EXPO : AMOS GITAÏ RETRACE LE TEMPS

Crédit photos, Fabrice Gousset

Le réalisateur israélien Amos Gitaï présente Traces au sous-sol du Palais de Tokyo, rendant hommage à son père architecte.

 
Le sous-sol du Palais de Tokyo, froid, immense et désolé, crée déjà l’ambiance. Pour Amos Gitaï, cinéaste de la mémoire, impossible de ne pas prendre en compte l’histoire du lieu, surtout lorsque l’on sait que c’est dans ces sous-sols qu’une partie des biens juifs spoliés y était stockée durant l’Occupation. Amos Gitaï est donc parti de l’architecture elle-même pour présenter Traces, remontant ainsi le fil de l’histoire de son père jugé par les nazis en 1933 avant d’être expulsé d’Allemagne.
 
L’installation est bruyante et chaotique. De grandes projections lèchent les murs de béton mal rafistolés d’où sortent des fils et des câbles. Les sons se superposent, brouillant ainsi l’effet "salle de cinéma" pour basculer du côté de l’art. De jour, la lumière vient manger certaines images projetées ; impossible de distinguer clairement, par exemple, cette captation de la campagne électorale du parti néofasciste MSI pour l’élection d’Alessandra Mussolini à la mairie de Naples en 1993 (où elle recueillera 47 \% des suffrages).
 
On peut trouver cela exaspérant ou sublime. Se dire qu’on n’est pas là pour "voir un film" mais plutôt pour en percevoir une sensation plus diffuse et globale. L’installation Traces se veut plus un discours sur l’architecture que sur le cinéma, une réflexion sur le souvenir plutôt qu’une enquête documentaire stricto sensu.
 
À l’entrée, Gitaï a accroché des documents d’archives qui retracent les études de son père, Muno Weinrob, à l’école du Bauhaus à Weimar. Juif, Munio (qui hébraïsera son nom en "Gitaï" peu avant sa mort en 1970) travaille dans l’atelier d’architecture de Mies van der Rohe, mais sera contraint de quitter l’école en 1932. Accusé de publication de tracts communistes, il est emprisonné en 1933 pour "trahison du peuple allemand et activités subversives" avant d’être expulsé vers la Suisse, qu’il quitte pour la Palestine en 1934.
 
"L’architecture est chargée de signification. Mon père, lui, avait été formé au Bauhaus, qui prônait une architecture fragile, minimaliste, pas du tout décorative", confiait Gitaï à l’AFP. "Ce n’est pas un hasard si le Bauhaus a été l’une des premières écoles à être fermée immédiatement après l’arrivée au pouvoir d’Hitler en 1933. Les nazis considéraient que ces formes modestes, modérées, humaines, constituaient une menace", ajoute-t-il.
 
En plein tournage de son film Lullaby to my father, Gitaï présente également plusieurs extraits inédits de celui-ci ainsi que quelques autres de son répertoire qui font écho à l’histoire de la guerre comme Free Zone (2005) avec Natalie Portman et Berlin Jerusalem (1989).
 
TRACES :: AMOS GITAÏ
Sous-sol du Palais de Tokyo                                       

Jusqu’au 17 avril 2011  

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