ET SI ON MICROCULTIVAIT ?

 
Créé il y a moins d’un an, Microcultures fait appel aux bonnes volontés et aux amoureux de l’art pour financer les œuvres d’artistes sur un modèle économique d’un nouveau genre.

Outre la satisfaction de jouer les mécènes, les microcultivateurs qui ont investi dans un "panier" reçoivent de belles récompenses : cds, tee-shirts, sacs, concerts à la maison, etc. Les deux fondateurs, Jean-Charles Dufeu et Louis-Jean Teitelbaum, ont déjà permis à trois projets musicaux d’éclore (Phantom Buffalo, Tokyo/Overtones et Soltero) et ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin !

  
Paulette : Pouvez-vous nous présenter l’activité de Microcultures en quelques mots ?
Louis-Jean : Microcultures c’est une maison de production qui fait pour l’instant des disques et bientôt des livres et d’autres choses encore. Les internautes ont le choix de financer les projets qui leur tiennent à coeur, projets qui ne verraient pas forcément le jour autrement. Et ça donne une grande liberté pour la création de projets personnalisés.
 
Comment l’idée vous est-elle venue ?
Louis-Jean : En 2008, Jean-Charles a produit tout seul l’album de Soltero et s’est rendu compte que c’était possible de produire un disque dans les conditions assez artisanales d’un "label maison". De mon côté, je voyais qu’il y avait moins de ventes de disques, de plus en plus de numérique, et j’étais lassé par le format du CD, car je ne trouvais plus de beaux objets… Et puis j’avais découvert le site américain Kickstarter où, pour monter un projet, on peut demander des sous qui seront débités si une certaine somme est atteinte. En échange, les gens reçoivent une récompense. Il y a par exemple un groupe qui apporte des mojitos tous les vendredis chez les donateurs, un autre qui envoie une carte postale toutes les semaines. On y donne des petites sommes, et personnellement, je me voyais plutôt demander entre 10 et 100 euros en échange d’un bel objet.
 
 

Au-delà de la collecte des espèces sonnantes et trébuchantes, on a l’impression que vous faites plus que de récolter des fonds, vous êtes aussi une structure d’accompagnement ?
Jean-Charles : Oui, complètement. On essaie aussi de faire grossir la notoriété d’artistes qui ne sont, à nos yeux, pas assez reconnus. Ça passe par la diffusion et la commercialisation des disques, par l’organisation de concerts, par la promotion et par quelque chose de plus informel comme du management ou du conseil.
 
Vous avez produit un groupe français, Tokyo/Overtones, et des artistes américains, Soltero et Phantom Buffalo, comment les choisissez–vous ?
Jean-Charles : Il y a le côté coup de cœur, qui est central et essentiel. Soltero était dans mon carnet d’adresse depuis longtemps. Au départ, j’avais fait la chronique de son disque pour Popnews, et de fil en aiguille, on était entré en contact par mails, puis j’ai passé trois mois à Philadelphie où j’ai pu le rencontrer. D’habitude, on prospecte, mais il y a eu l’exception de Tokyo/Overtones qui nous ont contactés.
Louis-Jean : Pour Phantom Buffalo, c’est encore différent. Jean-Charles les a contacté parce qu’il s’étonnait de ne plus avoir de leurs nouvelles après leurs deux premiers albums… C’est donc des gens qu’on croise sur nos chemins, qui ont déjà un succès d’estime, mais n’arrivent pas à passer au cran d’après. On leur donne un coup de pouce pour rassembler leurs fans, on a besoin de 150-200 personnes pour faire un disque.
 
Pourquoi "Microcultures" ?
Jean-Charles : Microcultures est au pluriel parce qu’on veut ouvrir les perspectives et produire aussi d’autres formes artistiques. Il y a aussi l’idée de faire grandir la petite graine qui pousse.
Louis-Jean : C’est petit, c’est agile, c’est au pluriel et c’est vert. Il y a un côté "AMAP", ces lieux où les Parisiens achètent directement aux petits producteurs agricoles. On y crée un contact avec les gens et on y achète quelque chose de qualité, dont on connaît la provenance. Ça nous paraissait contemporain et même nécessaire : c’est frustrant en fait d’acheter un disque et de ne pas savoir ce qu’il y a derrière.
 
Concert privé de Phantom Buffalo dans un salon

Vous trouvez que, pour les auditeurs, financer un album, c’est aussi se responsabiliser par rapport à ce qu’ils écoutent ?
Louis-Jean : En fait, en proposant des paniers où par exemple, pour un euro, on a un fichier numérique, ou pour 20euros, un album et un t-shirt, on retourne la question. Ce n’est plus "Combien ça coûte" mais plutôt "Quel prix donnez-vous à la musique" ?
 
La collecte pour Soltero s’est finie début octobre, on peut faire un bilan ?
Louis-Jean : On a eu 130 donateurs et on a levé un peu plus de 5000 euros. Les microcultivateurs ont plutôt opté pour le panier à 40€ "CD et t-shirt", ils recevront une belle enveloppe chez eux. Il y a eu aussi 3 personnes qui ont pris le panier exceptionnel où Soltero a écrit une chanson spécialement pour eux.
 
Et l’avenir ?
Louis-Jean : Le prochain projet, un peu hybride, sera lancé sans doute le mois prochain et mêlera musique et vidéo. On s’est associé à la structure Cat(s)fight pour faire une compilation de chansons accompagnées de clips originaux conçus par différents réalisateurs. Et en 2012, on prévoit notre premier projet non musical qui sera un livre pop up pour enfants. À priori beaucoup de microcultivateurs et microcultivatrices ont été des enfants…

> Microcultures.fr

 
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