EXPO : ANDRÉ KERTÉSZ

Nageur sous l’eau, Esztergom, 1917. Épreuve gélatino-argentique. Tirée dans les années 1980. BNF.

À

 l’occasion des 25 ans de sa disparition, le Jeu de Paume rend hommage à l’étonnant parcours du photographe d’origine hongroise, André Kertész.

Né à Budapest à la fin de l’avant-dernier siècle, André Kertész a marqué le siècle suivant et l’art de la photo d’une façon toute particulière, en inventant la photographie sentimentale : pur produit de ses rêves et non de la réalité seulement. Jeune homme, il commence par photographier les scènes de rues des villes et villages hongrois qu’il connaît bien. Son raffinement l’amène à traiter la photo comme "un petit livre de notes, un livre d’esquisses" selon son propre aveu.

Ces clichés hongrois, exposés sous la forme de tirages-contacts d’époque, sont autant de miniatures touchantes devant lesquelles on prend plaisir à se pencher, s’approcher pour les scruter à la loupe. Paysans harassés, enfants des rues, petits métiers, le visiteur devient le témoin d’instants captés à une époque bien révolue.

La première guerre mondiale dans laquelle il est enrôlé dès 1914 du côté austro-hongrois est le moment où André passe à la photo de nuit. Soldats roumains et turcs sont ses modèles d’infortune. Il tente également à cette période des expériences novatrices comme la déformation optique, avec son frère Jeno comme modèle. C’est lui le nageur qui brille sous les clapotis de l’eau et qui marquera l’histoire de la photo.
 

Plaque cassée, 1929. Épreuve tirée pour la première fois par André Kertész en 1964. Épreuve gélatino-argentique. Tirée dans les années 1970. Courtesy Attila Pocze, Vintage Galéria, Budapest, Hungary
En 1925, André arrive à Paris où il rejoint l’avant-garde de l’époque en faisant des portraits d’intellectuels et d’artistes connus originaux.

Ainsi immortalise t-il dans leurs intérieurs MondrianEisenstein, Calder, etc. Faute d’argent, il fait des tirages dits "cartes postales" de 9×14 cm de la capitale et de ses environs qu’il envoie à sa famille et amis. Celles-ci sont également exposées. Dans ses déambulations parisiennes, Kertész s’intéresse moins aux visages qu’aux ombres et indices d’une présence humaine, qu’il va décortiquer de manière de plus en plus radicale.

André Kertész, Distorsion n°41, 1933 [avec autoportrait d’André Kertész] Épreuve gélatino-argentique Tirage tardif Collection Maison Européenne de la Photographie, Paris.
Les années 30 marquées par la montée du fascisme sont en effet la période où Kerstész impose à ses photos des distorsions et des duplications, essentiellement de corps de femmes nues (une préférence pour les numéros 40/41/78). Sa photo devient métaphysique. Ces expériences suscitent l’incompréhension de ses pairs. Il en est fortement déprimé (paraît-il, c’est ce que j’ai pu capter de la visite guidée d’un groupe près de moi).

Ultra-complète, l’expo se poursuit à l’étage avec ses débuts dans l’agence VU et ses photo-reportages dans lesquels il continue de proposer son oeil sentimental. Puis vient sa période new-yorkaise qui accompagnera son art dans toute sa radicalité. Naturalisé américain en 1944, il ne photographie guère ses concitoyens mais s’obsède pour les escaliers en fer, les cheminées et les grattes-ciel de Manhattan. Et toujours les ombres, géantes et difformes. Et pas mal de pigeons aussi. Kertész, qui s’est toujours dépeint comme un éternel amateur, s’éteint en 1985. Le Jeu de Paume lui rend 25 ans plus tard un bien bel hommage.

Le clou de l’expo : les polaroids réalisés avec son SX-70 à New-York qui sont une dédicace à sa femme Elisabeth, décédée en 1977 et dont les clichés rappellent dans leurs distorsions son corps (la vision d’un buste de verre dans une vitrine sera le déclencheur de ce travail).

André Kertész

Jeu de Paume
1, place de la Concorde – Paris

Signes et écriture photographique 
25 janvier 2011, 19h 
Visite de l’exposition par un conférencier du Jeu de Paume.

Jusqu’au 6 février

Site

 

 

Partager sur :

Vous pourriez aimer...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *