ELLE S’APPELAIT FRANÇOISE…


Photos de la cérémonie par Sébastien Vincent pour Paulette Magazine

C’est une femme de tous les combats : intellectuelle, ministre, journaliste, mère, grâce à elle, le portrait en presse n’a plus de secrets, elle l’a amené en France. Elle a créé l’Express, ce magazine encore aujourd’hui en kiosque, elle a été la première plume féminine à devenir script en cinéma, aux côté de Jacques Becker, Jean Renoir ou Marc Allégret. Ce ”elle”, c’est Françoise Giroud. Si vous ne la connaissez pas encore, ou peu, c’est le moment de mieux la connaître, et si je vous écris aujourd’hui, c’est un peu – et surtout – grâce à elle.

>Le prix Françoise Giroud
De nom, Françoise Giroud parle. Des mots, Françoise Giroud en parle. Sa biographie Histoire d’une femme libre, découverte 9 ans après sa mort en 2012, résume ce qu’il s’est déroulé devant ses yeux, à travers son esprit, le temps d’une vie. C’est une grande femme et un prix à son nom existe depuis deux ans pour récompenser le meilleur portrait en presse écrite et en presse audiovisuelle d’un ou d’une journaliste. Sa fille, Caroline Eliacheff chapote la cérémonie, avec classe et sourire. Car c’est bien ce sourire sur le visage de Françoise Giroud qui reste en tête, tout au long de la soirée. Un documentaire lui rend hommage, sans en faire trop ni trop peu, de Dominique Gros sur la base d’un autoportrait, bientôt diffusé sur France 3. On apprend avec finesse et délicatesse quelle femme politique était Françoise Giroud, mère de deux enfants dont un mort dans un accident de ski. Une femme aux cheveux courts, le regard doux, les mots finement choisis, la tenue élégante et chic. Ses crédos en journalisme sont des conseils à tous ceux et celles désireux d’exercer ce métier ou de s’y maintenir :

” Un papier, une idée”, “ Inutile d’avoir du talent à la cinquième ligne si le lecteur ne vous suit plus à la quatrième “.

Avec une telle plume, elle n’avait aucune faiblesse.

>Amoureuse des mots, amoureuse des hommes
Sa fille est psychanalyste, le métier que Françoise Giroud aurait aimé exercer si elle n’avait pas été journaliste. Avant de rencontrer son premier mari, elle n’a pour modèle que son père, autoritaire, embourbé en politique, elle ne s’en détachera que très longtemps après ses déboires amoureux en suivant une psychanalyse et Lacan. Françoise Giroud a su coordonner amour de la presse et amour tout court, en vivant une passion dévorante pour Jean-Jacques Servan-Schreiber avec qui elle créé l’Express. Il va lui briser le cœur. Mais pas son talent, loin de là…

>Quand la politique fait bonne presse
Ce que Françoise n’aimait pas ? Qu’on lui dise qu’elle est du troisième âge. La vieillesse, le sentiment de ne plus être celle qu’elle est réellement, indémodable jeune plume et jeune femme au sourire toujours radieux, aux idées fixes et modernes. Françoise a 58 ans, elle est la 4ème femme nommée à l’Elysée comme secrétaire d’état à la condition féminine, puis à la culture. Son nom de Lea France Gourdji à Françoise Giroud ne sera pas le seul changement et bouleversement de sa vie. La guerre d’Algérie, la guerre d’Indochine, la pilule, le droit à l’avortement, la crise de la presse, Françoise Giroud a tout traversé. Elle devient le modèle d’une génération et elle reste encore aujourd’hui une femme à suivre, une femme d’inspiration pour les jeunes femmes que nous sommes.
 
Caroline Eliacheff, sa fille, à une question qui lui est posée en fin de cérémonie se permet de répondre, délicatement : « Ma mère aimerait que l’on garde d’elle cette image de femme belle et souriante”

Françoise était belle, Giroud était bluffante.
 
>Françoise Giroud en  6 dates :
21 septembre 1916 : naissance à Lausanne
1945-1953 : Directrice de rédaction pour ELLE
1953 : Fondation de l’Express avec Jean-Jacques Servan-Schreiber
Juillet 1974 et août 1976 : secrétaire d’état à la condition féminine
De 1976 à mars 1977 : secrétaire d’état à la culture
19 janvier 2003 : mort à l’hôpital américain de Paris à Neuilly-sur-seine
 
>Le Prix Françoise Giroud a eu lieu le 30 janvier 2014 et a récompensé Mathieu PALAIN pour le meilleur portrait journalistique, pour Madhiedine Mekhissi Au-delà des barrirères, Libération le Mag
 
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