ED BANGER, 10 ANS DE SUCCÈS

Photos de Sébastien Vincent pour Paulette Magazine

Le créateur d’Ed Banger Pedro Winter et son directeur artistique So Me (Bertrand), nous ont reçus dans leurs locaux du XVIII arrondissement de Paris. Ils sont revenus sur dix ans d’artistes, de musique et… de folles soirées. C’est parti !

 
Paulette : Ed Banger fête ses 10 ans, comment tout a commencé ?
Pedro Winter : Ça a commencé par un accident, une rencontre plutôt, avec un artiste qui s’appelle Mister Flash. C’est le premier artiste que j’ai signé sur le label. Le matin je me suis levé, je ne savais pas du tout que j’allais monter un label et en fait, j’ai écouté sa musique et ça m’a plu. À l’époque, il cherchait un manager, moi ça ne m’intéressait plus trop de manager les gens (Pedro était alors manager de Daft Punk, ndlr). Je lui ai dit que j’allais sortir son disque et c’est comme ça que tout a commencé. On s’est assis autour d’une table avec Bertrand (alias So Me) et DJ Mehdi. C’est d’ailleurs DJ Mehdi qui a pondu le nom de Ed Banger Records.
 
"JE SUIS LES OREILLES DU LABEL ET SO ME LES MAINS"
 
So Me, Pedro Winter, comment bosse votre duo, comment vous répartissez vous le travail ?
Pedro Winter : Je fais tout et lui, il est là sur les photos ! Non, on se répartit le travail assez naturellement. J’aime dire que je suis les oreilles du label et So Me les mains ! En fait, c’est bien plus que ça. Je n’ai pas son talent, heureusement qu’il est là pour mettre en images les quelques idées que j’ai mais surtout, jusqu’à présent, toutes les propositions de Bertrand étaient parfaites, elles correspondaient exactement à ce dont je rêvais. On est devenus amis, en plus de ce travail de direction artistique, So Me donne son avis sur la musique, le concept, la direction. C’est un truc collégial.
 
So Me : On s’est rencontrés dans une soirée rap, un pote à moi jouait, il passait des disques. Je n’avais encore rien fait en tant que graphiste, enfin juste un bouquin qui venait de sortir, j’avais le livre dans la main, et Pedro que je ne connaissais pas le voit, il me dit "Ah j’aime bien, je cherche quelqu’un pour faire mon site internet, tu veux passer au bureau ?".  Je suis passé, ici même d’ailleurs, et depuis, on n’a jamais cessé de travailler ensemble.

 
Pour les 10 ans d’Ed Banger, on se lance dans un petit jeu… 10 ans, 10 noms, 10 réactions. Daft Punk ?
Pedro Winter : C’était la meilleure école du monde ! Ils ne font pas partie d’Ed Banger mais effectivement ils m’ont permis de faire ce qu’on a fait jusqu’aujourd’hui. J’ai beaucoup appris avec eux, je leur dois beaucoup.
 
Sebastian ?
So Me : hygiène un peu douteuse. Grand talent… (Rires).
Pedro Winter : C’est le Ian Curtis d’Ed Banger, je ne lui souhaite absolument pas la même fin ! Il est arrivé dans le label avec son personnage en retrait, assez mystérieux, froid et je trouve qu’il l’entretient bien. J’aime bien l’idée de cette petite touche sombre dans l’éventail de propositions que l’on a, parmi tous les artistes.

 
Uffie ?
Pedro Winter : SDF.
So Me : LSD… (Rires). Uffie, on ne travaille plus avec elle. On a partagé un bon moment musical avec elle, depuis elle a pris un autre chemin, on s’est serrés la main et voilà…
Pedro Winter : C’était cool d’avoir une fille au sein du label, c’était très cool pour elle de se retrouver avec 12 grands frères. C’était une position assez agréable pour elle car parmi ces 12 grands frères, il y avait Sebastian, Mr. Oizo, Feadz et Mirwais, qui lui ont produit son disque. Je suis très fier du résultat du disque, maintenant je suis un peu déçu, j’en prends la responsabilité parce que c’est moi le patron, mais c’était un moment où elle était entourée par d’autres personnes, on n’avait pas du tout la même vision ou la même manière de faire. Notre projet était complétement foufou, pas calculé et spontané, d’un coup c’est devenu une véritable ambition pop. Ce n’était pas le bon choix, la preuve en est qu’on a arrêté de travailler ensemble il y a un peu plus d’un an.
 
