ÊTRE HEUREUSE SIGNIFIE-T-IL RESSENTIR LE BONHEUR H24 ?

Breaking news : non. Mais ça vaut quand même le coup de le rappeler.

2019 est centrée sur nos émotions. Leur identification, leur gestion, leur écoute. Un sentiment libérateur qui fait du bien, forcément, puisqu’on n’est plus obligé d’afficher un sourire radieux si en réalité, on a juste envie d’hurler dans sa tasse à café (quoi qu’on ne s’autorise pas ça non plus mais vous saisissez le concept). On accepte ce qu’on ressent, on le vit et on le laisse partir. Plutôt saine, comme méthode. Seulement la frontière entre l’osmose avec son soi intérieur et la prise de tête constante est fine comme un ticket de métro (l’objet, pas la coupe). Car à trop vouloir les analyser, on a parfois tendance à se perdre dans le flot de sensations et de sentiments qui nous submergent au quotidien. Et c’est peu dire.

Grosso modo, nos journées type se déroulent de la sorte : préparation matinale joyeuse, légère perte de confiance en soi à la vue du corps des influenceuses d’Instagram et de leur réussite étalée sur notre écran, trajet insupportable – et odorant – dans les transports, arrivée au bureau et retrouvailles avec nos collègues préférés, réu relou et certainement inutile, apéro très sympa, métro (encore), dodo (toujours). Et au milieu de tout ça, des petites joies, des micro-déceptions, des coups de blues et des moments d’euphorie. Alors quand on nous demande si on est heureuse, on a du mal à trouver la réponse immédiatement. On a bien l’impression que la balance penche plutôt vers le « oui » mais on compte aussi un bon nombre d’entre-deux que l’on associe clairement pas à l’épanouissement total. Ce qu’on essaie souvent de cerner, à tort, c’est si on passe nos semaines avec une béatitude inscrite sur notre visage à toute heure. Sauf que ce qu’on oublie, c’est que le bonheur n’a rien à voir avec un tas de fringues triées par Marie Kondo : on n’a pas forcément besoin que chaque moment nous emplisse de joie pour répondre par l’affirmative.

Pour étayer mon propos et ma positive attitude façon Lorie en 2004, j’ai décidé de m’atteler au test « Êtes-vous heureuse ? » de Psychologies Magazine. 25 questions réalisées par Philip Carter et Ken Russell, « spécialistes incontestés des tests psychotechniques et d’intelligence » selon leur maison d’édition (rassurant), qui détermineront sur quoi il faudrait vraiment se baser pour déceler notre état. Je n’allais pas être déçue. « Avez-vous parfois des frustrations par rapport aux autres ? », « Avez-vous envie de tout plaquer pour changer de vie ? », « Pensez-vous avoir une bonne étoile ? ». Jackpot, j’ai été adoubée comme « Très heureuse ». Et ce malgré les dix derniers jours à détester mon appartement et à pester contre l’irritabilité parisienne qui me manque dès que je quitte la ville – une histoire d’amour-haine qui ne passionnera personne si je la développe. C’est dire si Philip et Ken ont su lire dans mes pensées. Selon eux, le bonheur ne se mesure pas en points que l’on récolterait au fil de nos journées en comptabilisant nos instants d’allégresse et ceux moins joyeux. Il s’agit plutôt d’un état général.

En ce qui me concerne, je serais donc « très heureuse » car je suis, je cite, « satisfaite ». Ça sonne bof, mais apparemment c’est cool. Et comme précise le Larousse, le bonheur est en fait un « état de complète satisfaction ». Soit. « Pour être satisfaite, il faut être contente de ce que l’on a », affirme la page des résultats qui jusque là ne m’éblouit pas par sa profondeur. « Si vous êtes contente de votre sort, ne changez rien car plus de succès ne vous apportera pas nécessairement plus de bonheur, c’est même souvent le contraire. » Traduction : au lieu de chercher à avoir toujours davantage, regardez ce que vous possédez déjà et demandez-vous si cela ne vous suffit pas. « A trop attendre le ‘grand bonheur’, peut-être passons-nous à côté des petits plaisirs qu’apporte la vie, dont certains savent pourtant si bien jouir », poursuit le site.

Faire fi des tracas du quotidien s’ils sont minimes, accepter ses moments de doutes et de tristesse passagère s’ils ne sont pas dus à un traumatisme ou à un mal-être ancré, et se poser surtout cette question : est-ce que je suis heureuse d’être là où je suis actuellement ? Si la réponse est oui, on ne cherche plus, on a trouvé le bonheur. Sinon, il est toujours temps de faire les ajustements nécessaires et de prendre soin de soi en douceur jusqu’à ce que notre test Psychologies Magazine affiche aussi une dame qui saute en l’air sur un ponton devant l’horizon.

Alors bien sûr, personne n’est dupe, si quelque chose nous convient aujourd’hui cela ne veut pas dire que ce sera le cas toute notre vie pour autant. Il arrivera peut-être un jour où l’on voudra effectivement tout plaquer pour changer de vie et où l’on ressentira BEAUCOUP de frustrations par rapport aux autres. Mais chaque chose en son temps. En attendant, on a des potes à rejoindre pour l’apéro.

Article de Pauline Machado

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