EXPO : CLAUDE DITYVON

© Claude Dityvon – Les Halles, 1967

Jusqu’au 30 janvier 2011, se tient à la Maison de la photographie Robert Doisneau de Gentilly une exposition consacrée à un photographe français peu connu : Claude Dityvon.
 
Les images de Claude Dityvon sont floues, folles et fabuleuses ; à la manière de Guillaume Apollinaire je dirais qu’elles "enchantent la matière", un enchantement du réel qu’on doit au regard magique, poétique et profondément humain de Dityvon.
Autodidacte, Claude Dityvon se met à la photographie en même temps qu’il arrive à Paris à la fin des années 60. Dès ses premiers reportages on sent la volonté de "toucher du regard" avec un style documentaire à la fois "obstiné et personnel" (Pierre Devin et Jean-Luc Monterosso). Il s’intéresse ainsi tant à la crise des bidonvilles et aux événements de mai 68, qu’au quotidien : des hors-champs, des à-côtés, des "non dits et des petits rien" comme l’écrit Vanessa Ortola. Il photographie ces temps faibles dont la richesse, la beauté, la profondeur sont révélées par l’image photographique même. C’est dans cette idée qu’il cofonde en 1972 l’agence Viva, coopérative de photographe dont le but affiché est de proposer, de façon encore plus radicale que l’agence Magnum, une photographie intelligente et sensible sur le monde (et pour Viva précisément sur la France). Pendant près de dix ans, Dityvon travaillera au sein de l’agence Viva à interroger le rapport de l’image et du visible pour sortir la photographie du carcan que représente l’enregistrement du scoop.
À la suite de la fermeture de l’agence Viva, Dityvon continue à photographier, notamment sur les plateaux de cinéma des tournages de Maurice Piala, Fernando Solanas ou Jacques Doillon. La photographie de Dityvon est, même avant ces expériences, très empreinte de l’esthétique cinématographique dans le traitement de la lumière, des mouvements, des sujets qui inscrivent paradoxalement un temps photographique : celui de l’image en train de se faire.
 
Instant magique où ce qui est donné
à voir se donne tout coup à vivre.
Instant magique où l’image fait corps.
Maryse Devin
 
Ce corps de l’image, Dityvon l’inscrit dans des flous et des compositions qui laissent entrevoir toute la fragilité de cet instant saisi. Les images de Dityvon mettent en lumière un présent en constant surgissement dans un passé en mouvement. L’image ainsi présentée comme une dialectique à l’arrêt, comme présent fulguré, permet de mettre en avant l’épaisseur temporelle de toute trace, elle matérialise l’idée, si chère à Georges Didi-Huberman, que "Le réel ne cesse jamais de "brûler l’image".
Les images de Dityvon inscrivent avant tout un temps : l’impossible captation d’un présent en apparition et disparition constante, un "cela est" qui nous brûle, nous arrête, nous provoque par la suspension qu’il implique, par notre engagement qu’il appelle.  
 
© Claude Dityvon – la SFAX, usine métallurgique, Chalon-sur-Saone, 1970

Exposition Claude Dityvon
Jusqu’au 30 janvier 2011

Maison de la photographie Robert Doisneau

Gentilly (94)
Plein tarif : 2 € / Demi tarif : 1 €

Accès : ici

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