EXCLU : RENCONTRE AVEC SALEM

Photos, Zulma Gonzales

Paulette a eu la primeur de rencontrer Salem à New York, en octobre dernier lors du festival CMJ. Il faut dire qu’elle les avait à l’oeil depuis un bout de temps (lire). Rencontre avec un groupe controversé et apathique.

Les gens se posent pas mal de questions à propos de Salem. Les journalistes tentent des interviews, Last.fm les adule, Pitchfork les décrit comme des pionniers d’un nouveau genre appelé drag ou witch house. Il faut dire que leur musique est très difficile à définir ; le groupe admet autant qu’il laisse faire. Depuis la sortie de leur album en septembre dernier (aux USA), tous les regards sont braqués sur eux, ce qui explique l’hystérie lors de leur montée sur scène, augmentée depuis l’infâme incident à SXSW.

Au final, leur performance a largement dépassé les autres, y compris celle de Marnie Stern le lendemain, et ce malgré les critiques – voire la haine – qu’il peuvent susciter chez certains. Vous pourrez en juger par vous-mêmes lors de leur concert aux Transmusicales de Rennes le 10 décembre prochain.

Paulette : Salut.
John : Salut, je m’appelle John Holland, je viens de Traverse City.
Heather : Et moi Heather Marlott, de Traverse City aussi.
Jack : Jack Donaghue, de Chicago.
 
Depuis quand votre son a-t-il commencé à exister ?
John : Depuis que l’on fait de la musique ça a toujours été comme ça, ça s’est développé pas mal, mais…
Jack : J’pense qu’aucune musique, enfin, qu’aucun d’entre nous a fait… J’veux dire, n’importe qui écoute notre son, il dira "D’où ça vient ?". Notre musique vient du même endroit, tous nos centres d’intérêts y sont regroupés maintenant.
 
On vous a décrit comme des rape gaze (musique/regard de violeur, ndlr) ?
Jack : Rape gaze ?
Heather : Si, c’était ce truc que Lauren a dit et après tout le monde lui en voulait à mort…
Jack : C’est qui Lauren ?
John : Elle était dans le groupe, Creep ?!!
Jack : Oh, j’sais pas…
  
Quelles sont les pires choses qu’on a pu dire sur votre musique ?
John : J’sais pas, j’fais pas trop attention à ça, donc j’sais pas…
Heather : Je pense que witch house était vraiment une expression stupide…
Jack : Wow, tu peux pas dire ça !
Heather : Si j’peux ! Tu sais, la meilleure description que j’ai entendue c’était "goga" (Girl on girl action, ndlr). J’ai pensé, "Ouais, c’est cool".
 

Est-ce que le terme witch house a une signification pour vous ?
John : Non. Enfin j’veux dire, on n’a rien contre ça, c’est juste que ça n’a pas de signification pour nous. Enfin pour moi.
Heather : Witch house, witches’ house ?
 
Voulez-vous décrire votre musique pour nous du coup ?
Heather : J’pense que c’est inutile ! C’est pareil avec les arts visuels – quand j’allais à l’école, c’était "Décrivez le parti pris esthétique de l’artiste", mais je n’essaie pas de créer à travers l’écriture, ce n’est pas mon medium. Pourquoi ne t’intéresses-tu pas à mon travail et après tu viens me voir pour me dire ce que tu en penses ? C’est la même chose pour la musique.
Jack : Ouais, c’est exactement ça. Quand quelqu’un nous demande "Qu’est-ce que c’est comme musique ?" j’ sais pas.. J’vais te graver un CD, j’sais pas comment décrire…
John : J’veux dire, qu’est-ce que les gens auraient à gagner de mettre des mots dessus ? On ne ressemble à personne, si tu aimes, tu aimes… Ce n’est pas si important – faire du rock, ça veut dire quoi ?
 
Vous avez travaillé longtemps sur votre album, King Night ?
Jack : Pas autant que pour composer tous les morceaux qui devaient être sur l’album.
 
Vous travailliez dans quel but alors ?
Jack : Des chansons on a tellement, ouais, on a choisi les morceaux qui figureraient sur l’album trois ans après les avoir écrits.
John : Pendant la préparation de l’album, on les choisissait et on les organisait mais… on ne travaillait pas vraiment dans cet objectif.
Jack : On fait de la musique tout le temps, c’est tout.
 
Vous êtes surpris de  votre popularité ?
Jack : Je n’ai jamais pensé à l’album en me disant que qu’il serait populaire, non.
Heather : Et je ne saurais même pas dire ce que c’est, un morceau populaire. Je ne sais pas.
 
Alors, dites-nous quel morceau est le plus réussi selon vous ?
John : Les morceaux que j’écoute, quoi… Je pense que j’écoute des chansons différentes de John parce qu’on a tous des morceaux, vous savez, qu’on écoutere en boucle… Je ne sais pas vraiment comment je pourrais évaluer ça, quel morceau est le pluq populaire… Non, j’sais pas.
 
Quand vous réalisez un morceau, vous y revenez souvent pour le retravailler, le modifier ?
Heather : Parfois ouais, c’est le cas.
Jack : Parfois on travaille sur un truc et peut-être un an après, on revient dessus et on le modifie.
John : Ou on prend un bout d’un morceau et on le réinjecte dans un autre morceau.
Heather : En fait, ça dépend de la façon dont ça sort.
 
Et les paroles, vous y réfléchissez beaucoup avant de les écrire ?
Heather : Je ne réfléchis jamais à ce que je vais écrire, je m’asseois juste et puis j’écris.
Jack : Pour un morceau de rap, ça depend à quoi je pense sur le moment, mais ouais, je crois que c’est un peu la même chose.
 
Si vous deviez inviter un rappeur sur l’un de vos morceaux ?
Jack : Je crois que j’aimerais plutôt produire des chansons – pour Waka Flocka Flame, Soulja boy, Tell’Em par exemple…
 
Quels sont les rappeurs que vous écoutez en ce moment ?
Jack : Lil’ B, The Joker…
John : J’aime beaucoup Twista, Heather aussi l’aime bien, c’est pas un petit nouveau, mais bon !
Jack : J’aime beaucoup ce qui se fait à Chicago, comme Crucial Conflict, Psychodrama.
 
Est-ce que vous faites le point sur vous-mêmes avant de choisir le sujet que vous allez aborder dans vos chansons ?
Jack : Avant qu’on se mette à l’envers? (rires)
 
(Rotant sa bière) Quand vous composez et écrivez les paroles d’une chanson, est-ce qu’il vous arrive de vous dire "Nan, on ne va pas dire ça quand même" ?
John : Non, on ne revient pas sur ce qu’on écrit.
Heather : On ne pense jamais à ça. Les gens n’arrêtent pas de nous le demander, mais on ne pense pas à la façon dont notre musique va être perçue, on compose les uns pour les autres.
Jack : Quand on a commencé à faire des live, on n’a même pas pensé ou essayé de mentir ou de changer les paroles parce que, en fait, on ne pense pas nos morceaux comme des trucs à présenter. Tout ce qu’on écrit, c’est juste des trucs auxquels on pensait quand on composait.
Heather : Quand on a besoin de faire une chanson, ça vient comme ça. Tu vois ?

Traduit de l’anglais par Emmanuel Cohen

SALEM :: King Night 
IAMSOUND Records 
Sortie française – 3 janvier 2011

Concert Transmusicales de Rennes
Vendredi 10 décembre
 
Site 


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