EN UN AN DE COVID, JE N’AI PEUT-ÊTRE PAS APPRIS À FAIRE DU PAIN, MAIS J’AI CHÉRI MES AMITIÉS

Alors qu'on repart pour un troisième auto-isolement, on réalise qu'à défaut d'avoir acquis de nouvelles compétences, on a renforcé des liens.

Le premier confinement a tout juste un an, c’est l’heure du bilan. Après 365 jours d’ascenseurs émotionnels et de galère, on se remémore avec nostalgie notre insouciance quand, 13 mois en arrière, on ignorait tout du coup de massue qu’on allait se prendre en pleine face. 

A l’époque, on pensait encore que les terrasses étaient acquises pour toujours, l’apéro indestructible et les clubs un endroit trop bondé, trop bruyant, trop chaud où on ne voudrait plus jamais mettre les pieds. « Danser dans un appart’, c’est quand même plus sympa, et ça pue pas la transpi », lançait-on jadis en engloutissant trois Doritos au fromage sur fond d’Aya Nakamura, intimement convaincue par ce qui résonne désormais comme un odieux mensonge.

Aujourd’hui, on vendrait notre mère pour une soirée à suer à côté d’inconnus dans la queue des toilettes du Memphis. Et notre père avec, si le DJ promet de passer une playlist spécial Johnny.

Côté santé mentale, on ne sait pas trop où se situer entre désespoir d’une situation qui s’éternise (ou vire Un jour sans fin, à vous de me dire) et espoir d’en sortir d’ici quelques semaines. Alors pour se changer les idées, beaucoup se concentrent sur ce que la période a pu avoir de « bon ». Ça passe, entre autres, par exposer les moult compétences qu’on a pu acquérir, les activités pour lesquelles on s’est soudainement pris d’une passion apaisante (ou flippante), et les anecdotes qui vont avec. 

Il y a eu la tendance du pain, du banana bread, l’apprentissage d’une nouvelle langue, les challenges Insta et TikTok, les humoristes qui ont percé, les sportif·ve·s qui se sont découvert un talent certain pour la danse, les pilates, le yoga, la course à pied. Ou toute discipline qui ne nécessitait pas de se tirer à plus d’1 km de chez soi.

Et il y a les autres. Les moins doué·e·s de leurs dix doigts. Comme moi.

Connexion pas si virtuelle

Après un peu plus de quatre mois à rester bloquée à la maison, et un couvre-feu qui n’en finit pas de casser l’ambiance, je me tape une liste plutôt nulle – littéralement – de choses apprises pendant la crise. Pas de pain, pas de banana bread, pas de niveau C1 en norvégien, pas de grandes prouesses athlétiques à déclarer. A part « survivre au mouche-bébé », honnêtement, je ne vois pas vraiment ce qui pourrait me sauver. 

D’ailleurs, j’en viens même à me demander ce que j’ai bien pu foutre de tout ce temps « libre », si ce n’est m’illustrer lamentablement en chien tête en bas (raté) devant des voisins probablement hilares. Ou me froisser un muscle en descendant trop bas en squat. Ah si, j’ai acheté un vélo d’appartement ! … que j’ai utilisé trois fois puis revendu sur leboncoin la semaine dernière, 20 euros moins cher. Parlez d’une affaire. 

Le seul truc que j’ai pu maîtriser à la perfection, quand j’y réfléchis, c’est les longues heures d’appels avec mes ami·e·s. Ces conversations en duo ou à plusieurs que, pour le coup, je n’ai jamais loupé.

A base de sessions connectées bi-hebdomadaires qui ont rapidement fait office d’un exutoire salutaire (rappelant également les meilleures séquences d’appels à trois dans Lizzie McGuire – reste à savoir qui est Gordo), on s’est raconté nos vies pas palpitantes pour un sou. On s’est soutenu·e·s pendant nos moments de déprime, projeté·e·s dans un futur plein de liberté, inquiété·e·s pour les proches de proches qui, apprenait-on, venaient d’être contaminé·e·s ou hospitalisé·e·s. 

Lizzie McGuire © Disney

Au-delà de se donner des nouvelles en fait, on a vécu tout ça ensemble, à distance. On a resserré des liens qu’on croyait déjà très forts, trépigné d’impatience à l’idée de se revoir. On s’est dit plein de mots d’amour, injectant une douceur nécessaire dans nos rapports qui, s’ils n’en manquaient pas forcément, en sortent aujourd’hui grandis. 

Il y en a qu’on a perdu de vue, aussi. Un peu comme à chaque grosse étape de vie. Le signe qu’on change, qu’on évolue, qu’on sait ce qu’on veut et ce qu’on ne veut plus. Qu’il y a celles et ceux qui passent, et celles et ceux qui sont là pour rester et tout traverser. Qui méritent une attention toute particulière tant ils·elles n’ont pas craqué sous le poids de notre (d’accord, ma) complainte légendaire. Et nous ont appris beaucoup plus sur soi que ce qu’on aurait pu imaginer. 

Finalement, en 2021, je ne suis sûrement pas meilleure en cuisine, en sport, en activités manuelles ou artistiques en tout genre. Mais je pense me rendre un peu mieux compte de la valeur inestimable de ces personnes qui m’entourent chaque jour. De ce qu’elles m’apportent, et de ce que je veux moi aussi leur apporter. Et puis, l’avantage, c’est que certaines d’entre elles font des gâteaux à tomber.

Une chronique de Pauline Machado

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