Pourquoi il n’y a pas beaucoup de filles dans ce label Ed Banger ? L’électro, c’est plutôt un domaine masculin ?
So Me : C’est plus lié au hasard, aux rencontres. Parmi les artistes, il n’y avait qu’une fille, mais pour Ed Banger, une autre fille compte énormément, c’est le bras droit de Pedro, Amandine. Elle représente une partie immense d’Ed Banger, c’est une fille donc elle insuffle une féminité à notre bande.
 
"ON FÊTE LES 10 ANS DU LABEL MAIS AUSSI LES 10 ANS DE JUSTICE.
J’EN TIRE UNE CERTAINE FIERTE !"
 
Ok, on continue :Justice ?
Pedro Winter : Justice c’est une belle rencontre, ce qui est cool c’est qu’on fête les 10 ans du label mais aussi les 10 ans de Justice. C’est beau de voir ce qu’ils ont accompli, ils font partie du top 10 des groupes électroniques mondiaux. J’en tire une certaine fierté ! C’est tellement la deuxième ou troisième plus belle rencontre musicale de ma vie, après Daft Punk et Mehdi. Pour l’anecdote, on l’a répété 100 000 fois mais le coup de la raclette, c’est drôle. Les gens vont croire que l’on romantise le truc ! So Me passe au bureau, il dit "ce soir je vais manger chez des potes, une raclette", je l’ai attrapé et je lui ai dis "incruste-moi". Pas de connotation de rencontrer un groupe… On a mangé du fromage fondu délicieux, on a écouté ce morceau, Never be alone, et effectivement, n’importe quel être humain normalement constitué se rend compte qu’il y a quelque chose ! Sans dire c’est un tube, le morceau était frais, ça m’a plu. Deux semaines après on a joué au Pulp, un mois après on a sorti un disque ! 10 ans après, les mecs ne me parlent plus que par avocats… (Rires).

 
So Me ?
Pedro Winter : C’est la plus belle rencontre de ma vie…
So Me : …visuelle !
Pedro Winter : voilà, de ma vie visuelle ! Les meilleures anecdotes, elles seront compilées dans le livre à venir, Travail Famille Party, un livre que l’on édite à l’occasion des 10 ans, un livre 100\% créé par Bertrand. J’aime bien le contre-pied où l’on va s’attendre à une compilation de pochettes, de graphisme ou de flyers alors qu’en fait, c’est un livre uniquement de photographies. Il sort mi-mars.
So Me : Des photographies que j’ai prises pendant mon parcours de ces 10 dernières années, un parcours Ed Banger, c’est grâce au label que j’ai voyagé, rencontré des gens, je me suis ouvert au monde. Il y aura aussi des photos déconnectées, des amis, au quotidien. C’est une sorte de carnet de voyage en fait, c’est un regard commun avec des sujets divers…
 
Mr. Flash ?
Pedro Winter : Mr. Flash, c’est l’étincelle ! C’est par lui, à cause de lui qu’est arrivé cet accident Ed Banger Records. C’est un artiste mystérieux aussi, je suis fan de sa musique, je suis ravi de voir que d’autres personnes s’intéressent à lui, il a fait des morceaux pour Mosdef, il a produit l’album de Sébastien Tellier, j’ai hâte qu’on sorte son premier album au bout de 10 ans de collaboration !

 
Mr. Oizo ?
Pedro Winter : C’est un monument de l’électronique française, je l’avais croisé à l’époque de Daft Punk, et quand Xavier et Gaspard ont rejoint l’aventure Ed Banger, ils étaient fascinés par ce personnage ! On s’est rencontrés au Festival de Cannes. De là est né un remix d’un morceau fabuleux de Mr. Oizo qui s’appelle Nazis. Et de fil en aiguille, on s’est rapprochés, il commençait à se sentir seul sur son label FCom. Il a décidé de changer de crèmerie et de nous rejoindre. Je pense qu’on a réussi à lui redonner goût à s’amuser, à faire de la musique, à faire le DJ. C’était génial de l’accueillir même si j’ai du mettre de côté mon ambition de créer des carrières ! Mon rêve c’est ça, démarrer des aventures. Là j’arrivais après le succès de Flat Beat, il était déjà connu et il avait déjà sa carrière. Après, je pense que l’on a écrit un beau chapitre de la carrière de Mr. Oizo qui l’amène aujourd’hui à devenir plus réalisateur que musicien mais toujours avec nous à ses côtés, on sort toujours ses disques, on s’apprête à sortir les prochaines BO.
 
