous sont des êtres humains, miroirs de nous-mêmes, figés sur les murs des villes, regardés ou vus, certes, mais aussi spectateurs du bouillonnement urbain.

  
Pendant longtemps, tu as conjugué ton activité de peintre à celle de professeur. Cette flèche rouge qui accompagne souvent tes peintures n’est-elle pas la marque d’un certaine pédagogie ?
J’ai enseigné pendant longtemps, c’est exact, tout en menant ma carrière de plasticien et aussi celle de musicien. J’ai fini par donner ma démission à l’Education nationale pour devenir artiste à plein temps. Il est possible qu’il me reste quelques "séquelles", c’est fatal ! Mais je ne pense pas que la flèche rouge puisse être considérée comme telle. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, elle ne guide pas, elle n’impose pas le sens de la lecture ou la nature du regard. Je la considère davantage comme un lien avec la signalétique urbaine, géométrique, froide et violente. La flèche est une arme, rappelons-le, même lorsqu’elle est décochée par l’arc de Cupidon ! C’est avant tout un signe fort, un motif puissant et aussi une "marque de fabrique", une signature. Elle vient en contrepoint des courbes humaines et sensibles de mes personnages, elle ponctue et équlibre mes compositions, elle occupe une place graphique importante dans mes espaces.

 

La vidéo de la mise en place de l’expo
Réalisation, Louise Traon. Musique originale, Jef Aerosol. 
 
J’ai eu la chance de t’entendre jouer de la mandoline. Avant d’être peintre, tu es un musicien. Quelle est l’influence de la musique sur ta pratique d’artiste-peintre de rue ? 
La musique a toujours fait partie de ma vie, tout comme les images. Je ne suis pas musicien "avant" d’être peintre, j’ai commencé à dessiner et peindre quand j’étais tout gamin, et je n’ai eu ma première guitare qu’à l’âge de douze ans. Mais musique et images ont toujours été intimement liées dans ma vie. J’ai été bercé par la bande-son et le diaporama des années 60 et 70 (je suis né en 1957). Les années pop mixaient toutes les expressions pour créer ce qui constitua mon "air du temps"… Mon "musée" idéal se trouvait davantage dans ma collection de disques, dans les magazines et fanzines, dans les affiches de ciné et de concerts qu’au Louvre ou à la National Gallery !

Tu voyages beaucoup et laisse la trace de tes pochoirs aux quatre coins de la planète. J’ai eu la chance de te filmer en train de peindre sur la muraille de Chine. Tes oeuvres à l’étranger sont éphémères, papiers collés, peinture à la bombe. Aujourd’hui tu peins aussi dans ton atelier, sur des toiles que tu exposes dans des galeries. Comment travailles-tu entre ces deux univers ?
Les deux sont complémentaires. J’aime l’urgence de la rue, j’aime le fait qu’une oeuvre in situ poursuive sa vie au gré des intempéries, ou des arrachages, tags et nettoyages. J’aime offrir des images gratuites au passants, j’aime le don d’ubiquité que m’offre le pochoir de rue : être partout par peinture interposée ! Mais j’adore aussi le travail à l’atelier et l’élaboration d’expositions, installations ou évènements organisés. C’est un travail qui permet des recherches, qui autorise des explorations différentes, qui offre du temps pour fignoler, pour soigner les détails. Et puis, j’ait fait le choix de vivre de mon art et les expositions me permettent de gagner l’argent nécessaire à la liberté de faire le reste…
Jagger and Sitting Kid – Pochoir sur carton, 2008 © Jef Aérosol 

Tu connais ma fascination pour ton fameux Sittin’ kid, cet enfant assis dans la position du Belacqua, personnage de Dante, les bras croisés et la tête dans les genoux. C’est une figure de l’indolence et du découragement. Que représente cet enfant pour toi ? Pourquoi en avoir fait ta principale icône ?
 
Cet enfant représente ce que les gens voient en lui ! Je m’abstiens de trop expliciter les choses, car c’est un frein à l’interprétation que les gens en font. Ce "Sittin’ Kid" change en fonction du regard que l’on porte sur lui, de l’état d’esprit dans lequel on se trouve, du lieu dans lequel je le peins, du contexte social, ethnique, culturel, climatique… On peut le trouver désespéré ou juste rêveur, découragé ou plein d’espoir, avec les autres ou très seul… Cet enfant, c’est chacun de nous… 

JEF AEROSOL
Musée des Avelines
Saint-Cloud (92)

27 janvier – 30 avril 2011
Entrée libre

www.musee-saintcloud.fr
www.jefaerosol.com  
 

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