« DRY JANUARY » : ET SI ON NE PLEURAIT PAS EN JANVIER ?

Plutôt que de couper sur l’alcool, on sèche nos larmes et on se distrait avec des activités feel-good. Pas question de réfréner nos émotions ni de culpabiliser, mais plutôt d’essayer d’aborder la période différemment, l’espace de quelques semaines.

Le bien nommé January Blues nous heurte de plein fouet, et le lundi le plus déprimant de l’année (le 18 janvier) a de bonnes chances d’enfoncer le clou en nous ramenant à quelques démoralisantes réalités. La première : impossible d’oublier tout ce bazar sanitaire en allant prendre un verre au bar du coin. On en a ras-le-bol de cette ambiance morose qui nous fout le moral à l’envers, et de ne pas vraiment avoir l’occasion d’extérioriser. On a l’impression, qui plus est, de passer notre temps à se plaindre alors que clairement, on a la forme et le logis. Et que nos proches aussi, jouissent de ces mêmes chances trop sous-estimées. 

Crédit : Metro-Goldwyn-Meyer

Au fil de nos pérégrinations sur Internet, et après une grosse trentaine de minutes de scroll sur tout ce qui touche aux animaux adorables à coiffures ridicules et pourtant si réconfortantes (notre péché mignon déjà confessé ici), on est tombée sur des mèmes qui traitaient du concept populaire de Dry January. Un défi made in Etats-Unis qui incite à ne pas boire une goutte d’alcool pendant le premier mois de l’année. Le but – au-delà de l’évident bonus pour sa santé : se purger après des fêtes souvent chargées et mesurer notre force d’auto-persuasion en tenant au moins une bonne résolution. 

Tout un programme qui ne nous a pas vraiment tentée. Notre consommation perso n’est pas tellement excessive en ce moment – la fermeture des lieux où se rassembler toute la nuit aidant – et surtout, le petit verre de vin du vendredi soir avec notre cher et tendre est un rituel auquel on tient. Ça, et engloutir le kilo (on exagère à peine) de reblochon/beaufort/brillat-savarin ramené de Haute-Savoie à Noël. Il y a des moments précieux comme ça qui méritent qu’on les répète inlassablement, et qu’on s’y accroche.

« Cry me a river »

Crédit : Warner Bros. Pictures

Ce qu’on aimerait arrêter de faire couler à flots en revanche, plutôt que l’alcool, ce sont nos larmes. Parce que bordel, qu’est-ce qu’on chiale. Pour tout et rien, mais principalement, on ne vous l’apprend pas, à cause de ce qui se trame depuis mars 2020. Un climat qui nous met le cœur au bord des yeux (comme Calogéro dans l’ascenseur) à chaque nouvelle un peu chargée en émotions – heureuse ou non. Les infos, les téléfilms de la 6, la fin de Soul la nouvelle pépite Pixar, la météo, la rupture de stock de mozza au Franprix, un avocat trop mûr. Ça va, ça vient, dit la chanson. Mais en réalité ça vient plus que ça va – et ça reste un moment.

Ça nous fait souvent du bien, on ne va pas le nier, de pleurer. Ça permet d’évacuer pour finalement être apaisée. De mieux se connaître et de s’aimer, aussi. « Pleurer et honorer ses propres besoins et sensibilités est une partie essentielle du self-care et de l’amour envers soi-même », détaille à ce sujet la psychiatre Dre Judith Orloff à CNN. Seulement, en ce début de 2021, qui on l’espère sera plus riche en événements extérieurs à nos foyers que sa prédécesseure, on est lasse de sangloter. On a le nez irrité à force de se moucher dans du sopalin parce que pénurie de kleenex et flemme d’affronter le froid. Et on veut retrouver l’apparence naturelle de notre visage. C’est-à-dire pas bouffie. 

Voir le verre à moitié plein

Ce mois-ci, on décide donc de prendre Dry January autrement. Pendant les quelques semaines qui nous restent avant février, on tente un pari d’un nouveau genre : celui de ne pas laisser s’échapper une goutte d’eau de notre doux regard ni de nos cernes creusés comme jamais (la faute au binge-watching du controversé Bridgerton). En se concentrant sur des trucs qui nous réjouissent, qui nous font rire, qui passent le temps différemment que ces distractions usées jusqu’à la corde ces douze derniers mois. En se focalisant sur des activités feel-good et des conversations qui mettent un baume essentiel à notre p’tit cœur bien secoué depuis un bail. En sortant prendre l’air, en cuisinant trois gâteaux par jour, en écoutant Taylor Swift époque Shake It Off

On ne parle pas de réfréner nos émotions, bien loin de là. Accueillir et exprimer ce qu’on ressent est l’un des meilleurs moyens de le gérer – pour ne pas dire encaisser – sainement. C’est essentiel. Et ce qui est tout aussi essentiel, c’est de ne jamais culpabiliser d’en éprouver le besoin. Voire le désir sans raison consciente. On envisage à la place un maximum d’en provoquer des sincèrement joyeuses, d’émotions. Et en tentant de voir (et pas forcément de boire) le verre à moitié plein dès que possible. 

Alors il est probable qu’on rencontre quelques accrocs en cours de route (le couvre-feu à 18 heures déclenche par exemple des réflexes lacrymaux aussi involontaires qu’incontrôlés). Mais en se tournant vers un positivisme et un optimisme dont on manque peut-être cruellement en ce moment, il se pourrait que notre vie change un peu. Et qu’on continue sur le même chemin toute l’année, sait-on jamais. En tout cas, on ne perd rien à essayer. 

Chronique de Pauline Machado

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