ESTELLE YOKA MOSSELY : « IL EXISTE POUR TOUS·TES QUELQUE CHOSE QUI NOUS CORRESPOND »

Estelle Yoka Mossely est championne olympique de boxe et championne du monde en poids légers. À 28 ans, elle est également maman et engagée contre les préjugés. Interview.

Estelle Yoka Mossely [habillée par la créatrice Lena Toya] - © Karim Foudil
Estelle Yoka Mossely [habillée par la créatrice Lena Toya] - © Karim Foudil

Après avoir gagné les Jeux Olympiques à Rio en 2016, Estelle Yoka Mossely a également remporté le titre de championne du monde de boxe en poids légers. Vendredi, elle a re-défendu « sa ceinture mondiale IBO » – et a gagné. On a eu la chance de l’interviewer après sa victoire, et aussi à l’occasion de la Journée Internationale des droits de la femme.

Bonjour Estelle ! Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?

J’ai commencé la boxe parce que j’avais envie de faire un sport de combat, après avoir fait d’autres sports assez différents. C’était d’abord un souhait de découvrir un nouvel univers, et puis j’ai continué parce que ça m’a beaucoup plu. J’ai été bien accueillie, j’avais le même traitement que tout le monde et c’était un peu ce qui me plaisait – il faut savoir que j’étais la seule fille de mon club à l’époque. L’engagement et la dureté de ce sport, aussi… C’est le premier sport dans lequel j’ai commencé les compétitions et ça m’a donné envie de continuer. À 17 ans, j’entre en équipe de France et je me qualifie en 2016 pour les Jeux Olympiques. Je remporte les Jeux Olympiques cette année-là. Je suis passée professionnelle en 2017, un an après les jeux et après mon premier enfant. J’ai eu un deuxième enfant il n’y a pas longtemps. Je viens aussi tout juste de re-défendre ma ceinture mondiale IBO, en boxe professionnelle.

Qu’est-ce que ça fait, d’avoir été sacrée championne du monde de boxe en poids légers ?

Ça fait toujours plaisir d’obtenir des titres et surtout quand on évolue dans un nouvel univers. Et il se trouve que la boxe professionnelle était un univers nouveau. Mais c’est assez différent de la boxe olympique, même si ça reste la même discipline. Le premier titre, quand je l’ai obtenu, j’ai eu l’impression de passer un cap dans ma carrière. Il faut savoir qu’en boxe, il y a plusieurs fédérations, avec plusieurs ceintures possibles à obtenir. Mon objectif ? C’est de réunifier les ceintures. Donc, lorsque j’aurai réunifié les ceintures, je pourrais enfin dire que je suis la première mondiale. Aujourd’hui, c’est une première étape et ce n’est pas encore l’aboutissement final, mais c’est une étape importante et indispensable pour avoir l’ascension que je souhaite.

Estelle Yoka Mossely [habillée par la créatrice Lena Toya] - © Karim Foudil
Estelle Yoka Mossely [habillée par la créatrice Lena Toya] - © Karim Foudil

Vous combattez les préjugés des femmes dans la boxe. En avez-vous vécu durant votre carrière ?

Je n’ai pas forcément rencontré de préjugé, ou en tout cas ça ne m’a pas plus marqué que ça. Mais ce sont des choses qui existent et je sais que d’autres athlètes en ont peut-être subi. Notamment à l’adolescence, où certaines filles arrêtent le sport car elles subissent des remarques, ou parce que leur corps change et qu’elles ont peur de le montrer. Il y a aussi certaines cases dans lesquelles on veut absolument mettre les gens… Voilà, l’idée de mon action « boxer les préjugés » de mon association, c’est tout simplement de dire que chaque personne est à sa place là où il pense être à sa place. Et qu’il existe pour tous·tes quelque chose qui lui correspond. Mais, pas qui lui correspond par rapport à ce qu’on aimerait voir de lui, mais qui lui correspond juste parce qu’il a envie, qu’il aime et qu’il se sent épanoui dans cette discipline. Donc « boxer les préjugés », c’est se dire qu’on est à sa place partout où on veut l’être.

Vous êtes championne du monde de boxe, maman, mais aussi engagée dans votre association. Comment arrivez-vous à allier toutes ces casquettes à la fois ?

J’arrive à avoir toutes ces casquettes à la fois en ayant envie. Je pense que la volonté, c’est la première chose. La deuxième et c’est une certitude, c’est le travail. Et puis, il faut être bien entourée aussi. Aujourd’hui, au sein de l’association, il y a une équipe qui s’est engagée avec moi, qui a vraiment envie que l’association grandisse et d’aider les sportifs. C’est indispensable d’avoir une bonne équipe pour mener les choses à bien, surtout quand on fait plusieurs choses à la fois. Côté maman, pareil, j’ai ma famille qui est là, qui me soutient et qui me permet de m’entraîner correctement. Et puis, la boxe c’est le travail. Tout ça, avec une bonne organisation pour la lier à mes autres activités. Mais c’est le travail qui donne les bonnes notes et qui permet de gagner mes combats.

Quel message souhaiteriez-vous faire passer ?

Je pense que c’est important de se sentir bien dans la discipline dans laquelle on veut évoluer. On ne nous attend pas forcément à une certaine place, mais la priorité c’est de se sentir bien soi et d’avoir envie de le faire. Et je pense qu’après, il n’y a pas de raison que les choses ne se fassent pas. Assumer ses choix, c’est une manière aussi de combattre justement les préjugés, ce genre de choses. Si j’ai un clin d’œil à faire, c’est de dire que Paris 2024 va nous montrer l’exemple, en mettant la parité homme-femme en avant lors des Jeux Olympiques. Et je pense que c’est une action symbolique et indispensable pour mener à bien nos différents combats.

Et nous, on a hâte de voir ça !

Article de Clémence Bouquerod

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