DJ Mehdi ?
Pedro Winter : Le plus gros tremblement de terre en 2011, sa disparition. Et certainement le meilleur ami. C’était mon meilleur ami, c’était trop cool de l’accompagner depuis 1998 ! Je ne peux qu’être rempli de bonheur d’avoir marché sur cette route avec lui pendant ces quelques années. J’aurais bien signé pour un peu plus mais… la vie…

 
Pedro Winter : C’est l’amouuuur. C’est son remix de Metronomy qui m’a fait craquer. Puis j’ai craqué quand je l’ai vu LUI en vrai. J’ai voulu me perdre dans son cou, ses poils,  sa barbe… Là, je ne peux pas tout vous dire mais…
 
Et le dernier artiste… Busy P ?
Pedro Winter : Le meilleur ! (Rires). Busy P, c’est une casquette que So Me m’a posée sur la tête d’ailleurs. L’idée, c’était de différencier mes activités de producteur quand je suis au bureau et que je dirige le label, de Busy P quand je fais le zouave sur scène et que j’ai des prétentions musicales ou artistiques. C’est un personnage, j’aime bien l’idée de jouer avec ce personnage et ça permettait de remettre les compteurs à zéro, moi Pedro Winter j’avais mon petit nom de DJ, et quand on a créé Busy P, je recommençais à zéro et présenter à nouveau quelque chose. C’est un nom que je trouve rigolo, en contre-pied avec Busy Bee, un énorme rappeur black américain…
 
"MA SEULE PRETENTION, C’EST DE M’AMUSER"
 
Alors, au final 10 ans, quel est le bilan ?
Pedro Winter : Le bilan des 10 ans c’est "Qu’est-ce qu’on s’est bien marrés !". Je n’ai aucune prétention à redonner une sorte de dynamisme à la musique électronique française,  faire briller le drapeau à l’étranger, être le meilleur label ou signer les meilleurs artistes, ma seule prétention, c’est de m’amuser. C’est très égoïste mais pas tant que ça puisque la seule façon de m’amuser, c’est avec mon équipe.

 
Quel futur pour Ed Banger, de nouveaux artistes ?
Pedro Winter : Pas mal de choses, on vient de signer Boston Bun, c’est un jeune artiste parisien. Il y a le live de Justice qui va sortir, Access All Arenas, il y a la compilation Ed Banger au mois d’avril avec tous les artistes du Label, un nouveau maxi de Feadz, pas mal de nouvelles signatures, de nouvelles aventures avec Laurent Garnier, un nouveau maxi de Busy P il paraît… Et un tour du monde incroyable parce que l’on fait 10 dates dans le monde entier, dans 10 capitales. L’exposition du bouquin le 1er avril à la galerie 12Mail, rue du Mail.
 
Et à quand des vêtements Ed Banger ?
Pedro Winter : Club 75, c’est une aventure à suivre, on continue.
So Me : Club 75 c’est la suite de CoolCats, avec tous ses changements en 10 ans. On avait envie de réactualiser le débat par rapport à nos goûts d’aujourd’hui. C’est une version qui nous ressemble d’avantage. On réinvente la façon de faire des vêtements, des t-shirts, c’est plus adapté à nos goûts actuels.
Pedro Winter : Là j’aime bien être habillé en chaussures Weston mais je vais bientôt les troquer contre des Vans pour monter sur scène à Barcelone. C’est ça, nos goûts actuels. Je n’aime pas être dans un uniforme, Club 75 c’est ça, on prend le contrôle de mettre un jour un truc bariolé, un autre jour plus sombre, c’est sans doute en rapport avec le fait de grandir, finalement je me sens bien de temps en temps en ado, refaire un back flip, et parfois plus chic quand tu emmènes ta femme manger dans un restaurant pour la Saint Valentin.
 
Le mot de la fin pour Paulette ?
Pedro Winter : Paulette, bientôt un magasin rue Saint Honoré à Paris ?
 
Paulette : Euh ça, c’est Colette…
Pedro Winter : Oui, c’était ça ma blague. Bon, je crois qu’on va pouvoir finir là-dessus comme mot de la fin (rires) !
 
 
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