EXPÉRIENCE : X+

X+, Marylène Negro, 2010
 
X+ est le premier long métrage documentaire et expérimental de Marylène Negro, plasticienne et vidéaste.

Réalisé pour "Anonymes, USA", cycle de cinéma hors les murs du Bal, organisé par Nicole Brenez et Pascale Cassagnau, il sera projeté ce samedi 18 décembre à 11h dans la grande salle du Cinéma des cinéastes.

Avec X+, Marylène Negro assistée de Quentin Balpe, propose de plonger dans toute la densité de l’image documentaire, à l’aide d’un dispositif original qu’elle a mis en place pour ce film. Elle a créé une plateforme d’images constituée de dix films documentaires, proposés par Nicole Brenez. Ces dix films portent tous sur des moments fondamentaux de l’histoire des États-Unis dans les années 60-70 (marches antiracistes des noirs, guerre du Viêt-Nam, mouvement hippie, etc.). Marylène Negro les a empilés selon leur durée sous forme de demi pyramide, le plus long en constituant la base et le plus court le sommet. Ce dispositif lui est venu de l’impossibilité de faire des rapprochements de tous ces moments clés de l’histoire des États-Unis, d’où sa volonté de tout prendre, hors mis les génériques de début et de fin.

De cet ensemble naît ainsi une plateforme d’images superposées, travaillées dans leur opacité. De chacun de ces dix films, Marylène Negro s’est attachée à faire surgir en surimpression des moments précis, qui l’ont particulièrement touchée. Émergeant ainsi du chaos et de l’épaisseur de la plateforme des extraits qui se détachent et se refondent dans la masse d’images, permettant de monter en rythme et en fondu une histoire des États-Unis des années 60/70. L’histoire s’écrit alors par surgissements momentanés qui donnent au film sa puissance de projection, à la fabrique de l’histoire son aspect aléatoire et au spectateur son rôle de remonteur.

Avec sa structure si particulière, X+ est, en effet, un appel à l’acte documentaire quotidien, implacable et trop souvent oublié. Le film nous invite à voir et revoir des images qui inscrivent dans toute leur épaisseur un temps d’action : les images et les voix se chevauchent, nous laissant à nous, spectateurs, la liberté de nous impliquer dans cette proposition multiple. La trame visuelle que construit Marylène Negro déroule toute la profondeur d’une histoire individuelle et politique des États-Unis. Si, comme l’écrit Georges Didi-Huberman, "le réel ne cesse jamais de brûler les images", ici c’est ce frottement d’images, offertes dans leur transparence fragile et fugace, qui brûle le réel. Et cette brûlure réanime notre capacité d’investir des images documents.
Marylène Negro considère X+ comme une histoire qui se fait d’elle-même, dans un double déroulement linéaire et de stratification. Dans la chronologie de chaque film, elle puise en profondeur et extrait très librement des sondes géologiques. Ce choix entièrement subjectif révèle toute l’intimité sur laquelle repose notre mémoire commune. Dans cette approche singulière et l’attention particulière qu’elle donne à tous ces Anonymes, Marylène Negro fait de X+ un film quasiment autobiographique. Chacun de nous, spectateur, peut à son tour se perdre, se reconnaître, s’imaginer, se projeter.
Courez-y ! X+ est un film à voir, à revoir et à agir.
 

> Site de Marylène Negro 

> Site du

 


Cette chronique a pu être réalisée grâce à l’entretien et l’attention que m’a accordés Marylène Negro, grand merci !



 

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